Les­sor­ties­de­film­sen10­ques­tions

Le Parisien (Paris) - - Loisirsetspectacles - RE­NAUD BARONIAN

Les films sont- ils tous lo­gés à la 1

même en­seigne ? Non, ils sortent sur un nombre d’écrans très va­riable, qui va de un seul pour des films à tout pe­tit po­ten­tiel, j us­qu’à 1 000 pour des poids lourds tel qu’ « As­té­rix et Obé­lix : Au ser­vice de Sa Ma­jes­té » .

Qui choi­sit le nombre de salles 2

dans les­quelles sort un film ? Ce­la dé­pend d’une né­go­cia­tion entre le dis­tri­bu­teur et les ex­ploi­tants de salles. Plus le dis­tri­bu­teur ob­tient de salles à grande ca­pa­ci­té, pré­cise Em­mé­lie Grée, pro­gram­ma­trice chez Ad Vi­tam Dis­tri­bu­tion, meilleure se­ra l’ex­po­si­tion de son film. Plus le film est at­ten­du, bé­né­fi­cie d’une bonne presse, d’un cas­ting de pres­tige et d’avant- pre­mières à suc­cès, plus le dis­tri­bu­teur est en po­si­tion de force face aux ex­ploi­tants. En règle gé­né­rale, les dis­tri­bu­teurs ont conscience du po­ten­tiel de leurs films : il se­rait sui­ci­daire de sor­tir « les Trois Frères » sur 20 co­pies, tout comme un pre­mier film d’au­teur sur 700…

Les films amé­ri­cains sortent- ils 3

dans un plus grand nombre de salles ? En 2012, 150 films amé­ri­cains sont sor­tis sur nos écrans, contre 292 films fran­çais. Mais les pre­miers, avec 86,8 mil­lions d’en­trées, ont cu­mu­lé 42, 7 % de part de mar­ché ( PDM), contre 82 mil­lions d’en­trées ( 40,3 %) pour les se­conds. Explication : les block­bus­ters amé­ri­cains sortent ré­gu­liè­re­ment sur 500 à 700 écrans, alors que les films fran­çais sont moins nom­breux à bé­né­fi­cier d’un tel dis­po­si­tif.

Qui choi­sit le jour de la sor­tie des 4

films ? Pour les films fran­çais, c’est le dis­tri­bu­teur du film, en ac­cord avec le pro­duc­teur. Pour les films amé­ri­cains, Hol­ly­wood, par crainte du pi­ra­tage, im­pose dé­sor­mais des dates de sor­tie mon­diales. Les ca­len­driers sont par­fois mo­di­fiés à cause des fes­ti­vals. Ain­si, si un film pro­gram­mé pour fé­vrier at­tire le Fes­ti­val de Cannes, il ne pour­ra pas sor­tir avant mai, voire au- de­là.

La date de sor­tie peut- elle mo­di5

fier la car­rière d’un film ? Le jour de sor­tie a une im­por­tance ca­pi­tale : elle peut boos­ter un film… ou lui nuire. Le pro­duc­teur de « Mi­nus­cule » comp­tait ain­si sor­tir son film au dé­but des va­cances de fé­vrier. Mais son dis­tri­bu­teur, le Pacte, l’a convain­cu de le pro­gram­mer dès le 29 jan­vier. « Du coup nous avons été le seul film d’ani­ma­tion à sor­tir ce jour- là, se ré­jouit Phi­lippe De­la­rue. Ce qui nous a per­mis d’en­gran­ger beau­coup d’en­trées avant même les va­cances… » A l’in­verse, les pro­duc­teurs et dis­tri­bu­teurs de films fran­co­phones comme « Mea Culpa » , « les Rayures du zèbre » ou « Un beau di­manche » doivent en­core se mordre les doigts d’être tous sor­tis le 5 fé­vrier : une concur­rence fron­tale ra­va­geuse.

Qui choi­sit de main­te­nir un film 6

en salles d’une se­maine sur l’autre ? Les ex­ploi­tants de ci­né­ma. Mais, là aus­si, ce­la peut faire l’ob­jet d’âpres né­go­cia­tions avec les dis­tri­bu­teurs. Chaque lun­di ma­tin, ces der­niers ap­pellent, un par un, les grands ré­seaux ( UGC, Pa­thé- Gaumont…) ou les cinémas in­dé­pen­dants. « Les dis­cus­sions portent à la fois sur le main­tien du film et sur la taille de la salle » , pré­cise Ré­mi Du­pé­roux, char­gé de la pro­gram­ma­tion chez le dis­tri­bu­teur Me­men­to Films. Souvent, des « deals » sont conclus au­tour du pour­cen­tage des re­cettes, qui nor­ma­le­ment est par­ta­gé à 50- 50 entre dis­tri­bu­teur et ex­ploi­tant : le dis­tri­bu­teur de­mande par exemple à l’ex­ploi­tant de « gar­der » son film deux ou trois se­maines de plus en échange de quoi il lui ré­tro­cède 5 à 15 % de re­cettes sup­plé­men­taires.

Un ex­ploi­tant peut- il dé­pro­gram7

mer un film en mi­lieu de se­maine, ou le chan­ger de salle ? Le dé­pro- gram­mer avant le mer­cre­di sui­vant non : les contrats portent sur une se­maine. En re­vanche, si un film fait trop peu d’en­trées dans une grande salle, il peut être trans­fé­ré dans une plus pe­tite, et in­ver­se­ment.

Un film peut- il voir son nombre de 8

salles aug­men­ter d’une se­maine sur l’autre ? Ça n’est pas fré­quent mais ce­la arrive, lorsque le film connaît un tel suc­cès que le nombre de salles pré­vues au dé­part s’avère in­suf­fi­sant. « 12 Years a Slave » , le film de Steve McQueen, est ain­si sor­ti le 22 jan­vier sur 206 co­pies. Plé­bis­ci­té par le pu­blic, il a été dif­fu­sé sur 398 écrans dès le 29 jan­vier.

Un film qui ne sort que dans une 9

poi­gnée de s a l l e s e s t - i l « condam­né » ? Un film qui ne sort que sur 10 écrans ne fe­ra, ma­thé­ma­ti­que­ment, pas beau­coup d’en­trées. Mais ce­la ne veut pas dire qu’il ne va pas ga­gner d’ar­gent : le film peut être ven­du à l’étran­ger, et son pro­duc­teur ren­trer dans ses frais. Il arrive éga­le­ment — très ra­re­ment — qu’un ex­cellent bouche- à- oreille lui offre un nou­veau dé­part la se­maine sui­vante dans de nou­velles salles, comme ce fut le cas avec « Su­gar Man » , l’ex­cellent documentaire sur le blues­man amé­ri­cain, pro­gram­mé au dé­part sur quatre écrans.

Quand un dis­tri­bu­teur dé­cide 10

d’une date de sor­tie, sait- il quels films sont pro­gram­més le même jour ? Il existe un ca­len­drier, en­voyé chaque se­maine à toute la pro­fes­sion, où fi­gurent les sor­ties de film par­fois jus­qu’à deux ans à l’avance ( pour les sor­ties mon­diales amé­ri­caines). Mais « de se­maine en se­maine, le ca­len­drier évo­lue sans cesse » , sou­rit Em­mé­lie Grée. Du coup, les dis­tri­bu­teurs se livrent à un com­plexe jeu d’échecs, tout au long de l’an­née, pour dé­pla­cer leurs films en fonc­tion des concur­rents, qui font de même !

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