La ge­nèse d’un hal­lu­ci­nant re­cord

Le Parisien (Paris) - - Fait du jour - SAN­DRINE LE­FÈVRE

« Un athlète im­pré­vi­sible, un type unique qui casse toutes les normes. » En­traî­neur na­tio­nal du saut à la perche, Gé­rald Bau­douin a vé­cu au plus près cette in­croyable chasse au re­cord.

Août 2012, un sacre olym­pique, et après ?

« Son but a tou­jours été d’être cham­pion olym­pique » , se sou­vient Bau­douin. Ce 10 août 2012, sous les yeux no­tam­ment de Jean Gal­fione, sa­cré en 1996, le Fran­çais, à l’is­sue d’un concours tout en maî­trise ( 5,97 m), dé­croche l’or. Et se fixe de nou­veaux ob­jec­tifs. « De suite, la seule chose qu’il a eue en tête, c’est le re­cord du monde » , pour­suit l’en­traî­neur na­tio­nal. A la fin de l’été 2012, La­ville­nie change de coach et s’at­tache les ser- vices de Phi­lippe d’En­causse, l’an­cien per­chiste. Un choix mal per­çu. « Tout le monde a crié au scan­dale, lui avait be­soin de se mettre en dan­ger. Il vou­lait un en­traî­neur qui le fasse tra­vailler sur des points pré­cis, im­mé­dia­te­ment, il a dit à Phi­lippe : Je veux que tu m’aides à battre le re­cord du monde. »

Hi­ver 2013, le rêve prend forme

Lors des Mon­diaux en salle à Gö­te­borg, La­ville­nie fran­chit 6,07 mà­son troi­sième es­sai. Le saut, qui au­rait dû être le deuxième de l’his­toire, est in­va­li­dé au pré­texte que la barre a tou­ché un sou­tien mé­tal­lique en re­trait des po­teaux. « La marque a été ef­fa­cée mais Re­naud a alors com­pris que le re­cord était vé­ri­ta­ble­ment à sa por­tée » , pour­suit Bau­douin. Au dé­but de cet hi­ver, tout s’ac­cé­lère. « A l’entraînement, il bat­tait tous ses re­cords sur ses élans, il pro­gres­sait en lon­gueur de perches. » Il passe alors d’une 5,10 m à une 5,20 m. « Alors qu’avant il était à 5,08 m de le­vier, il arrive main­te­nant à 5,16 mou 5,17 m. La dif­fé­rence de 8 cm de le­vier, c’est, lo­gi­que­ment, au moins au­tant de cen­ti­mètres ga­gnés en per­for­mance. » Pour opé­rer ce chan­ge­ment de ma­té­riel, La­ville­nie a dû ac­qué­rir une autre di­men­sion phy­sique. « Chan­ger de perche, ce n’est pas simple, si­non tout le monde pren­drait 5,30 m de le­vier. Mé­ca­ni­que­ment, ce­la en­traîne plus d’en­ga­ge­ment. L’im­pact phy­sique au mo­ment du dé­col­lage est énorme et Re­naud a ap­pris à l’en­cais­ser. »

Jan­vier 2014, l’échap­pée belle

Ce 25 jan­vier à Rouen, La­ville­nie porte son re­cord à 6,04 m avant de réa­li­ser 6,08 m six jours plus tard en Po­logne. « Re­naud y croyait vrai­ment, moi j’en par­lais avec Gal­fione en­core ce mi­di ( NDLR : hier mi­di). Je lui di­sais : Il y a en­core une pe­tite marge. Jean me ré­pon­dait : Mais Re­naud est tel­le­ment sur­pre­nant qu’il peut le faire ! » Car le gar­çon est do­té d’in­croyables qua­li­tés men­tales. « Sa tête, c’est sa force nu­mé­ro un, es­time Bau­douin. Il ne doute ja­mais, il se fixe des ob­jec­tifs très hauts. Pas­ser de 6,08 mà 6,16 m, c’est violent, sur­tout lors­qu’on se sou­vient que Bub­ka, une fois qu’il a eu pas­sé 6 m, amé­lio­rait son re­cord cen­ti­mètre par cen­ti­mètre. »

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