Le­cri­me­de­laMai­son- Rouge

Mal­gré une nou­velle per­qui­si­tion chez la vic­time en dé­but de se­maine, la mort du­re­trai­té so­li­taire duPerche, tué­par­balle puis brû­lé, reste une énigme. Re­por­tage.

Le Parisien (Paris) - - Faits Divers - EPERRAIS ( ORNE) De notre en­voyé spé­cial NI­CO­LAS JAC­QUARD, AVEC ADRIEN CADOREL

C’est une route fré­quen­tée, qui voit pas­ser en­vi­ron 3 000 vé­hi­cules au quo­ti­dien. Ce mer­cre­di 8 jan­vier, nom­breux sont donc les au­to­mo­bi­listes à avoir aper­çu de la fu­mée, en dé­but d’après- mi­di, au bord de la D 938, qui re­lie Bel­lême à Mor­tagne- au- Perche ( Orne). A com­men­cer par le maire d’Eperrais, la com­mune sur la­quelle se trouve le lieu­dit la Mai­son- Rouge. « Il fai­sait très beau, se sou­vient Guy Su­zanne, le pre­mier ma­gis­trat de ce vil­lage de 115 ha­bi­tants. Comme tout le monde, j’ai cru que quel­qu’un fai­sait brû­ler des brous­sailles. »

C’est fi­na­le­ment le fac­teur qui fe­ra la ma­cabre dé­cou­verte, le len­de­main. « Il est ar­ri­vé tout trans­pi­rant, blanc comme un linge » , évoque Guillaume, le pa­tron de la Pe­tite Val­lée, le re­lais rou­tier si­tué 100 ma­vant la pe­tite mai­son de Jean- Mi­chel Gré­my, plan­tée en sur­plomb de la dé­par­te­men­tale. Le corps de cet hom- me de 68 ans a été re­trou­vé en grande par­tie cal­ci­né. « Il ne res­tait guère que les lu­nettes » , sou­pire un té­moin.

Qui pou­vait en vou­loir à ce re­trai­té dé­crit comme so­li­taire, an­cien mi­li­taire et in­for­ma­ti­cien ? L’au­top­sie n’a li­vré que très peu d’élé­ments. Dans un pre­mier temps, le par­quet d’Alen­çon avait avan­cé la pré­sence de che­vro­tine dans les chairs. Un tir mor­tel, préa­lable à l’incendie du corps. Se­lon nos in­for­ma­tions, c’est en fait au moins une balle de re­vol­ver qui au­rait tou­ché la vic­time, avant qu’elle ne soit brû­lée. Les gen­darmes avaient d’ailleurs d’abord cru à un sui­cide par im­mo­la­tion, avant que la piste cri­mi­nelle ne soit pri­vi­lé­giée.

De­puis un mois, dix mi­li­taires de la sec­tion de re­cherche de Caen tentent tou­jours de ré­soudre cette énigme cri­mi­nelle. D’im­por­tants moyens ont été d é p l o y é s . L e 15 jan­vier, près de 600 vé­hi­cules ont été contrô­lés au ni­veau de la Mai­son- Rouge, à l’heure pré­su­mée du dé­cès. Les fo­rêts voi­sines ont été ra­tis­sées. Et, en dé­but de se­maine, la mai­son de la vic­time a de nou­veau été fouillée. « Seule cer­ti­tude, c’est que le mer­cre­di en dé­but d’après­mi­di M. Gré­my était vi­vant, in­dique le maire. L’em­ployé qui ve­nait re­le­ver son comp­teur d’eau l’a croi­sé vers 13 h 30. »

« J’ai vou­lu voir un peu l’en­droit, et j’ai moi aus­si eu droit au contrôle » , ra­conte Alain Gré­my, ho­mo­nyme sans lien de pa­ren­té avec la vic­time. « Quand il était ve­nu s’ins­tal­ler ici il y a quelques an­nées, ça nous avait rap­pro­chés » , glisse- t- il. « C’était vrai­ment un brave mon­sieur, même s’il en di­sait très peu sur lui. Quand les gen­darmes m’ont mon­tré sa pho­to, je l’ai tout de suite re­con­nu. Il fai­sait en­vi­ron 1,70 m, as­sez cos­taud. »

La dis­cré­tion, Jean- Mi­chel Gré­my, qui ré­si­dait au­pa­ra­vant en ré­gion pa­ri­sienne, n’a eu de cesse de la culti­ver dès son ar­ri­vée à Eperrais au mi­lieu des an­nées 2000. « Mes che­vaux sont à cô­té de chez lui, dé­taille Anne- Cé­cile, l’une de ses plus proches voi­sines. Il était af­fable, mais n’a ja­mais en­ga­gé plus que ça la conver­sa­tion. Tout le monde res­pec­tait sa so­li­tude. »

Guy Su­zanne ne dit pas autre chose : « Il était cor­dial, sou­riant, sym­pa­thique, mais ne par­lait pas de lui. On ne lui connais­sait ni femme ni en­fant. Je l’avais in­vi­té au re­pas des an­ciens, et il avait dé­cli­né. » Une fois par mois, JeanMi­chel Gré­my ve­nait tou­te­fois en voi­sin boire une Suze- cas­sis et dé­jeu­ner à la Pe­tite Val­lée. « Il était très culti­vé, li­sait beau­coup » , sou­ligne le pa­tron. Dans sa jeu­nesse, le re­trai­té

Il ne res­tait guère que les lu­nettes”

Un té­moin fut pro­fes­seur de ma­thé­ma­tiques, sans al­ler jus­qu’à pas­ser le Capes. Il a fi­ni sa car­rière pour le groupe Tha­lès, d’après plu­sieurs sources. Le géant de l’es­pace et de l’ar­me­ment ne l’a ni in­fir­mé ni confir­mé.

En plus de quinze heures de per­qui­si­tion dans la pe­tite mai­son, les gen­darmes n’au­raient rien dé­ni­ché de concluant. « Rien n’avait été vo­lé ou dé­pla­cé, re­prend un té­moin. Il y avait beau­coup de do­cu­ments avec des for­mules ma­thé­ma­tiques, ain­si que des par­ti­tions mu­si­cales. »

Jean- Mi­chel Gré­my a été in­hu­mé. Dis­crè­te­ment.

( « Le Perche » . )

Eperrais ( Orne), le 11 fé­vrier. La mai­son du re­trai­té, si­tuée sur le lieu- dit la Mai­son- Rouge, a été de nou­veau fouillée par les gen­darmes mar­di.

( France 3 Basse- Nor­man­die.)

Jean- Mi­chel Gré­my, un an­cien mi­li­taire de 68 ans, a été re­trou­vé mort chez lui, le 8 jan­vier.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.