Fin de règne chez les Peu­geot

Le Parisien (Paris) - - Economie - E. T.

La fa­mille Peu­geot va perdre le contrôle ! L’ac­cord qui se­ra ren­du pu­blic mer­cre­di va ra­me­ner leur poids sous la barre des 15 %, alors qu’ils tiennent au­jourd’hui le vo­lant avec 25 % du ca­pi­tal et 38 % des droits de vote. Pour la pre­mière fois dans l’his­toire du groupe fon­dé en 1810, la pré­si­dence du con­seil de sur­veillance ne se­ra pas as­su­rée par un hé­ri­tier. PSA va donc de­voir quit­ter l’as­so­cia­tion des He­no­kiens, un club in­ter­na­tio­nal d’en­tre­prises fa­mi­liales de plus de deux cents ans, dans le­quel les pa­trons de Peu­geot cô­toient la fa­mille Ho­shi, à la tête d’une au­berge ja­po­naise, bâ­tie en 718. C’est un coup de ton­nerre pour les te­nants du ca­pi­ta­lisme familial.

Mais au sein du construc­teur, jus­qu’aux syn­di­cats, on a conscience de l’im­por­tance de ren­trer de plain- pied dans la mon­dia­li­sa­tion. « Heu­reuse- ment ou mal­heu­reu­se­ment, PSA ne peut pas res­ter seul, une al­liance glo­bale est je crois in­con­tour­nable » , ex­plique Franck Don, dé­lé­gué CFTC. Dans le cas de la fa­mille Peu­geot, les conflits au som­met de la hui­tième gé­né­ra­tion ont aus­si ac­cé­lé­ré le mou­ve­ment. Les Peu­geot semblent de­ve­nus « un aréo­page par­fois très éloi­gné du sec­teur au­to qui n’a pas su don­ner de man­dat clair aux di­ri­geants suc­ces­sifs » , dé­crypte un connais­seur qui pré­fère res­ter ano­nyme. nBa­garre En 2002, quand le pa­triarche Pierre Peu­geot meurt, il a mal pré­pa­ré sa suc­ces­sion. A tel point qu’il a fal­lu at­tendre plus de deux se­maines après sa dis­pa­ri­tion pour dé­si­gner le nou­veau pré­sident du con­seil. Ré­sul­tat, trois cou­sins se par­tagent de­puis le pou­voir : Thier­ry, pré­sident du

de cou­sins

con­seil de sur­veillance, Ro­bert, pré­sident de la hol­ding fa­mi­liale FFP, et Jean- Phi­lippe, ad­mi­nis­tra­teur des Eta­blis­se­ments Peu­geot Frères. Si Thier­ry veut ré­in­ves­tir un maxi­mum dans le construc­teur et re­fuse de lâ­cher les com­mandes, Ro­bert, lui, mi­lite pour sau­ve­gar­der l’épargne du clan et or­ga­nise la di­ver­si­fi­ca­tion du por­te­feuille. Jus­qu’au mois der­nier, Thier­ry cher­chait en­core à se pas­ser de l’Etat fran­çais et de Dong­feng comme coac­tion­naire.

Même les pe­tits ac­tion­naires dé­noncent cette ba­garre de cou­sins : « Si la fa­mille n’est pas sou­dée et dé­ci­dée à se battre jus­qu’à la der­nière goutte de sang pour ne pas bra­der ce fleu­ron de notre in­dus­trie, dif­fi­cile de le gar­der mal­gré eux » , re­grette Co­lette Neuville, pré­si­dente de l’As­so­cia­tion de dé­fense des ac­tion­naires mi­no­ri­taires, qui n’est pas fa­vo­rable à la di­lu­tion de la fa­mille. Et compte bien le faire sa­voir, y com­pris en vo­tant contre lors de l’as­sem­blée gé­né­rale dont la date est in­con­nue.

Reste à sa­voir qui rem­pla­ce­ra Thier­ry Peu­geot. L’Etat veut im­po­ser Louis Gal­lois, l’an­cien pré­sident d’EADS, au­jourd’hui à la tête du Com­mis­sa­riat gé­né­ral à l’in­ves­tis­se­ment. « Si on sort un autre nom du cha­peau mer­cre­di, ce se­ra in­quié­tant, es­time Ber­nard Jul­lien, cher­cheur spé­cia­liste de l’au­to­mo­bile. Le signe que l’Etat fran­çais et Dong­feng n’ont pas su im­po­ser leur vue à la fa­mille alors que le construc­teur n’au­ra pas vingt fois l’oc­ca­sion de prendre un aus­si im­por­tant vi­rage stra­té­gique. » Se­lon nos in­for­ma­tions, le sus­pense sur le nom du fu­tur pré­sident pour­rait du­rer jus­qu’en mars et à la vi­site d’Etat à Pa­ris du pré­sident chi­nois Xi Jin­ping.

Thier­ry Peu­geot va de­voir quit­ter la pré­si­dence du con­seil de sur­veillance.

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