Le leader du porc sur la sel­lette

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - É. F.

Le groupe co­opé­ra­tif bre­ton Coo­perl, nu­mé­ro un du porc en France, fait l’ob­jet d’une en­quête pré­li­mi­naire di­li­gen­tée par le par­quet de Saint- Brieuc ( Côtes- d’Ar­mor). La jus­tice le soup­çonne d’avoir ma­quillé des ré­sul­tats d’au­to­con­trôles, afin de faire croire que ses pro­duits n’étaient pas conta­mi­nés par les bac­té­ries sal­mo­nelles pour les re­vendre à meilleur prix. La fraude por­te­rait sur 1 500 t de viande de porc, com­mer­cia­li­sées entre 2010 et 2012 en France et en Rus­sie, pou­vant en­trer dans la com­po­si­tion de plats cui­si­nés à base de viande ( ra­vio­lis, etc.) et de char­cu­te­ries ( sa­la­mi, sau­cis­sons, sau­cisses cock­tail…).

Se­lon une in­for­ma­tion du « Té­lé­gramme » confir­mée hier par le par- quet, une pre­mière es­ti­ma­tion du mon­tant de l’escroquerie pré­su­mée se mon­te­rait à près de 1 M€. Les in­ves­ti­ga­tions sont me­nées par les gen­darmes de l’Of­fice cen­tral de lutte contre les at­teintes à l’en­vi­ron­ne­ment et la san­té pu­blique ( Oclaesp) ain­si que par ceux de la sec­tion de re­cherches de Rennes ( Ille- et- Vi­laine). A ce jour, au­cune vic­time n’au­rait été re­cen­sée.

Le groupe dé­ment toute fraude

Trois cadres du groupe ont été pla­cés en garde à vue le 12 fé­vrier dans le cadre de ce dos­sier, puis re­lâ­chés. D’autres in­ter­ro­ga­toires, tou­chant cette fois les di­ri­geants du groupe, sont pré­vus dans les pro­chaines se- maines, in­dique une source proche de l’en­quête. Ils de­vront no­tam­ment s’expliquer sur les soup­çons nés de l’ana­lyse de do­cu­ments et de ma­té­riel in­for­ma­tique sai­sis en no­vembre 2012 au siège de la co­opé­ra­tive, à Lam­balle ( Côtes- d’Ar­mor) : les au­to­con­trôles de la Coo­perl pré­sen­tant des ré­sul­tats po­si­tifs à la sal­mo­nelle au­raient été trans­for­més en ré­sul­tats né­ga­tifs. Une ma­ni­pu­la­tion à but lu­cra­tif : si la viande conta­mi­née à la sal­mo­nelle peut éven­tuel­le­ment être ven­due, en des­sous d’un cer­tain seuil, avec l’ac­cord et sous le contrôle de l’ad­mi­nis­tra­tion, sa com­mer­cia­li­sa­tion doit in­té­grer un pro­ces­sus de fa­bri­ca­tion ga­ran­tis­sant l’éli­mi­na­tion de la bac­té­rie par une cuis­son ap­pro­priée. Son prix n’est alors plus le même : se­lon « le Té­lé­gramme » , une viande conta­mi­née per­drait ain­si 2,5 à 3 fois sa va­leur ini­tiale.

La Coo­perl a re­con­nu dans un com­mu­ni­qué « faire l’ob­jet d’une en­quête » et avoir été per­qui­si­tion­née fin 2012 mais re­jette « avec force les al­lé­ga­tions de fraude et d’escroquerie » . Le groupe plaide « une mau­vaise in­ter­pré­ta­tion » de la ré­gle­men­ta­tion de sa part et dé­ment toute in­ten­tion dé­lic­tuelle. « Ce do­maine est très tech­nique et les ré­gle­men­ta­tions dif­fèrent se­lon le type de pro­duits » , se dé­fend le ser­vice com­mu­ni­ca­tion du groupe. Se­lon la Coo­perl, « im­mé­dia­te­ment après le contrôle de no­vembre 2012, nous avons amé­lio­ré nos pro­to­coles d’ana­lyses sur la sal­mo­nelle et nous sommes en par­faite confor­mi­té avec les exi­gences ré­gle­men­taires de qua­li­té et de sé­cu­ri­té sa­ni­taire » .

La Coo­perl est nu­mé­ro un du porc en France, avec un chiffre d’af­faires de 2,08 Mds€ en 2012. Le groupe co­opé­ra­tif fé­dère 2 760 éle­veurs, em­ploie 4 800 sa­la­riés et pro­duit près de 5,7 mil­lions de porcs par an.

La jus­tice soup­çonne le groupe Coo­perl d’avoir ma­quillé des ré­sul­tats d’au­to­con­trôles : 1 500 t de viande de porc, conta­mi­nées par la sal­mo­nelle, au­raient ain­si été re­ven­dues en étant pré­sen­tées comme non in­fec­tées.

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