On ai­me­rait bien man­ger sans crainte!

Un an après l’af­faire de la viande de che­val, le porc est à son tour sur la sel­lette. Les moyens al­loués aux contrôles sa­ni­taires sont clai­re­ment in­suf­fi­sants.

Le Parisien (Paris) - - La Une - SÉ­BAS­TIEN RAMNOUX

En­core un scan­dale sa­ni­taire dans nos as­siettes ? Hier, le par­quet de Saint- Brieuc ( Côtes- d’Ar­mor) a confir­mé l’ou­ver­ture d’une en­quête contre le groupe bre­ton Coo­perl sur des soup­çons de fraude à la viande de porc conta­mi­née aux sal­mo­nelles ( lire page sui­vante). Une af­faire qui tombe mal alors que le Sa­lon de l’agri­cul­ture com­mence ce sa­me­di. La loi sur la consom­ma­tion, vo­tée dé­fi­ni­ti­ve­ment la se­maine der­nière, se targue pour­tant de lut­ter contre les trom­pe­ries et les es­cro­que­ries.

Peut- on avoir confiance dans la nour­ri­ture ven­due dans notre pays ? Un an après l’af­faire des la­sagnes au che­val Span­ghe­ro, la ques­tion reste d’ac­tua­li­té. Viande de che­val ayant ser­vi pour des la­bo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques et qui se re­trouvent dans le cir­cuit ali­men­taire, escroquerie des pois­sons sur­ge­lés gon­flés à l’eau, pres­sion des Etats- Unis pour vendre des pou­lets la­vés au chlore… Les af­faires se sont mul­ti­pliées ces der­niers mois et la Cour des comptes vient de mettre les pieds dans le plat. Dans leur rap­port an­nuel ( lire ci- contre), les ma­gis­trats fus­tigent la fai­blesse des contrôles des ins­pec­teurs dé­pen­dant du mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture. Ils n’hé­sitent pas à poin­ter des « ano­ma­lies graves » . Et l’Union eu­ro­péenne a aus­si cri­ti­qué l’ef­fi­ca­ci­té du sys­tème fran­çais.

Les en­tre­prises se chargent des ana­lyses à la place de l’Etat

Au coeur du sys­tème, c’est le re­cours trop im­por­tant à l’au­to­con­trôle qui est cri­ti­qué. Faute de pou­voir mettre un agent dans chaque bou­che­rie, chaque res­tau­rant et chaque pro­duc- teur de plats pré­pa­rés, l’Etat a char­gé les pro­fes­sion­nels de contrô­ler leur pro­duc­tion pour faire la preuve qu’elle res­pecte les normes sa­ni­taires et de qua­li­té. Un au­to­con­trôle qui a ses li­mites. « Les pos­si­bi­li­tés de trom­pe­rie sont in­fi­nies, ex­plique un an­cien ins­pec­teur vé­té­ri­naire : tri­che­rie sur les courbes de tem­pé­ra­ture de conser­va­tion des ali­ments, des ex­ploi­tants qui four­nissent les ana­lyses d’une bou­teille d’eau mi­né­rale à la place de l’eau uti­li­sée pour fa­bri­quer leurs pro­duits… Même si les sanctions existent, la vo­lon­té de tri­cher se­ra tou­jours là. »

En dix ans, les ef­fec­tifs des agents ont chu­té de 19 % pour le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture et de 15 % pour la Di­rec­tion de la consom­ma­tion et de la ré­pres­sion des fraudes ( DGCCRF). « Mais cette an­née, la DGCCRF est la seule ad­mi­nis­tra­tion dé­pen­dant de Ber­cy qui a ob­te­nu des créa­tions de postes » , pré­cise- t- on au ca­bi­net du mi­nistre dé­lé­gué à la Consom­ma­tion Be­noît Ha­mon. « La DGCCRF a ga­gné 15 postes, sou­ligne la CGT. Quand on sait que dans cer­tains dé­par­te­ments, comme le Gers, il n’y a que 4 agents, on peut sou­rire de cette an­nonce. »

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