La­ville­nie­dans uneau­tre­di­men­sion

Le Parisien (Paris) - - Sports - SAN­DRINE LE­FÈVRE

Treize heures hier, au ter­mi­nal 2D de Rois­sy. At­ti­rés par la meute des jour­na­listes, des cu­rieux s’ap­prochent. « Ah, vous at­ten­dez ce­lui qui a fait 6,16 m à la perche ? » Le nomde Re­naud La­ville­nie n’est pas en­core sur toutes les lèvres, mais son in­croyable prouesse de sa­me­di a mar­qué les es­prits. nUn « Il y a deux ou trois ans, je fai­sais bonne fi­gure en di­sant pen­ser à ce re­cord du monde, tout en sa­chant que j’en étais loin, se sou­vient le per­chiste. L’an pas­sé, j’ai com­pris que je pou­vais m’en ap­pro­cher. L’émo­tion que ça pro­cure d’y être ar­ri­vé est au­de­là de ce que j’avais ima­gi­né. » Il avoue ne pas avoir « dor­mi de la nuit » . Son ex­ploit, sin­cè­re­ment sa­lué par Ser­gueï Bub­ka, dé­sor­mais an­cien maître de la dis­ci­pline, est à clas­ser par­mi les plus grands mo­ments du sport. A la hau­teur des per­for­mances de Mike Po­well en lon­gueur ( 9,95 m, vingt- trois ans après les 8,90 mde Bob Bea­mon) et même

ex­ploit hors norme

d’Usain Bolt ( 9’’ 58 m sur 100 m).

Pour la France, il a même une sa­veur toute par­ti­cu­lière : les meilleurs spé­cia­listes d’avant l’ère Bub­ka s’ap­pe­laient Col­let, Qui­non ou Vi­gne­ron. « J’ai l’im­pres­sion que ma vie va chan­ger, sou­ligne le per­chiste. A Cler­mont, je com­men­çais à être dif­fi­ci­le­ment tran­quille, ça va être pire dé­sor­mais mais ce n’est pas grave ! » nEt En trois se­maines, Re­naud La­ville­nie a ga­gné 13 cm, ame­nant son re­cord de 6,03 m à 6,16 m. « A une telle hau­teur, c’est gi­gan­tesque » , sou­ligne Gé­rald Bau­douin, l’en­traî­neur na­tio­nal du saut à la perche. Fran­chir 6,16 m né­ces­site l’utilisation de perches plus dures et donc plus d’en­ga­ge­ment. Jus­qu’où peut al­ler La­ville­nie? « Je me dis que ce n’est pas fi­ni. J’ai 27 ans, Bub­ka a pas­sé 6,15 m à 31 ans. J’ai peut- être en­core de belles an­nées de­vant moi. Lui a pris le re­cord à 5,90 m et l’a mis à 6,15 m. Moi, je le prends à 6,16 m, au­tant dire que je n’en bat­trai pas 35 ! Si je le

ce n’est peut- être pas fi­ni

re­bats une fois, ce se­ra ex­tra­or­di­naire. Mais pour le mo­ment, je sa­voure ce mo­ment. » Le Tsar Bub­ka avait éva­lué « la li­mite hu­maine à 6,35 m- 6,40 m » . A l’ins­tar de Phi­lippe d’En­causse, le coach du Fran­çais, l’Ukrai­nien es­time La­ville­nie ca­pable de fran­chir 6,20 m. « C’est pos­sible, sou­ligne d’En­causse, mais est- ce qu’il le fe­ra, je ne sais pas ! »

En at­ten­dant, Re­naud le bou­li­mique se plonge dans un rêve de deuxième titre olym­pique, en 2016 à Rio. L’an­née 2014 com­mence pour­tant à peine. Tou­ché au pied gauche après sa ten­ta­tive à 6,21 m ( une bles­sure qui a né­ces­si­té plu­sieurs points de su­ture), il pas­se­ra des exa­mens ce ma­tin pour sa­voir s’il pour­ra ou non dé­fendre son titre mon­dial en salle, le 8 mars en Po­logne.

Aé­ro­port de Rois­sy ( Val- d’Oise), hier. Re­naud La­ville­nie a été ac­cueilli à son re­tour d’Ukraine par une foule de cu­rieux et de jour­na­listes, « J’ai l’im­pres­sion que ma vie va chan­ger » , nous a confié le nou­veau re­cord­man mon­dial de saut à la perche.

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