Le­coup­de­bar­re­deS­quar­ci­ni

L’ex- pa­tron­du­ren­sei­gne­men­tin­té­rieur est ju­géau­jourd’huiàPa­ris pou­ra­voir cher­ché ài­den­ti­fier la sour­ced’un jour­na­liste du « Monde » . Le­cré­pus­cu­le­de­sa­car­rière.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - ADRIEN CADOREL

Le « Squale » est pris dans les fi­lets de la jus­tice. Plus de dix­huit mois après son li­mo­geage du très convoi­té fau­teuil de di­rec­teur cen­tral du ren­sei­gne­ment in­té­rieur ( DCRI), Ber­nard Squar­ci­ni, 58 ans, se re­trouve cet après- mi­di de­vant le tri­bu­nal de grande ins­tance de Pa­ris, pour ré­pondre de son im­pli­ca­tion dans l’af­faire dite des « fa­dettes » . L’ex- fi­gure du ren­sei­gne­ment est pour­sui­vie pour avoir re­quis, à l’été 2010, les fac­tures té­lé­pho­niques du jour­na­liste du « Monde » Gé­rard Da­vet — « cou­pable » à l’époque de to­ni­truantes ré­vé­la­tions dans le dos­sier Bet­ten­court — afin d’iden­ti­fier sa source. Les soup­çons s’étaient vite por­tés sur un proche conseiller de Mi­chèle Al­liot- Ma­rie, à l’époque mi­nistre de la Jus­tice. Cette col­lecte de don­nées té­lé­pho­niques, Squar­ci­ni, sur­nom­mé le Squale, la jus­ti­fie tou­jours au nom de « l’at­teinte aux in­té­rêts de l’Etat » .

« Le fait qu’un haut re­pré­sen­tant d’un mi­nis­tère ré­ga­lien puisse trans­mettre des in­for­ma­tions d’un tel ni­veau de confi­den­tia­li­té pose un pro­blème aux yeux de l’ins­ti­tu­tion » , as­sure Pa­trick Mai­son­neuve, avo­cat de Ber­nard Squar­ci­ni, ajou­tant que son client a agi « dans un cadre lé­gal sans tra­hir sa fonc­tion, et à la de­mande de Fré­dé­ric Pé­che­nard, alors di­rec­teur gé­né­ral de la po­lice na­tio­nale » .

Un ar­gu­ment ju­gé peu per­ti­nent par Gé­rard Da­vet : « Je de­meure sur­pris par l’évo­ca­tion de l’at­teinte aux in­té­rêts de l’Etat. Il n’y a pas de vi­sée ter­ro­riste dans l’ar­ticle d’un jour­na­liste. C’est aux fon­de­ments de notre mé­tier, l’ac­cès aux sources qui sont pri­mor­diales dans notre ac­ti­vi­té, que l’on a vou­lu s’at­ta­quer. »

Pour­sui­vi pour « col­lecte de don­nées per­son­nelles par un moyen frau­du­leux, dé­loyal ou illi­cite » , un dé­lit pu­ni d’un maxi­mum de cinq ans de pri­son et 300 000 € d’amende, Squar­ci­ni sait que cette af­faire a sans doute été le dé­but de sa dé­chéance au sein de l’ap­pa­reil du ren­sei­gne­ment fran­çais, qu’il a cô­toyé pen­dant plus de trois dé­cen­nies. « Les ser­vices ( NDLR : de ren­seigne- ments), il a ça dans le sang au même titre que la Corse, mar­tèle un de ses amis de longue date. Il y a pas­sé sa vie, a ac­quis une ex­per­tise, et a eu des ré­sul­tats comme l’ar­res­ta­tion d’Yvan Co­lon­na. » D’autres, moins com­plai­sants, lui re­prochent la ges­tion de l’af­faire Me­rah, ain­si que celle, en 2008, du dos­sier « Tar­nac » , des­ti­née à l’époque à mon­trer le bien- fon­dé et l’ef­fi­ca­ci­té de la toute jeune DCRI. Après une car­rière pas­sée exclusivement au sein des ren­sei­gne­ments gé­né­raux, qu’il a fi­ni par di­ri­ger, Squar­ci­ni avait vu dans sa no­mi­na­tion « un poste à la hau­teur de son ego, es­time un de ses pen­sion­naires. A la DCRI, tout était opaque, il y avait un cli­mat pe­sant, si bien que cer­tains ont — fait ra­ris­sime — té­moi­gné de leur mé­con­ten­te­ment en se ras­sem­blant avec des tracts en mars 2012.

Au­jourd’hui, les plaies sont en­core ou­vertes » . Fi­dèle de Ni­co­las S a r k o z y , « l’es­pion du pré­sident » , son autre s ur­nom, sa­vait que la non- ré­élec­tion de son fa­vo­ri en 2012 se­rait sy­no­nyme de li­mo­geage. Il a été dé­bar­qué dès le 30 mai. « La mau­vaise ré­pu­ta­tion sans doute » , souffle un in­time. « Pour­tant c’est un ser­vi­teur de l’Etat qu’il a ser­vi sous la gauche et la droite. » En privé, Squar­ci­ni as­sure qu’il au­rait « ai­mé pour­suivre l’aven­ture » , cer­tains lui prê­tant même des vues sur un poste de co­or­di­na­teur de la DCRI et de la DGSE.

Après près d’un an de ré­flexion, l’homme, qui fré­quente tou­jours les bras­se­ries proches de la Place Beau­vau en com­pa­gnie d’un cercle fer­mé, a op­té pour le privé et créé une so­cié­té de conseils bap­ti­sée Kyr­nos, le pre­mier nom don­né à la Corse par les Grecs an­ciens. Là en­core, le Squale ne re­nie rien de ses ori­gines.

A la DCRI, tout était opaque,

il y avait un cli­mat pe­sant”

Un po­li­cier du ren­sei­gne­ment

( AFP/ Bo­ris Horvat.)

Si Ber­nard Squar­ci­ni compte no­tam­ment par­mi ses réus­sites

l’ar­res­ta­tion d’Yvan Co­lon­na, d’autres lui re­prochent sur­tout la ges­tion de l’af­faire Me­rah ou celle

du dos­sier « Tar­nac » en 2008.

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