Re­nault, tu­teur de jeunes en dif­fi­cul­té

Le construc­teur au­to­mo­bile a si­gnéun­par­te­na­riat avec l’Etat, Pôle em­ploi et des mis­sions lo­cales afin de for­mer800­jeunes sans di­plôme cette an­née. Cha­cun­se­ra sui­vi pa­run­tu­teur.

Le Parisien (Paris) - - La Une - EMI­LIE TORGEMEN

Ces der­niers mois, chez Re­nault, on était da­van­tage ha­bi­tué aux an­nonces de supp r e s s i o n s d ’ e m p l o i s ( 7 500 d’ici à 2016) qu’aux em­bauches. Et pour­tant, la marque au lo­sange va for­mer, dans le cadre d’un par­te­na­riat avec l’Etat, Pôle em­ploi et des mis­sions lo­cales, 800 jeunes en si­tua­tion dif­fi­cile — cha­cun sui­vi par un tu­teur — dans douze de ses usines fran­çaises. Une grande par­tie de­vrait dé­bou­cher sur des CDI. « Nous au­rons be­soin de cols bleus d’ici à 2017, vu les en­ga­ge­ments de notre pacte de com­pé­ti­ti­vi­té ( lire ci­contre) » , ex­plique Ma­rie- Fran­çoise Da­me­sin, DRH du groupe. « Re­nault est un pion­nier en la ma­tière. De­puis 1992, 3 850 jeunes ont été ai­dés avec 90 % de réus­site aux exa­mens, ré­ca­pi­tule Em­ma­nuelle War­gon, la re­pré­sen­tante du mi­nis­tère du Travail dans ce par­te­na­riat. Et 70 % d’entre eux ont un job après six mois. » nUne A Douai, Ma­rie- Es­telle Koop­mans, 29 ans, se forme de­puis un an en al­ter­nance dans l’usine qui pro­duit le Scé­nic et la Mé­gane ca­brio­let. Elle est ar­ri­vée d’Abid­jan le 20 mars 2011, alors que la Côte d’Ivoire était en crise. La jeune femme pré­pare au­jourd’hui son CAP de conduc­teur d’ins­tal­la­tion de pro­duc­tion. Dans l’usine, elle change de poste toutes les quatre- vingt- dix mi­nutes : elle est opé­ra­trice mul­ti­mé­dia — elle s’oc­cupe des bran­che­ments des ca­mé­ras et des câbles des voi­tures — ou à la pro­tec­tion ther­mique des mo­teurs. Après le CAP, elle ai­me­rait « pré­pa­rer un BTS » .

ex­pé­rience va­lo­ri­sante

Gre­go­ry Leroy est char­gé des stocks dans l’usine de Cléon, près de Rouen, qui fa­brique la plu­part des mo­teurs et des boîtes de vi­tesses des vé­hi­cules Re­nault et Nis­san ven­dus en France. Cet an­cien édu­ca­teur, sans di­plôme, se forme à la ré­cep­tion, le sto­ckage et la pré­pa­ra­tion des com­mandes. Il dé­place son « car à fourche » deux se­maines par mois. L’autre moi­tié du mois est dé­diée à la théo­rie. Il est payé au smic, « ce qui

à g.), per­met de se for­mer et de s’y re­trou­ver tout de même » , glisse le tren­te­naire. Le res­pon­sable de la for­ma­tion de son usine, Jean- Yves Ju­lien, in­siste sur « le rôle des tu­teurs, qui va par­fois au- de­là de l’uni­vers pro­fes­sion­nel. Cer­tains des al­ter­nants n’ont ja­mais vu leurs pa­rents avec un em­ploi. On in­siste sur le com­por­te­ment à avoir, se le­ver le ma­tin, etc. »

« Dans une usine aux deux- huit, on doit être en poste à 5 h 30, il faut un cer­tain temps d’adap­ta­tion » , se sou­vient Wald­jee Ben Is­sa qui a bé­né­fi­cié du pro­gramme en 1996 et, après avoir été em­bau­ché chez un sous- trai­tant pro­dui­sant des sièges pour Re­nault, a re­joint de­puis trois ans l’usine de Flins qui l’avait for­mé. De­ve­nu chef d’équipe, le tren­te­naire mal­gache y ac­cueille à son tour des al­ter­nants.

Au­jourd’hui la conjonc­ture est plus rude, le construc­teur ne fait pas mi­roi­ter d’em­bauches ra­pides. « Le simple fait d’avoir un CAP est un fac­teur fa­ci­li­tant pour ces jeunes et l’ex­pé­rience chez Re­nault est très va­lo­ri­sée » , pré­cise Em­ma­nuelle War­gon. L’in­dus­trie au­to­mo­bile souffre. Et l’ave­nir est loin d’être as­su­ré. Mais Gré­go­ry, l’ap­pren­ti de Cléon, veut croire que son di­plôme lui per­met­tra de tra­vailler dans toutes les en­tre­prises de­vant gé­rer un stock.

Usine de Flins ( Yve­lines). Wald­jee Ben Is­sa (

qui a bé­né­fi­cié d’un tu­to­rat en 1996, forme à son tour des jeunes sans di­plôme.

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