Cinq fausses idées re­çues

Le Parisien (Paris) - - Faits Divers - A.C.

De la réa­li­té à la fic­tion, il y a par­fois un vé­ri­table gouffre. Les ex­perts du dé­par­te­ment des sciences du com­por­te­ment tordent le cou à cer­taines idées re­çues vé­hi­cu­lées par les fic­tions té­lé­vi­sées, telles qu’« Es­prits cri­mi­nels », ou sur grand écran.

Les « vi­sions » de l’ana­lyste. 1

Une scène propre aux réa­li­sa­tions hol­ly­woo­diennes. Dé­pê­ché sur une scène de crime, le pro­fi­leur est sou­dain vic­time d’un « flash » qui lui fait en­tre­voir les mo­da­li­tés de l’as­sas­si­nat. « Ce­la nous ir­rite, car l’ana­lyse com­por­te­men­tale est une science ri­gou­reuse, rap­pelle Ma­rieLaure Bru­nel-Du­pin. Nous ne sommes pas de­vins et on n’uti­lise pas da­van­tage de marc de ca­fé. Cette image, qui a la vie dure, nous des­sert. A une époque, cer­tains en­quê­teurs nous de­man­daient à notre ar­ri­vée : Bon alors, quand est-ce que vous ren­trez en transe ? »

Le pro­fi­leur so­li­taire. Un cli­ché 2

qui per­siste. « L’ana­lyste qui tra­vaille en so­li­taire, clas­sant in­las­sa­ble­ment les pho­tos des scènes de crime au mi­lieu de la nuit, par­fois avec une bonne bou­teille d’al­cool comme seule com­pagne, et qui va ré­soudre seul l’énigme car il est aso­cial, tout ce­la est contraire à la réa­li­té, pour­suit l’ex­perte. Nous tra­vaillons exclusivement en équipe, et au­cun ré­sul­tat n’est ob­te­nu en de­hors de ce pé­ri­mètre. »

La ré­so­lu­tion éclair. « Les af­fai3

res ne se ré­solvent pas en cin­quante-deux mi­nutes, sou­rit-on du cô­té du DSC. Dans la réa­li­té, ce­la prend beau­coup plus de temps. A l’in­verse de ce que l’on voit à la té­lé­vi­sion, on ne dé­barque pas sur une scène de crime en di­sant : l’agres­seur ne connaît pas la vic­time, il a entre 40 et 50 ans, un lourd pas­sé pé­nal, et sans doute une voi­ture mal en­tre­te­nue. »

Le pro­fi­lage, l’an­ti­thèse du gla4

mour. Une autre idée fausse, qui se­lon la DSC se me­sure à l’ava­lanche de lettres de mo­ti­va­tion re­çues. « Tout le monde veut être pro­fi­leur, ce qui dé­montre que le mes­sage vé­hi­cu­lé par les sé­ries n’est pas le bon, re­grette Ma­rie-Laure Bru­nelDu­pin. L’ana­lyse com­por­te­men­tale est pas­sion­nante car c’est une vo­ca­tion, mais elle n’est en rien sexy et gla­mour. On tra­vaille toute la jour­née sur des cas de per­sonnes dé­cé­dées dans des condi­tions atroces, avec des fa­milles bri­sées et une émo­tion lourde à gé­rer. »

Les pièges du « non-ver­bal ». Nos 5

gestes tra­hissent-ils nos pen­sées ? Non, à en croire les pro­fi­leurs : « Le non-ver­bal est dé­pen­dant d’élé­ments de per­son­na­li­té, de contextes et de cultures. Ce n’est pas parce que quel­qu’un se gratte l’oreille qu’il ment au­to­ma­ti­que­ment. On ne peut sé­rieu­se­ment éta­blir de cer­ti­tudes à par­tir de ces gestes. »

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