« Sar­ko­zy a en­vie d’avoir en­vie »

Rama Yade, vice- pré­si­dente de l’UDI et an­cienne se­cré­taire d’Eta­taux Droits de l’homme sousle pré­cé­dent quin­quen­nat, voit se­des­si­ner le mat­chre­tour Hollande - Sar­ko­zy.

Le Parisien (Paris) - - Politique - Pro­pos re­cueillis par PHI­LIPPE MARTINAT ET HEN­RI VER­NET

Rama Yade, vice- pré­si­dente de l’UDI de Jean- Louis Borloo, ac­cuse le pou­voir de gauche d’ins­tru­men­ta­li­ser le vote mu­sul­man.

La gauche et l’in­té­gra­tion

Qu’avez- vous pen­sé de la feuille de route sur l’in­té­gra­tion pré­sen­tée par Ma­ti­gnon ? RAMA YADE. Ce­la s’est dé­gon­flé comme une bau­druche. Au fond, le gou­ver­ne­ment a peur du su­jet de l’in­té­gra­tion après avoir pro­mis monts et mer­veilles pen­dant la cam­pagne pré­si­den­tielle. Peur du contexte po­li­tique avec la mon­tée du FN, du contexte eu­ro­péen avec le ré­fé­ren­dum suisse, et du contexte gou­ver­ne­men­tal puisque le pré­cé­dent rap­port de fin 2013 avait sus­ci­té la po­lé­mique. Du coup, c’est un rap­port sque­let­tique. Entre ce vide si­dé­ral et les pro­po­si­tions pré­cé­dentes, no­tam­ment le re­tour du voile à l’école qui re­le­vait de la pure pro­vo­ca­tion, on peut s’in­ter­ro­ger sur la lo­gique de clien­té­lisme re­li­gieux de la gauche. Est- ce à dire qu’elle mi­se­rait sur un vote mu­sul­man ? Oui, la gauche a dé­ve­lop­pé un clien­té­lisme par rap­port à ces po­pu­la­tions qu’elle es­time ac­quises à sa cause. On l’a vu avec les can­tines sco­laires, les ho­raires des pis­cines dans cer­taines mu­ni­ci­pa­li­tés… La gauche porte un re­gard dif­fé­ren­tia­liste sur ces po­pu­la­tions, ce n’est pas sain. Vous ac­cu­sez Fran­çois Hollande d’at­ti­ser sciem­ment des ri­va­li­tés com­mu­nau­taires, re­li­gieuses ? 2014 res­semble étran­ge­ment à 1983 : à chaque fois qu’un tour­nant li­bé­ral a été pris, ac­tant la fin de la gauche dé­pen­sière, gé­né­reuse, on agite ce dra­peau- là. En 1983, après le tour­nant de la ri­gueur, on a eu la créa­tion de SOS Ra­cisme, l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion de la Marche des Beurs. Quand on ne réus­sit pas sur le so­cial, on s’at­taque au so­cié­tal, avec tou­jours le même ré­sul­tat : la di­vi­sion de la so­cié­té fran­çaise. C’est un plan dé­li­bé­ré, ou est- ce dû à des mal­adresses ? Le ré­sul­tat est le même. Cette si­tua­tion ex­plo­sive ne profite qu’à l’ex­trême droite. Or, on sait qu’aux mu­ni­ci­pales la gauche compte sur un FN fort pour avoir des tri­an­gu­laires et l’em­por­ter dans cer­taines villes.

Le ré­fé­ren­dum suisse

Comment ré­agis­sez- vous au ré­fé­ren­dum suisse re­je­tant l’im­mi­gra­tion ? C’est un vi­lain coup por­té à l’Eu­rope. L’Union eu­ro­péenne doit ta­per du poing sur la table. Mais je n’y crois guère car elle n’a pas de voix po­li­tique forte. Il fau­drait sanc­tion­ner la Suisse ? En tout cas, re­mettre en cause ses par­te­na­riats avec l’Eu­rope, no­tam­ment sur l’es­pace Schen­gen. Ce qui est cho­quant aus­si, c’est que ce sont les Fran­çais qui vont trin­quer, c’est- à- dire les 200 000 fron­ta­liers qui tra­vaillent en Suisse, à qui on claque la porte au nez. Cette af­faire rap­pelle qu’on est tou­jours l’im­mi­gré de quel­qu’un ! Et qu’il ne faut pas jouer avec le feu de l’im­mi­gra­tion.

Hollande et Sar­ko­zy

Comment un pré­sident peut- il gou­ver­ner avec 19 % d’opi­nion fa­vo­rable dans les son­dages ? Ce qui est plus grave que l’im­po­pu­la­ri­té, c’est le manque de cou­rage et de cap. Je ne sous- es­time pas Fran­çois Hollande, c’est quel­qu’un de très ru­sé, un grand tac­ti­cien. Le tour­nant du pacte de res­pon­sa­bi­li­té, la ma­nière dont il a lan­cé les su­jets so­cié­taux montrent qu’on a un pré­sident dé­ter­mi­né à se faire ré­élire, et je ne doute pas de sa ca­pa­ci­té de sur­vie po­li­tique. Vous n’ex­cluez donc pas sa ré­élec­tion en 2017 ? Rien ne peut être ex­clu. Sur­tout si nous n’avons pas à droite et au centre de can­di­dat à la hau­teur. Et Ni­co­las Sar­ko­zy ? Il va re­ve­nir ? Je ne suis plus dans sa fa­mille po­li­tique, je n’en sais rien ! Je sens que Ni­co­las Sar­ko­zy a la dé­ter­mi­na­tion, les autres fe­ront tout pour l’em­pê­cher, mais sur­tout il ne de­vra pas faire comme en 2012, il de­vra être dans une lo­gique de ras­sem­ble­ment. Et je sens qu’il a en­vie d’avoir en­vie.

Les bis­billes entre cen­tristes

Le centre au­ra- t- il un can­di­dat pour la pré­si­den­tielle de 2017 ? Je pense que, dans le sys­tème de la Ve Ré­pu­blique, un par­ti doit avoir un can­di­dat à la pré­si­den­tielle… Les cir­cons­tances di­ront si l’UDI le peut. Quand vous dites un par­ti, c’est l’UDI ou l’Al­ter­na­tive, c’est- à- dire l’al­liance for­mée par l’UDI et le Mo­Dem ? Je parle de l’UDI. L’Al­ter­na­tive n’est pas un par­ti mais une simple al­liance élec­to­rale, j’au­rais d’ailleurs pré­fé­ré qu’on le dise clai­re­ment : on n’a pas fu- sion­né les deux struc­tures, on n’a pas un siège ni de groupe com­mun dans les col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Cette al­liance a- t- elle vo­ca­tion à per­du­rer après les élec­tions eu­ro­péennes ? Ce­la dé­pend de la vo­lon­té de ses pro­ta­go­nistes. Et à une condition : qu’il n’y ait pas d’am­bi­guï­té sur le po­si­tion­ne­ment po­li­tique du Mo­Dem, c’est- à- dire qu’il tourne dé­fi­ni­ti­ve­ment le dos à la gauche. Vous trou­vez qu’il y a en­core des am­bi­guï­tés ? Oui, il y a des Mo­Dem qui conti­nuent à faire al­liance avec la gauche. On vient de voir le di­rec­teur de la com­mu­ni­ca­tion du Mo­Dem à Pa­ris ral­lier Hi­dal­go sans qu’il y ait de sanc­tion. Nous, cette se­maine, on a ex­clu 20 UDI pour non- res­pect de nos ac­cords. J’ajoute qu’on ne peut pas non plus avoir au sein de l’al­liance ceux qui exigent ( le Mo­Dem) et ceux qui sont priés de se sou­mettre ( l’UDI). Une al­liance po­li­tique, c’est des com­pro­mis, des échanges, pas des dik­tats. On n’est pas là pour ser­vir de mar­che­pied. L’UDI a beau­coup fait pour re­don­ner vie au Mo­Dem, sans rien exi­ger de par­ti­cu­lier, à Pau, à Pa­ris et dans beau­coup d’en­droits. Il faut une re­la­tion plus équi­li­brée au sein de l’Al­ter­na­tive si on veut que ça marche. Comment va Jean- Louis Borloo de­puis ses en­nuis de san­té ? J’évite de le dé­ran­ger, je sais qu’il se re­pose. Je lui sou­haite un bon ré­ta­blis­se­ment. On a be­soin de lui. Qui va dé­ci­der si c’est vous ou la Mo­Dem Ma­rielle de Sar­nez qui condui­ra aux eu­ro­péennes en Ile- de- France la liste Al­ter­na­tive ? Le par­ti dé­ci­de­ra. C’est Jean- Louis Borloo qui a eu l’idée, puis les élus cen­tristes de la ré­gion Ile- de- France se sont mo­bi­li­sés pour que cette fois j’y aille ( NDLR : en 2009, elle avait re­fu­sé d’y al­ler) ! C’est flat­teur. La seule chose que je dis, c’est qu’il faut évi­ter les pa­ra­chu­tages. L’es­sen­tiel, c’est que l’UDI re­ven­dique la tête de liste. Y au­ra- t- il une vague bleue aux mu­ni­ci­pales ? Tout dé­pen­dra de la cam­pagne. Mais ce se­rait une er­reur de dis­so­cier les mu­ni­ci­pales du na­tio­nal car les dé­ci­sions gou­ver­ne­men­tales sont une po­tion amère pour les Fran­çais par­tout en France.

Pa­ris ( VIIe), ven­dre­di. Rama Yade met en garde le Mo­Dem, allié à l’UDI au sein de l’Al­ter­na­tive : « Onn’est pas là pour [ leur] ser­vir de mar­che­pied. Il faut une re­la­tion plus équi­li­brée si on veut que ça marche. »

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