de l’obé­lisque de la Con­corde

Le Parisien (Paris) - - Mon Dimanche - CH­RIS­TOPHE LEVENT

Une tra­ver­sée dan­tesque

La re­mon­tée du Nil s’avère d’abord im­pos­sible. Les eaux sont au plus bas, et la crue n’est pas at­ten­due avant l’été ! Les membres de l’équi­page en pro­fitent pour par­tir dé­cou­vrir le pays des pha­raons. En juin, une épi­dé­mie de dys­en­te­rie conta­mine la moi­tié de l’équi­page et tue 3 ma­rins. Le « Louxor » peut en­fin mettre le cap sur la France le 25 août 1832. Ce­pen­dant, le grand fleuve est ca­pri­cieux, sur­tout pour un ba­teau les­té de 230 t de gra­nit et un équi­page en par­tie dé­ci­mé. « La na­vi­ga­tion est très pé­rilleuse, mal­gré l’aide de ma­rins égyp­tiens. Le Louxor se laisse en fait por­ter en es­sayant de se re­te­nir avec des ancres pour ne pas s’échouer » , ex­plique Alain Ni­der­lin­der. Ar­ri­vé à Ro­sette, au terme de 750 km de par­cours, coup de théâtre : une barre de sable bouche l’em­bou­chure du Nil ! Un coup de vent pro­vi­den­tiel fi­ni­ra par sauver le na­vire… au bout de trois mois d’at­tente. Le 2 jan­vier, il arrive à Alexan­drie : là, le « Sphinx » , un re­mor­queur à va­peur, l’at­tend. En ef­fet, dès le voyage al­ler, l’ex­pé­di­tion a com­pris qu’elle ne pour­rait pas na­vi­guer en pleine mer sans aide. Cette fois en­core, le pé­riple est chao­tique, mais le « Louxor » par­vient à ral­lier Tou­lon puis Cher­bourg trois mois plus tard. Il reste à re­mon­ter la Seine. Il fau­dra dix jours et un ha­lage as­su­ré par 28 che­vaux pour ar­ri­ver jus­qu’au pont de la Con­corde le 23 dé­cembre 1833. Soit deux ans et neuf mois après le dé­part du ba­teau de Tou­lon…

At­ten­du par 200 000 Pa­ri­siens

Dans la ca­pi­tale, c’est l’ef­fer­ves­cence, et bien avant l’ar­ri­vée à bon port de la mer­veille de Louxor. Les jour­na­listes, les pam­phlé­taires, les po­li­tiques s’af­frontent dans les ga­zettes pour sa­voir où doit être ins­tal­lé l’obé­lisque : le Louvre, les In­va­lides, la Bas­tille, la Con­corde… Louis- Phi­lippe, qui règne alors, a dé­jà choi­si ce der­nier em­pla­ce­ment. « Il vou­lait la­ver l’en­droit du sang ver­sé lors des dé­ca­pi­ta­tions à la Ré­vo­lu­tion » , com­mente Ma­rie- Pierre De­marcq, autre com­mis­saire de l’ex­po­si­tion. En 1835, le pro­jet est adop­té. En­tre­temps, il a fal­lu fa­bri­quer et trans­por­ter de­puis la Bre­tagne un gi­gan­tesque pié­des­tal en gra­nit. Le 25 oc­tobre 1836, alors que la veille la mise en place de l’énorme ap­pa­reil de le­vage a cau­sé 1 mort et plu­sieurs bles­sés par­mi les ba­dauds, quelque 200 000 Pa­ri­siens as­sistent au re­dres­se­ment de l’obé­lisque. Une foule im­mense, car Pa­ris ne compte à l’époque que 910 000 ha­bi­tants… Pen­dant qu’une cen­taine de mu­si­ciens jouent « les Mys­tères d’Isis » , de Mo­zart, les spec­ta­teurs re­tiennent leur souffle, crai­gnant l’ac­ci­dent. Le roi lui- même pré­fère ob­ser­ver de­puis les sa­lons de l’hô­tel de la Ma­rine, et ne sor­tir qu’en cas de suc­cès… Il fau­dra trois heures à quelque 350 hommes, dans le bruit du bois qui craque et des cordes qui se tendent à l’ex­trême, pour his­ser le mo­no­lithe sur son pié­des­tal. Un ex­ploit qui sou­lève en­fin les hour­ras et les ap­plau­dis­se­ments de la foule. « Le Voyage de l’Obé­lisque, Louxor/ Pa­ris ( 1829- 1836) » , ex­po­si­tion au musée na­tio­nal de la Ma­rine, pa­lais de Chaillot ( Pa­ris XVIe), jus­qu’au 6 juillet. Fer­mé le mar­di. Ta­rif : 10 €, 5 € (- de 18 ans) et 2 € (- de 6 ans). Tél. 01.53.65.69.53. www. musée- ma­rine. fr.

( Musée Carnavalet/ Ro­ger- Viol­let.)

Le 25 oc­tobre 1836, le monument est dres­sé sur la place de la Con­corde de­vant 200 000 Pa­ri­siens.

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