« Il est par­fo is dif­fi­cile de dé­fend rel’ins­ti­tu­tion »

MeRé­myNou­gier, avo­cat au bar­reau de Nîmes

Le Parisien (Paris) - - Politique - LOUISE COL­COM­BET

Du tri­bu­nal de po­lice aux as­sises, en passant par les af­faires de di­vorce ou de garde d’en­fants, Me Ré­my Nou­gier dresse un constat sans ap­pel : « Les jus­ti­ciables sont très souvent dé­çus, qu’il s’agisse du trai­te­ment de leur dos­sier ou de la dé­ci­sion. Et nous, avo­cats, avons de plus en plus de mal à leur expliquer des dé­ci­sions que nous- mêmes ne com­pre­nons pas. Il est par­fois dif­fi­cile de dé­fendre l’ins­ti­tu­tion. »

Les gens ont l’im­pres­sion d’être des nu­mé­ros”

En dix ans d’exer­cice, cet avo­cat a vu la jus­tice se déshu­ma­ni­ser, faute de temps et de moyens. « Les gens ont l’im­pres­sion d’être des nu­mé­ros. Il y a un contraste im­pres­sion­nant entre le temps d’at­tente et ce­lui qu’on passe ef­fec­ti­ve­ment sur leur af­faire. On tranche une ques­tion de garde d’en­fants en cinq mi­nutes, mais c’est la vie d’une fa­mille en­tière qui se joue. En cor­rec­tion­nelle, les vic­times res­sortent frus­trées de n’avoir pu vrai­ment s’ex­pri­mer. C’est l’af­faire de leur vie, ils se mettent à nu… Ils at­tendent beau­coup d’un pro­cès, et c’est nor­mal, car sans ce­la ils fe­raient jus­tice eux­mêmes. Mais en­tendre d’une vic­time qu’elle n’a plus confiance en la jus­tice, c’est une catastrophe. » Au- de­là des pro­blèmes de moyens, qui ont no­tam­ment en­traî­né « la sup­pres­sion de deux juges d’ins­truc­tion à Nîmes » , res­tent aus­si des pro­blèmes ins­ti­tu­tion­nels. Ré­my Nou­gier es­time qu’il fau­drait « dé­pous­sié­rer » le droit, no­tam­ment des mi­neurs, mais aus­si re­pen­ser cer­taines fonc­tions, comme celle du juge d’ins­truc­tion. « Il est cen­sé ins­truire à charge et à dé­charge, mais se base sur une en­quête qui, elle, est dé­jà orien­tée… C’est un bel idéal, mais qui ne fonc­tionne pas. »

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