Pen­dant long­temps, nous avons pré­fé­ré tra­vailler dans l’ombre”

Le Parisien (Paris) - - Faits Divers - ADRIEN CADOREL

pects à la vi­tesse de la lu­mière. « Il n’y a pas non plus de Fal­con ga­ré sur le par­king » s’amuse le ca­pi­taine Ma­rieLaure Bru­nel-Du­pin, pion­nière de ce ser­vice par­ti­cu­liè­re­ment dis­cret, qu’elle a pa­tiem­ment éla­bo­ré de­puis sa créa­tion en 2003. Voi­là près de douze ans qu’avec ses six col­lègues of­fi­ciers de po­lice ju­di­ciaire — trois ana­lystes com­por­te­men­taux for­més à la psy­cho­cri­mi­no­lo­gie, des femmes, et trois en­quê­teurs d’ex­pé­rience, des hommes — elle ap­porte un autre re­gard sur les crimes les plus com­plexes.

Cette en­trée dans le monde ju­di­ciaire s’est par­fois heur­tée à un scep­ti­cisme dans et hors les rangs de l’ins­ti­tu­tion gen­dar­me­rie. « Pen­dant long­temps, nous avons pré­fé­ré tra­vailler dans l’ombre, car il a fal­lu im­po­ser le re­gard psy­cho­cri­mi­no­lo­gique dans l’en­quête ju­di­ciaire au­près de col­lègues plus ex­pé­ri­men­tés et faire ac­cep­ter notre ap-

La ca­pi­taine Ma­rie-Laure Bru­nel-Du­pin proche ba­sée sur des connaissances scien­ti­fiques », rap­pelle Ma­rie-Laure Bru­nel-Du­pin. Une pe­tite ré­vo­lu­tion — pré­sen­tée comme une aide à l’en­quête — qui vient donc ré­gu­liè­re­ment s’ajou­ter aux in­ves­ti­ga­tions tra­di­tion­nelles.

A la de­mande des en­quê­teurs et des ma­gis­trats, les pro­fi­leurs du DSC sont dé­pê­chés sur les lieux dès la dé­cou­verte d’une af­faire hors norme. Près d’une qua­ran­taine chaque an­née passent ain­si entre les mains de ces ex­perts. « Notre point de dé­part est la scène de crime. Elle ré­vèle un com­por­te­ment cri­mi­nel, qui lui-même tra­duit une per­son­na­li­té », avance-t-elle. « L’ob­jec­tif est de por­ter un re­gard à 360 de­grés sur la scène en trois di­men­sions, d’en ré­per­to­rier tous les élé­ments et de les ana­ly­ser un à un. » Le lieu du drame, plus ou moins ex­po­sé, son che­min d’ac­cès, le re­cours ou non à une ef­frac­tion, la scé­no­gra­phie du corps, son état — dé­nu­dé ou pas, re­trou­vé face contre terre ou le visage tour­né vers le ciel… —, l’arme du crime, la pré­sence ou l’ab­sence d’em­preintes, l’in­ter­ac­tion sup­po­sée entre l’au­teur et la vic­time… Au­tant de cri­tères qui sont dé­cor­ti­qués à la lu­mière d’une grille de lec­ture scien­ti­fique éta­blie par le DSC et par­ta­gée par l e FBI, avec le­quel des échanges ont lieu une fois par an lors de sé­mi­naires. Au­tant d’élé­ments sus­cep­tibles de mieux ci­bler le pro­fil de l’au­teur : plu­tôt un rô­deur qu’un pré­da­teur, plu­tôt un tueur in­ex­pé­ri­men­té qu’un récidiviste…

« On ne fait pas de spé­cu­la­tion. Tout ce qu’on avance est clai­re­ment ar­gu­men­té en vue du pro­cès. Même si on a une in­tui­tion, il faut la concré­ti­ser, si­non c’est mis de cô­té », as­sure Ma­rie-Laure Bru­nel-Du­pin, évo­quant un pro­to­cole scien­ti­fique, ri­gou­reux et ob­jec­tif. « On ne veut sur­tout pas sa­voir s’il y a des sus­pects. Nous bros­sons notre pro­fil, et en­sui-

Même si on a une in­tui­tion, il faut la concré­ti­ser, si­non c’est mis de cô­té”

Ma­rie-Laure Bru­nel-Du­pin te on le sou­met aux di­rec­teurs d’en­quête. On ne ré­sout pas les en­quêtes à nous seuls. » Soit l’in­verse des fic­tions qui font par­fois du tort. « La re­cru­des­cence de fic­tions, et même d’émis­sions ré­vé­lant des mo­da­li­tés d’en­quête, nous a par­fois joué de mau­vais tours », re­grette-t-elle. Ce fut le cas d’un sus­pect qui avoua lors de sa garde à vue avoir chaus­sé des bottes quatre poin­tures trop grandes pour ne pas être confon­du. Ou ce­lui de cet autre qui a ré­cu­pé­ré un échan­tillon de sperme d’un tiers avant de le conge­ler, puis de le pla­cer à proxi­mi­té de sa vic­time. Dans les deux cas, ils ont re­con­nu avoir pui­sé leurs idées dans une sé­rie té­lé­vi­sée. Dans ce sens-là, il n’y a qu’un pas entre la fic­tion et la réa­li­té.

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