Jou­bert, l’adieu aux lames

Pa­ti­nage ar­tis­tique. A 29 ans, le cham­pion du monde 2007, long­temps fâ­ché avec les JO, ar­rête sa car­rière sur une note po­si­tive.

Le Parisien (Paris) - - Jeux Olympiques D'hiver - SOT­CHI (RUS­SIE) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux ÉRIC BRU­NA

Des yeux hu­mides et un sou­rire sa­tis­fait… Hier soir, dans un Ice­berg sé­duit, Brian Jou­bert, 29 ans, a quit­té la scène par la grande porte. Très loin d’une mé­daille (13e) mais très près de ses rêves. « Je suis content que ce­la se soit ter­mi­né comme ça, souffle le cham­pion du monde 2007, dont c’était l’ul­time tour de piste dans une com­pé­ti­tion rem­por­tée par le jeune pro­dige ja­po­nais Ha­nyu. Je vou­lais juste fi­nir sur une note po­si­tive, pas faire une mé­daille ou la perf de ma vie. Je vou­lais tout don­ner. D’ailleurs, j’en ai peut-être trop don­né au dé­but, et je n’avais plus rien à la fin. Une fois ter­mi­né, je n’ai même pas pen­sé que tout était fi­ni. J’ai juste pro­fi­té du pu­blic et des ap­plau­dis­se­ments. »

Le Poi­te­vin au­ra donc at­ten­du ses der­nières ara­besques sur le « Con­cer­to d’Aran­juez » pour se ré­con­ci­lier avec des anneaux qui l’ont long­temps fait tré­bu­cher. Qua­tor­zième en 2002, sixième en 2006 et sei­zième en 2010, Jou­bert vi­vait une his­toire d’amour vache avec les Jeux. Et son der­nier ren­dez-vous avec l’Olympe lui a coû­té. « Je me suis de­man­dé si j’al­lais te­nir jus­que­là. Ce­la a vrai­ment été une ga­lère. Mon dos m’a fait énor­mé­ment mal, mais il a te­nu. En fait, j’au­rais dû ar­rê­ter en 2010, lance-t-il en riant. C’est dom­mage de s’en rendre compte main­te­nant ! Mais de­puis, j’ai pu mon­trer que j’étais un com­bat­tant… »

Le pa­ti­nage, c’est comme une secte dont on ne sort pas”

Ray­monde, sa mère

A 4 000 km des bords de la mer Noire, dans leur mai­son de Saint-Be­noît (Vienne), Ray­monde Jou­bert a sui­vi de­vant sa té­lé­vi­sion l’adieu aux lames de son fils, avec le­quel elle en­tre­tient une re­la­tion fu­sion­nelle. « Bi­zar­re­ment, je n’ai pas été stres­sée, confie-t-elle. J’avais juste en­vie qu’il se fasse plai­sir et il a été fa­bu­leux, même si l’âge est là et qu’il n’a plus la vi­ta­li­té des jeunes de 20 ans. Il n’a rien à re­gret­ter. Je ne di­rais pas que c’est un sou­la­ge­ment ou une dé­li­vrance, mais il y a une page à tour­ner. Je m’y étais pré­pa­rée de­puis long­temps. »

En pen­sant à ses proches, si loin, le pa­ti­neur tri­co­lore ne peut re­te­nir ses larmes. « Ils m’ont tel­le­ment sou­te­nu, glisse-t-il, des tré­mo­los dans la voix. Mais une nou­velle vie va com- men­cer, sans les en­traî­ne­ments in­ten­sifs, avec des ga­las (NDLR : dans la troupe de Plu­shen­ko) et moins de contraintes… Ce­la me fait du bien d’ar­rê­ter, mais je suis sûr que ça va me man­quer : l’am­biance des com­pé­ti­tions, le stress au quo­ti­dien. Cette mon­tée d’adré­na­line, c’est comme une drogue. Au­jourd’hui, je sa­ture mais, dans trois ou quatre mois, ça va me pi­co­ter les j ambes. » Ray­monde, qu’il a eue tous les jours au té­lé­phone du­rant son sé­jour russe, par­tage cette sen­sa­tion. « Le pa­ti­nage, c’est comme une secte dont on ne sort pas, ex­plique-t-elle. Il a be­soin de se res­sour­cer et on va l’ai­der dans cette tran­si­tion. Ce n’est pas un ar­rêt bru­tal, l’is­sue était connue… »

Comme il le dit lui-même, le triple cham­pion d’Eu­rope, idole des jeunes femmes russes ou asia­tiques, va dé­cou­vrir la vie « nor­male ». « Je veux faire de la mo­to, faire du ski, or­ga­ni­ser des bar­be­cues avec les potes et me prendre une bière sans pen­ser au poids, énu­mère-t-il. J’ai tou­jours été nor­mal, mais j’avais quand même une vie par­ti­cu­lière. » L’homme aux 16 mé­dailles in­ter­na­tio­nales sou­haite ou­vrir une école de glace à Poi­tiers et pour­rait ré­flé­chir à se lan­cer dans le couple. « J’es­père re­ve­nir un jour aux Jeux en tant qu’en­traî­neur, lâche-t-il à l’heure de bais­ser le ri­deau. Et je n’au­rais pas vou­lu en trans­mettre une mau­vaise image à mon athlète. »

Florent Amo­dio, dé­jà dé­ce­vant sur le pro­gramme court (75,58 points), est com­plè­te­ment pas­sé à cô­té de son pro­gramme libre (123,06) pour fi­nir à la 18e place. Le pa­ti­neur fran­çais a pleu­ré de longues mi­nutes. « C’est une sai­son très dif­fi­cile, je n’étais ja­mais pas­sé par ça, re­con­naît-il. Je suis abattu, à moi de re­faire sur­gir ce cô­té de cham­pion, ce diable qui est en moi ! »

(Reu­ters/alexan­der De­mian­chuk.)

Sot­chi (Rus­sie), hier. Brian Jou­bert, qui ter­mine 13e du concours, quitte la com­pé­ti­tion avec un sen­ti­ment de sa­tis­fac­tion.

(Afp/fa­brice Cof­fri­ni.)

Ro­sa Khu­tor (Rus­sie), hier. Alexis Pin­tu­rault a en­four­ché une porte dans le sla­lom alors qu’une mé­daille était à sa por­tée.

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