« Le­di­man­cheest le­jour le­plus­ren­table »

Ch­ris­to­pheMontes, di­rec­teur­du­ma­ga­sin­de­bri­co­la­geBat­koràBo­bi­gny

Le Parisien (Paris) - - Economie - EL­SA MA­RI

La qua­si- to­ta­li­té des ma­ga­sins de bri­co­lage de France étaient ou­verts hier, mal­gré la sus­pen­sion par le Con­seil d’Etat, mer­cre­di, du dé­cret qui les y au­to­ri­sait. Les en­seignes n’étaient pas pour au­tant dans l’illé­ga­li­té, celles- ci, en at­ten­dant la pu­bli­ca­tion d’un nou­veau dé­cret, ayant pris le soin de de­man­der — et ob­te­nir — les dé­ro­ga­tions né­ces­saires. Confor­mé­ment à la loi en vi­gueur. Hier, c’était le cas d’une en­seigne de Bri­co­ra­ma, Bat­kor, à Bo­bi­gny ( Seine- Saint- De­nis), ou­vert de 9 h 30 à 13 heures. Par­mi les sa­la­riés, il a fal­lu ins­tau­rer une ro­ta­tion : trente- deux ont de­man­dé à tra­vailler le di­manche. Deux, dont un res­pon­sable syn­di­cal, ont re­fu­sé.

L’an der­nier, une dé­ci­sion de jus­tice avait obli­gé Bri­co­ra­ma à fer­mer le di­manche pen­dant un an. Ré­sul­tat pour le ma­ga­sin Bat­kor : une perte de 800 000 € de chiffre d’af­faires et cinq em­plois sup­pri­més, se­lon son di­rec­teur, Ch­ris­tophe Montes. « Le di­manche est le jour le plus ren­table. Nous ne ré­cu­pé­rons pas cette perte en se­maine » , dé­plore ce der­nier. « Je vais de­voir re­non­cer à em­bau­cher une cais­sière et un ven­deur comme pré­vu » , an­non­cet- il. En at­ten­dant, le di­rec­teur profite de sa dé­ro­ga­tion mu­ni­ci­pale, qui lui au­to­rise cinq ou­ver­tures do­mi­ni­cales an­nuelles. nPayés Dans les rayons de l’en­tre­pôt, les em­ployés es­pèrent pou­voir conti­nuer à tra­vailler le di­manche. Ce jour- là, ils sont payés 19 € brut de l’heure contre 8 à 9 € en se­maine. « En deux ma­ti­nées, je gagne 150 €, ce qui me per­met d’ache­ter des couches et du lait pour ma fille » , confie Ni­co­las, 32 ans, conseiller en bois. « Je tra­vaille­rais tous les di­manches

19 € brut de l’heure

si c’était pos­sible » , lance ce grand blond, payé au smic. Veste fluo sur le dos, Mou­loud, 46 ans, ac­quiesce. Em­ployé de­puis seize ans chez Bat­kor, ces 150 € men­suels lui sont in­dis­pen­sables. Sa femme ne tra­vaille pas. Avec quatre en­fants à charge et un sa­laire de 1 120 € net, il s’est donc por­té vo­lon­taire. Même si ses en­fants pro­testent. « Ils me disent pa­pa, reste avec nous ! Mais cet après- mi­di, je les em­mè­ne­rai au parc d’Ar­gen­teuil. »

Iro­nie de la si­tua­tion, le dé­lé­gué syn­di­cal qui ne s’est pas por­té vo­lon­taire vient faire ses achats dans le ma­ga­sin. Comme ces autres clients, ra­vis de cette ou­ver­ture do­mi­ni­cale : « D’ha­bi­tude, on ne peut ja­mais faire nos courses en­semble, ma femme tra­vaille le sa­me­di » , ex­plique Jé­ré­my. Sa­mi­ra, elle, se ré­jouit d’évi­ter les files d’at­tente in­ter­mi­nables du sa­me­di. La se­maine pro­chaine, le di­rec­teur de­man­de­ra une nou­velle dé­ro­ga­tion à la mai­rie. Il lui en reste quatre. Après, il n’au­ra plus de re­cours.

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