Les adieux amers de Pé­cha­lat- Bour­zat

Patinageartistique. Pour sa der­nière sor­tie, le couple fran­çais a échoué au pied du po­dium der­rière les Russes.

Le Parisien (Paris) - - Sports - SOT­CHI ( RUS­SIE) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux ÉRIC BRU­NA

Les yeux en­core rou­gis, Na­tha­lie Pé­cha­lat boit un verre de vin blanc avant de sa­tis­faire au contrôle an­ti­do­page. La Fran­çaise n’a pour­tant pas grand- chose à fê­ter… Hier soir, pour l’ul­time sor­tie de leur car­rière, le Pe­tit Prince Fa­bian Bour­zat et la Rose Pé­cha­lat ont échoué au pied du po­dium.

Der­rière les grands fa­vo­ris amé­ri­cains Da­vis- White et ca­na­diens Vir­tue- Moir. Sur­tout, der­rière la jeune paire russe Ili­nykh- Kat­sa­la­pov, qui a ga­gné sept points sur son libre en une se­maine de­puis l’épreuve par équipes ! Une ef­fa­rante pro­gres­sion « à do­mi­cile » qui in­ter­pelle for­cé­ment. « Pas­ser de 103,48 à 110,44 ( NDLR : soit six points d’avance sur les Fran­çais) comme ça, c’est phé­no­mé­nal, lâche Bour­zat, un brin amer. Fé­li­ci­ta­tions aux Russes. C’est im­pres­sion­nant. Nous, on a fait notre meilleur pro­gramme ( NDLR : mal­gré une pé­na­li­té pour un por­té trop long), on n’a rien à se re­pro­cher. On a don­né beau­coup plus à notre dis­ci­pline que tous les mé­daillés qu’on voit ce soir ( NDLR : hier). »

Pas ques­tion de crier au scan­dale ou au vol. Le pa­ti­nage est avant tout une af­faire de sub­ti­li­té. « Le meilleur d’eux- mêmes ne les si­tue pas à une telle dif­fé­rence de points avec les Russes, ob­serve Di­dier Gail­ha­guet, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion fran­çaise et rom­pu aux ar­canes du mi­lieu ( il a été im­pli­qué dans le scan­dale de Salt Lake Ci­ty en 2002, voir ci- des­sous). Cer­tains points, no­va­teurs, n’ont pas été ré­com­pen­sés. Alors, pos­si­ble­ment 4e, pos­si­ble­ment 3e, c’est dif­fi­cile… »

Il fau­drait que les juges sortent un peu du mi­lieu

du pa­ti­nage”

Fa­bian Bour­zat

Les doubles cham­pions d’Eu­rope avaient dé­jà per­du quelques illu­sions en voyant le pa­nel des neuf juges ti­rés au sort. « On n’avait pas de gros es­poirs » , concède Bour­zat. « La com­po­si­tion était plus fa­vo­rable aux Russes, ex­plique Gail­ha­guet. Il y a des gens qui apprécient plus cer­tains styles de pa­ti­nage. Le nôtre est créa­tif mais il manque un peu de fougue, d’am­pli­tude et des juges y sont plus at­ten­tifs. Le clas­se­ment est res­pec­table. »

Voi­là pour le po­li­ti­que­ment cor­rect. « On ne se pré­pare pas à chaque fois à se faire man­ger la gueule ( sic) par des Russes un peu trop gour­mands, san­glote Pé­cha­lat. Si­non, on n’irait pas. Soit on ac­cepte d’être sou­mis à un ju­ge­ment hu­main, soit on n’ac­cepte pas et on fait de la vi­tesse ou du short­track. » Au- de­là des bi­zar­re­ries arith­mé­tiques se joue aus­si une ques­tion de phi­lo­so­phie. « Tech­ni­que­ment, on a pro­gres­sé, ar­tis­ti­que­ment, il y a de la re­cherche, lâche Bour­zat. Il fau­drait que les juges sortent un peu du mi­lieu du pa­ti­nage, un sport très pous­sié­reux et re­gardent Danse avec les stars pour voir ce qu’on peut faire en danse. On a choi­si d’al­ler à contre­cou­rant. Au­jourd’hui, c’est valse ou ballet clas­sique. On ne s’at­tend plus à grand- chose. C’est ce qui me déses­père dans cette dis­ci­pline. »

Les mé­daillés de bronze aux Mon­diaux 2012 rangent donc leurs pa­tins entre frus­tra­tion et in­com­pré­hen­sion. « Le mot de la fin, glisse Pé­cha­lat, en pleurs, c’est que tous ceux qui ont des mé­dailles sont moins riches que nous à l’in­té­rieur… »

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