« Seule­ment un agent pour2 500can­tines… »

Laurent Lasne, pré­sident du Syn­di­cat na­tio­nal des ins­pec­teurs en san­té pu­blique vé­té­ri­naire

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - Pro­pos re­cueillis par SÉ­BAS­TIEN RAMNOUX

Ce re­pré­sen­tant des ins­pec­teurs en san­té pu­blique vé­té­ri­naire s’alarme de la baisse du nombre de contrô­leurs et du poids des tâches ad­mi­nis­tra­tives dans leur travail. La sé­cu­ri­té ali­men­taire en France est- elle me­na­cée par le manque de contrô­leurs ?

LAURENT LASNE. On est à un seuil cri­tique. L’an pas­sé, l’ad­mi­nis­tra­tion cen­trale a fixé le nombre d’agents en charge des contrôles des éta­blis­se­ments ser­vant de la nour­ri­ture ( NDLR : res­tau­rants,

com­merces, su­per­mar­chés…) : 60 pour 371 631 éta­blis­se­ments ! Et pour les 110 271 éta­blis­se­ments de res­tau­ra­tion col­lec­tive : 43. Soit un seul agent pour plus de 2 500 can­tines et res­tau­rants d’hô­pi­taux, de mai­sons de re­traite… On ne peut pas se conten­ter de sta­bi­li­ser les ef­fec­tifs, il va fal­loir les aug­men­ter. L’au­to­con­trôle des en­tre­prises ne suf­fit pas à pal­lier ce manque d’ef­fec­tifs ? L’au­to­con­trôle est une bonne chose, car il res­pon­sa­bi­lise ju­ri­di­que­ment le pro­duc­teur, ce qui est in­dis­pen­sable. Mais il ne fonc­tionne qu’à une condition : on pa­rie sur l’hon­nê­te­té des pro­fes­sion­nels. Et dans la grande ma­jo­ri­té, elle est réelle. Sauf que, dans cer­tains cas, des es­cro­que­ries ou des trom­pe­ries so­phis­ti­quées, im­pli­quant un ré­seau sur tout le ter­ri­toire, ou in­ter­na­tio­nal, peuvent être dif­fi­ciles à dé­tec­ter pour les agents de ter­rain. C’était le cas par exemple à Span­ghe­ro : la trom­pe­rie concer­nait du mi­ne­rai de viande conge­lé, où la sub­sti­tu­tion d’éti­quette a eu lieu par le biais de tra­deurs étran­gers.

Que fau­drait- il faire ? D’abord avoir une ges­tion in­té­grée de la sé­cu­ri­té ali­men­taire. En Eu­rope, il y a une di­rec­tion gé­né­rale re­grou­pant la san­té et la consom­ma­tion. En France, la sé­cu­ri­té ali­men­taire dé­pend de deux mi­nis­tères, l’Agri­cul­ture et la Consom­ma­tion, aux­quels s’ajoutent des agences. En­suite, il y a six ad­mi­nis­tra­tions dif­fé­rentes au ni­veau ré­gio­nal, et quatre au ni­veau dé­par­te­men­tal ! Et pour le contrôle de l’eau, une autre ad­mi­nis­tra­tion est com­pé­tente. Le plus ab­surde, c’est que de­puis 2010 le re­grou­pe­ment des ser­vices de la consom­ma­tion et vé­té­ri­naire a eu lieu au ni­veau des dé­par­te­ments. Mais alors que ces fonc­tion­naires suivent les mêmes af­faires, ils n’ont pas d’ou­tils de travail en com­mun.

L’au­to­con­trôle res­pon­sa­bi­lise ju­ri­di­que­ment le pro­duc­teur”

Que de­man­dez- vous ? Il faut re­mon­ter les ef­fec­tifs des agents de contrôle, et les dé­char­ger de cor­vées ad­mi­nis­tra­tives trop lourdes. Cer­tains doivent faire des rap­ports à plus de quatre ad­mi­nis­tra­tions dif­fé­rentes ! Il faut en fi­nir avec la concur­rence entre les mi­nis­tères de la Consom­ma­tion et de l’Agri­cul­ture. La sé­cu­ri­té ali­men­taire doit être une prio­ri­té ab­so­lue.

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