« Le­pro­cès­de­ce­mé­de­ci­nes­tun­sou­la­ge­ment »

Hin­daGue­mache, qui­veut­fai­re­re­con­naî­tre­la­res­pon­sa­bi­li­té­du­ré­gu­la­teur­duSa­mu­dans­la­mort­de­son­com­pa­gnon

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - POI­TIERS ( VIENNE) De notre cor­res­pon­dant EM­MA­NUEL COUPAYE

Vic­toire et sou­la­ge­ment. De­puis près de huit ans, Hin­da Gue­mache ba­taille pour faire reconnaître la res­pon­sa­bi­li­té d’un mé­de­cin ré­gu­la­teur du Sa­mu de Poi­tiers dans la mort de son com­pa­gnon, Em­ma­nuel Gra­nier, alors âgé de 32 ans. De­puis sa­me­di ma­tin, et la lec­ture d’un cour­rier adres­sé par le juge d’ins­truc­tion en charge du dos­sier, elle res­pire. Le ma­gis­trat vient d’or­don­ner le ren­voi du mé­de­cin de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel pour ho­mi­cide in­vo­lon­taire. Une in­for­ma­tion ré­vé­lée hier soir par les sites de « la Nou­velle Ré­pu­blique du Cen­treOuest » et de « Centre Presse » .

« C’était la nuit du 28 juin 2006, ra­conte Hin­da au bord des larmes. Em­ma­nuel s’était ré­veillé, il avait très mal à la poi­trine et au bras gau- che. On a ap­pe­lé le Sa­mu. Au bout du fil, le mé­de­cin n’écou­tait pas ce qu’on lui di­sait. Ça s’est très mal pas­sé. On avait l’im­pres­sion de l’em­bê­ter, qu’elle avait quelque chose contre nous. Elle nous di­sait qu’on ne fait pas dé­pla­cer le Sa­mu pour rien ! Elle n’a pas vou­lu écou­ter. »

Après plu­sieurs ap­pels à par­tir de 4 h 32, le doc­teur Ca­the­rine Com­pain, en poste cette nuit- là au sein du Sa­mu du CHU de Poi­tiers, fi­nit par en­voyer une am­bu­lance pri­vée. « C’est à vos frais, nous a- t- elle dit » , in­siste Hin­da. Le vé­hi­cule mé­di­ca­li­sé arrive vers 5 h 15. Un quart d’heure plus tard, le chauf­feur appelle le Sa­mu en ur­gence. Em­ma­nuel Gra­nier convulse. Il n’a plus de pouls. Une équipe du Smur est dé­pê­chée sur la ro­cade de Poi­tiers pour ten­ter de le ra­ni­mer. Sans suc­cès. Il dé­cède des suites d’un ma­laise car­diaque.

« Pour moi, cette femme mé­de­cin n’a pas fait ce qu’il fal­lait. Elle pou­vait en­tendre Ma­nu hur­ler et pleu­rer au té­lé­phone. Elle n’a pas po­sé les bonnes ques­tions. Il au­rait pu être sau­vé » , in­siste cette mère de fa­mille de 40 ans. La jus­tice ne se prononce pas sur ce der­nier point. nQues­tion­ne­ment Se­lon l’ex­per­tise mé­di­cale, la cause du dé­cès ré­side dans l’hy­giène de vie de la vic­time et sa consom­ma­tion de ta­bac. Mais le juge d’ins­truc­tion re­lève que le doc­teur Com­pain a « com­mis une faute de né­gli­gence ca­rac­té­ri­sée » . Un « diag­nos­tic in­suf­fi­sam­ment étayé » à cause d’un ques­tion­ne­ment té­lé­pho­nique in­com­plet. Pour le ma­gis­trat, il y a donc un « lien in­di­rect mais cer­tain avec le dé­cès » .

« Ce pro­cès, c’est une vic­toire, com­mente Hin­da Gue­mache en re­li-

in­com­plet

sant le do­cu­ment re­çu sa­me­di. Je suis sou­la­gée que la mé­de­cin du Sa­mu soit ju­gée. C’est bien pour moi et pour les en­fants. Je vais en­fin pou­voir faire le deuil de Ma­nu. »

« Ce ren­voi de­vant la jus­tice, notent Patricia Cou­tand et Emi­lie Hay, avo­cates des parties ci­viles, ne sanc­tionne pas une ba­nale er­reur de diag­nos­tic, mais un com­por­te­ment gra­ve­ment fau­tif. »

Après plus de trente an­nées aux ur­gence du CHU de Poi­tiers, le doc­teur Com­pain a quit­té son poste à la fin de l’an­née der­nière. « Elle a ter­mi­né dans la souf­france une car­rière sans tâche, re­lève Me Bé­thune de Mo­ro, son dé­fen­seur. Je suis sur­pris de cette dé­ci­sion. Le par­quet a tou­jours consi­dé­ré qu’il n’y avait pas lieu de pour­suivre. » Le pro­cès pour­rait avoir lieu d’ici à la fin de cette an­née.

Hin­da Gue­mache ( ici te­nant la pho­to de son com­pa­gnon, Em­ma­nuel Gra­nier).

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