Ané­mo­neMar­mot­tan, la­pe­ti­teHei­di­des­pistes

Sla­lom­géant­dames

Le Parisien (Paris) - - Sports - LA SA­VINE ( SA­VOIE) De notre en­voyée spé­ciale SAN­DRINE LE­FÈVRE

La Sa­vine, pe­tit vil­lage de 80 âmes, à une poi­gnée de ki­lo­mètres de Tignes. C’est là qu’Ané­mone Mar­mot­tan, qui s’at­taque ce ma­tin au géant, aime se res­sour­cer. Au mi­lieu des 80 chèvres, des di­zaines de vaches et des veaux qui viennent juste de naître, le dé­cor est fée­rique. Les jam­bons secs, au sé­choir, font sa­li­ver. « C’est mon père qui s’en oc­cupe, ra­conte- t- elle. On n’achète ni viande ni lé­gumes. Tout vient d’ici. »

Le sous- sol du cha­let, où brûle un cha­leu­reux feu de che­mi­née, est dé­dié à la fro­ma­ge­rie. « Mes grands- pa­rents avaient une ferme. Ma­man s’est spé­cia­li­sée dans la fa­bri­ca­tion du per­sillé de Tignes. Au­jourd’hui, elle en est l’unique pro­duc­trice. » De la ré­cu­pé­ra­tion du lait à l’af­fi­nage, en passant par les temps de pause et le mou­lage, Ané­mone n’ignore rien de la re­cette de cette mer­veille, à base de lait de chèvre et de vache, que les fro­ma­gers s’ar­rachent. « Dès que je peux, j’aide à la traite des ani­maux, ra­conte- telle. L’été, avec mon frère, nous rem­pla­çons mes pa­rents a f i n qu’ils puissent par­tir en va­cances. Quand j’étais pe­tite, nous ne par­tions ja­mais car la vie à la ferme était trop pre­nante. Du coup, je suis moi aus­si ca­pable de fa­bri­quer toute seule le per­sillé de Tignes ! »

Ané­mone se sou­vient aus­si des mo­que­ries au col­lège à cause de cette « vie pas for­cé­ment or­di­naire » . « Avec mon frère et ma soeur, on se fai­sait ra­bais­ser mais j’ai tou­jours ai­mé mon exis­tence. En ren­trant de l’école, je cou­rais après les chèvres, j’ai­dais aux tra­vaux de la ferme. Et j’avais la chance de dor­mir dans un cha­let ! »

En équipe de France, alors que la plu­part des pa­rents de skieurs sont mo­ni­teurs, loueurs de ma­té­riel ou hô­te­liers, Ané­mone dé­tonne. « Pa­pa a fait un peu de ski de fond. Ma­man n’était pas du tout dans le sport. Elle me de­mande comment ce­la se passe

En ren­trant de l’école, je cou­rais

après les chèvres, j’ai­dais aux tra­vaux

de la ferme”

en com­pé­ti­tion mais suit ça d’as­sez loin. » Ce sont pour­tant ses pa­rents qui, à 2 ans, l’ont mise sur des skis. « Comme les autres en­fants du vil­lage, je pre­nais la na­vette pour al­ler aux cours » , se sou­vient- elle. Les mer­cre­dis étaient ré­ser­vés au ski mais aus­si à la mu­sique. « Ma­man mul­ti­pliait les al­lers- re­tours à BourgSaint- Mau­rice, elle vou­lait qu’on voie autre chose que le vil­lage. » Très vite pour­tant, le ski de haut ni­veau s’est im­po­sé à elle. « J’ai deux vies bien sé­pa­rées et j’en suis heu­reuse. » La géan­tiste rêve de po­diums et de mé­dailles. Un jour, peut- être, elle sui­vra les traces de ses pa­rents à la Sa­vine. « Re­prendre la fro­ma­ge­rie ? Pour­quoi pas, même si j’ai en­core du temps de­vant moi. »

( LP/ Jean- Pierre Cla­tot.)

La Sa­vine ( Sa­voie). Ané­mone Mar­mot­tan, au mi­lieu des 80 chèvres que compte la ferme fa­mi­liale.

La Sa­vine ( Sa­voie). Le sous- sol du cha­let familial est dé­dié à la fro­ma­ge­rie. La mère d’Ané­mone Mar­mot­tan est l’unique pro­duc­trice du per­sillé de Tignes.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.