Ci­né­ma Tous nos voeux à « Ida »

Le Parisien (Paris) - - Loisirs Et Spectacles - PIERRE VAVASSEUR

Et si c’était l’an­nonce d’un nou­veau suc­cès, un pe­tit phé­no­mène ap­pe­lé à de­ve­nir grand comme ce fut le cas, en 2010, pour « Des hommes et des dieux », de Xa­vier Beau­vois ? Tou­jours est-il qu'« Ida », du réa­li­sa­teur po­lo­nais Pa­wel Paw­li­kows­ki, au­teur de l’adap­ta­tion à l’écran du ro­man de Dou­glas Ken­ne­dy « la Femme du V », est en passe de sus­ci­ter un bouche-à-oreille très ex­ci­tant. En té­moignent les 13 000 spec­ta­teurs qui ont pris leur ti­cket mer­cre­di. Ce film en noir et blanc ra­conte comment, en 1962, une jeune nonne, or­phe­line, ob­tient à quelques jours de pro­non­cer ses voeux un bon de sor­tie pour rendre vi­site à sa tante. Elle ap­pren­dra — peut-être — de celle-ci ce que sont de­ve­nus ses pa­rents.

n Lu­mi­neuse

Aga­ta Trzebuc­howska

La pre­mière qua­li­té d'« Ida » re­pose d’abord sur les images, su­perbes et soi­gneu­se­ment pen­sées. Le visage d’Aga­ta Trzebuc­howska, dé­cou­verte dans un ca­fé de Var­so­vie, qui in­carne Ida, a l’in­no­cence à por­tée du diable. Con­trai­re­ment à ses concur­rentes, qui convoi­taient le rôle en ar­guant de leur foi, la jeune Aga­ta est to­ta­le­ment athée. Le se­cret d’Ida est lié à ses ori­gines. « Alors comme ça, tu es une nonne juive ? » lui an­nonce ain­si sa tante, Wan­da, juge po­pu­laire, qui vit sans le sou­ci de Dieu et prend l’exis­tence du bon cô­té. Les deux femmes prennent donc la route pour re­trou­ver les seuls témoins ha­bi­li­tés à dé­nouer le mys­tère, re­creu­sant la tombe des exé­cu­tions na­zies.

Mais — et c’est là que ce film est très fort — « Ida » n’est pas un film à fa­cettes. Non seule­ment il fait en creux le portrait d’une Po­logne qui ne sait plus à quel saint se vouer, entre ten­ta­tion pieuse et al­lé­geance au com­mu­nisme, mais il confronte aus­si deux ap­proches de la vie et de l’amour. La ren­contre avec un saxo­pho­niste beau comme un James Dean brun ouvre à Ida les che­mins de tra­verse du doute. Il ne faut pas en dire plus, ce se­rait pé­cher. Si­non que la der­nière par­tie, sen­suelle dans les plus in­fimes dé­tails, illustre avec dé­li­ca­tesse et gé­nie les plus grands com­bats in­té­rieurs. Bref, ce pe­tit film a une gueule de chef-d’oeuvre.

en noir en blanc de Pa­wel Paw­li­kows­ki, avec Aga­ta Ku­les­za, Aga­ta Trzebuc­howska… Du­rée : 1 h 19.

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