Iln’ya­pasd’âge­pours’ai­mer…

Un­clip in­croyable vient d’être mis en ligne, dans le­quel une mai­sonde re­traite re­ven­dique le droit à l’amour pour ses ré­si­dants. Long­temps­ta­bou, le su­jet de­vient une pré­oc­cu­pa­tion dans cer­tains éta­blis­se­ments.

Le Parisien (Paris) - - Société - FLO­RENCE DEGUEN

Ils ne se sont pas ren­con­trés sur In­ter­net, ne se sont pas ar­ro­sés de tex­tos en­flam­més, n’ont pas sor­ti le grand jeu ni la lin­ge­rie af­frio­lante. Pour tout dire, per­sonne n’a vrai­ment pen­sé à eux. Pour­tant, beau­coup ont fê­té il y a trois jours à leur ma­nière la Saint- Va­len­tin. Vieux, par­fois ma­lades, souvent pri­vés de leur li­ber­té d’al­ler et de ve­nir, les ré­si­dants de mai­sons de re­traite n’en sont pas moins ca­pables, heu­reux et dé­si­reux d’ai­mer… C’est le mes­sage in­at­ten­du et ré­jouis­sant d’un éta­blis­se­ment mé­di­ca­li­sé pour per­sonnes âgées en Cham­pagne qui vient de mettre en ligne sur You­Tube un clip ac­com­pagne de la chan­son des Beatles « All You Need Is Love » .

On y voit des couples se don­ner la main, se ca­res­ser la joue, des équipes soi­gnantes leur dis­tri­buer gestes tendres et sou­rires af­fec­tueux… Un uni­vers de conte de fées ? « On a vou­lu mon­trer que la mai­son de re­traite ce n’est pas cet en­droit ef­frayant où les ré­si­dants som­nolent en rang d’oi­gnons dans l’en­trée » , as­sume avec fier­té Ma­gue­lonne Le­gaie, di­rec­trice de la Vil­la du Tertre, ou­verte en 2011 à Saint- Parres- auxTertres, dans l’Aube.

Avoir le droit de res­sen­tir, d’ex­pri­mer des émo­tions, du plai­sir, c’est un droit ab­so­lu tout

au long de la vie”

Ma­gue­lonne Le­gaie, di­rec­trice de la Vil­la du Tertre dans l’Aube

« C’est un lieu de vie. Avoir le droit de res­sen­tir, d’ex­pri­mer des émo­tions et du plai­sir, c’est un droit ab­so­lu jus­qu’au bout de la vie! » La Vil­la du Tertre fait par­tie de ces éta­blis­se­ments bien­veillants, for­més aux pré­ceptes de l’ « hu­ma­ni­tude » , cette phi­lo­so­phie de soins res­pec­tueuse des be­soins fon­da­men­taux de l’être hu­main ( être re­gar­dé, tou­ché, consi­dé­ré comme un su­jet…). Elle fait aus­si par­tie de ces mai­sons de re­traite où l’on s’in­ter­roge, où l’on s’or­ga­nise pour ten­ter de res­pec­ter l’in­ti­mi­té d’adultes, fra­gi­li­sés certes, mais adultes quand même. Donc d’in­di­vi­dus sexués.

L’éta­blis­se­ment compte 76 femmes pour 16 hommes de 88 ans en moyenne, dont six couples — quelques- unes consti­tués sur place — et deux chambres doubles com­mu­ni­cantes… Alors, certes, on ne dis­tri­bue pas de pré­ser­va­tifs comme l’a fait pen­dant une jour­née en dé­cembre l’Eh­pad du Poul­dreu­zic, dans le Fi­nis­tère, mais plus au­cun soi­gnant ou membre du per­son­nel n’entre dans une chambre sans s’as­su­rer au préa­lable qu’il ne va pas… dé­ran­ger. « Notre rôle est par­fois de s’as­su­rer que les per­sonnes sont consen­tantes, pour­suit Ma­gue­lonne Le­gaie, mais la plu­part du temps, c’est sur­tout les fa­milles qu’il faut ras­su­rer. Ça ne va pas tou­jours de soi de dé­cou­vrir que sa vieille ma­man a un amant… Il arrive aus­si par­fois que le per­son­nel as­siste par mé­garde à une scène un peu dé­ran­geante mais on en parle, il n’y a pas de ta­bou. »

Pas de ta­bou… Pour le psy­chiatre Gé­rard Ribes, qui tra­vaille de­puis long­temps sur la ques­tion, c’est une vé­ri­table ré­vo­lu­tion : « Les ba­by­boo­mers poussent à la roue, les re­pré­sen­ta­tions so­ciales évo­luent… On ose en­fin pen­ser l’in­ti­mi­té en mai­son de re­traite. » Lui se sou­vient de ces loin­tains col­loques où l’on en­vi­sa­geait la sexua­li­té des ré­si­dants en termes de « pul­sions » pa­tho­lo­giques, où l’on par­lait de « vieux li­bi­di­neux et de vieilles dames in­dignes » avec une gri­mace désap­pro­ba­trice. Alors, certes, il n’y a pas ( en­core ?) de chambres d’amour en mai­son de re­traite, comme au Canada, ni de Via­gra pour rem­pla­cer les an­xio­ly­tiques dans les pi­lu­liers de ces messieurs. « Mais main­te­nant on parle de plai­sir, de sen­sa­tions, de droit, conclut le psy­chiatre. Non seule­ment le re­gard de la so­cié­té a chan­gé, mais le re­gard des per­sonnes âgées sur elles- mêmes aus­si. Elles ne sont plus pri­son­nières de ce ter­rible ce n’est plus de mon âge » …

( DR.)

Les ré­si­dants de mai­sons de re­traite peuvent être amou­reux et avoir droit à une vie in­time… C’est le mes­sage du clip mis en ligne sur You­Tube par un éta­blis­se­ment mé­di­ca­li­sé pour per­sonnes âgées en Cham­pagne.

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