Cen­tra­frique: laFrance ad­met­se­ser­reurs

Le mi­nistre de la Dé­fense, Jean- Yves Le Drian, a re­con­nu­hier que l’in­ter­ven­tion fran­çaise enCen­tra­frique se­ra for­cé­ment plus longue que pré­vu. Et il faut plus de sol­dats.

Le Parisien (Paris) - - Politique - FRÉ­DÉ­RIC GERSCHEL

C’est une pe­tite phrase en ap­pa­rence ano­dine. Mais elle ré­sume bien la per­plexi­té dans la­quelle les res­pon­sables fran­çais sont dé­sor­mais plon­gés alors que la si­tua­tion en Cen­tra­frique reste alar­mante. C’est le mi­nistre de la Dé­fense, Jean- Yves Le Drian, qui a fait cet aveu, hier, sur France In­ter : « Je crois que ça se­ra plus long que pré­vu, parce que le ni­veau de haine et de vio­lence est plus im­por­tant que ce­lui qu’on ima­gi­nait. »

Jus­qu’à pré­sent, Pa­ris se re­tran­chait der­rière des com­mu­ni­qués ras­su­rants. Cette fois, les choses

sont dites, et la pla­ni­fi­ca­tion de l’opé­ra­tion clai­re­ment re­mise en cause. Mal­gré l’en­voi de ren­forts sup­plé­men­taires ( 400 hommes pour un to­tal de 2 000), la France re­con­naît à pré­sent que la tâche s’an­nonce ex­trê­me­ment ar­due.

Le spectre d’une nou­velle guerre

ci­vile. Au dé­part, les stra­tèges mi­li­taires avaient pré­vu une in­ter­ven­tion courte, choi­sis­sant comme nom de code San­ga­ris, un papillon, es­pèce lé­gère et éphé­mère. Mes­sage sub­li­mi­nal : tout doit être ré­glé en quelques se­maines. Mais, mal­trai­tée par les ex- re­belles de la Sé­lé­ka pen­dant près d’un an, la po­pu­la-

tion chré­tienne s’est très vite re­tour­née contre les ci­vils mu­sul­mans avec une fé­ro cité in­soup­çon­née. Meurtres, viols, lyn­chages… A Ban­gui, l’épu­ra­tion eth­nique se ter­mine : tous les mu­sul­mans doivent par­tir sous peine d’y lais­ser leur vie. A terme les mi­li­taires fran­çais re­doutent une par­ti­tion du pays : les chré­tiens au sud, les mu­sul­mans au nord et à l’est. Avec le risque de re­pré­sailles et d’une nou­velle guerre ci­vile entre les deux com­mu­nau­tés.

L’ONU at­ten­due avec im­pa­tien

ce. Fran­çois Hollande a de­man­dé aux Na­tions unies d’ac­cé­lé­rer la mise en place d’une opé­ra­tion de main­tien de la paix et l’en­voi de 10 000 casques bleus pour sou­la­ger les forces fran­çaises. Mais il fau­dra vaincre les ré­serves de l’Union afri­caine — jus­qu’ici ré­ti­cente — et ob­te­nir une ré­so­lu­tion au Con­seil de sé­cu­ri­té.

Cette se­maine, le se­cré­taire gé­né­ral de l’ONU, Ban Ki- moon, a dres­sé un constat ac­ca­blant, évo­quant « des nuages noirs an­non­cia­teurs d’atro­ci­tés de masse » et se di­sant dé­ter­mi­né à « agir de ma­nière dé­ci­sive pour évi­ter le pire » .

Le Con­seil doit se sai­sir une nou­velle fois de ce dos­sier mar­di. Mais il fau­dra faire vite. Car, outre la si­tua­tion sé­cu­ri­taire tou­jours com­pli­quée, l’ac­ti­vi­té éco­no­mique peine à re­dé­mar­rer. A Ban­gui, les com­merces te­nus par des mu­sul­mans sont presque tous fer­més. L’ar­gent ne cir­cule plus. Et cer­tains ha­bi­tants sont contraints de faire du troc pour trou­ver de quoi man­ger. Un scé­na­rio catastrophe.

( AFP/ Fred Du­four.)

Ban­gui ( Ré­pu­blique cen­tra­fri­caine), hier. Les mi­li­taires fran­çais re­doutent un par­tage du pays entre chré­tiens et mu­sul­mans et re­con­naissent avoir sous- es­ti­mé la gra­vi­té de la si­tua­tion.

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