« J’ai l’im­pres­sion d’être face àun ex­tra ter­restre »

Thier­ryVi­gne­ron, an­cien­re­cord­man du monde du saut à la perche

Le Parisien (Paris) - - Fait du jour - Pro­pos re­cueillis par S. L.

Dé­ten­teur, à cinq re­prises, du re­cord du monde au dé­but des an­nées 1980 ( entre 5,75 et 5,91 m), il a vu éclore Ser­gueï Bub­ka puis Re­naud La­ville­nie. Thier­ry Vi­gne­ron a car­ré­ment été bluf­fé par la per­for­mance du Fran­çais. Comment ré­agis­sez- vous de­vant une telle per­for­mance ? THIER­RY VI­GNE­RON. Je suis sous le choc. Comme à l’époque de Bub­ka, j’ai l’im­pres­sion d’être face à un ex­tra­ter­restre ! On ne se rend pas compte mais 6,16 m, c’est mons­trueux. La ma­nière dont Re­naud a construit ce re­cord, en s’en rap­pro­chant pe­tit à pe­tit, est fa­bu­leuse. Et en plus il le fait là où il a dé­ci­dé, de­vant Bub­ka. C’est tout un sym­bole. Vous at­ten­diez- vous à ce qu’il batte ce re­cord dès cet hi­ver ? On sa­vait qu’il avait pris une nou­velle di­men­sion. Il n’y avait plus qu’à at­tendre que tous les voyants soient au vert. Des dé­tails font qu’au lieu de s’éloi­gner de la tra­jec­toire on y reste. Ça main­tient, ça pi­lote avec le bras in­fé­rieur pour conser­ver au maxi­mum l’éner­gie de la perche et tou­jours sur cette tra­jec­toire op­ti­male dans la ver­ti­cale… C’est du travail. De l’art, et sur­tout ce n’est plus un saut à 6 m, mais à 6,16 m. Voi­là 20 ans, que re­pré­sen­taient les 6,15 m de Bub­ka ? Quelque chose de my­thique. Ser­gueï avait pla­cé la barre tel­le­ment haut… Je suis vrai­ment très fier que le sui­vant sur le toit du monde soit un Fran­çais, comme j’avais pu l’être il y a quelques an­nées. Long­temps pro­prié­té de la France, ce re­cord re­vient en quelque sorte à la mai­son… Et je suis su­per content. Ça va don­ner en­vie, j’es­père, à de pe­tits Fran­çais de se lan­cer dans la dis­ci­pline. Ça doit aus­si par­ti­ci­per à dé­ve­lop­per les écoles de perche. J’ai­me­rais que cette ex­tra­or­di­naire per­for­mance de Re­naud de­vienne com­mune et qu’on fasse sau­ter d’autres de nos ath­lètes à plus de 6 m. Qu’ont en com­mun Bub­ka et La­ville­nie ? Cette même pas­sion, mais je pense que Re­naud est en­core plus mor­du. C’est une pas­sion à l’an­cienne : il mange perche, il vit perche, Ils ont aus­si en com­mun cette prise de risque maxi­male. Pour s’en­voyer en haut, à plus de 6,10 m, il faut vrai­ment en prendre. Jus­qu’où peut al­ler le nou­veau re­cord­man du monde ? Je ne sais pas les ob­jec­tifs qu’il va pou­voir se don­ner. Il ne lui reste plus grand- chose si ce n’est d’être cham­pion du monde, c’est le seul titre qui lui manque. Il s’était fait un point d’hon­neur de tout ga­gner. Que lui res­te­ra- t- il en­suite ? Sû­re­ment l’en­vie d’em­me­ner ce re­cord en­core plus haut.

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