LeQa­tar­pas­séau­crible

France5,20 h 50. Les jour­na­listes Va­nes­saRa­ti­gnier et Pierre Péan­li­vren­tun documentaire re­mar­quable sur le Qa­tar, de­ve­nu une puis­sance in­con­tour­nable.

Le Parisien (Paris) - - Télévision Et médias - CAR­LOT­TA HA­KI­KI

Comment le Qa­tar est- il pas­sé de l’ano­ny­mat à la puis­sance ? C’est ce qu’ex­pliquent les jour­na­listes Va­nes­sa Ra­ti­gnier et Pierre Péan dans un documentaire re­mar­quable dif­fu­sé à 20 h 50 sur France 5. Pen­dant des siècles, les Arabes ont sur­nom­mé cet îlot désertique la terre ou­bliée de Dieu. Un confet­ti à l’échelle de la Pé­nin­sule ara­bique, avec ses dunes de sable fin et ses 11 000 km2 et des pous­sières. En­core in­con­nue dans les an­nées 1980, l’an­cienne co­lo­nie bri­tan­nique est par­ve­nue en à peine vingt ans à s’éri­ger au rang de puis­sance mon­diale.

L’en­quête fouillée de ce soir, ré­sul­tat d’un an de travail, re­trace l’ex­cep­tion­nelle ascension de cette an­cienne na­tion de ma­rins, de­ve­nue un in­ter­lo­cu­teur in­con­tour­nable sur l’échi­quier di­plo­ma­tique et fi­nan­cier, grâce no­tam­ment à l’ami­tié que l’an­cien émir Ha­mad al- Tha­ni a en­tre­te­nu avec Ni­co­las Sar­ko­zy, du­rant sa pré­si­dence. Des liens qui ont ac­com­pa­gné le ra­chat du PSG, la créa­tion de la chaîne spor­tive BeIN Sport et l’en­trée du Qa­tar dans le ca­pi­tal des so­cié­tés du CAC 40, se­lon les deux jour­na­listes.

Mais fouiller dans les cou­lisses de la pé­tro­mo­nar­chie, pre­mier ex­por­ta­teur mon­dial de gaz li­qué­fié, si- gni­fie se heur­ter à l’omer­ta. « En France, ça ne se bous­cu­lait pas pour té­moi­gner, ex­plique Va­nes­sa Ra­ti­gnier, qui a pas­sé un mois à Do­ha pour me­ner son en­quête. Et les Qa­ta­riens re­fu­saient de s’ex­pri­mer au­tre­ment qu’en off de peur qu’il ne leur arrive quelque chose. »

Car si dans les sa­lons des pa­lais pré­si­den­tiels oc­ci­den­taux le Qa­tar prône l’ou­ver­ture et en­cou­rage la dé­mo­cra­tie à l’is­sue des ré­vo­lu­tions arabes, le film montre qu’à l’in­té­rieur de ses fron­tières le vent de la li­ber­té n’est pas prêt de souf­fler.

Pour construire les in­fra­struc­tures qui ac­cueille­ront la Coupe du monde de foot en 2022, le pays, qui ne compte que 200 000 res­sor­tis­sants na­tio­naux, a im­por­té 90 % de sa main- d’oeuvre. Des ou­vriers dont les condi­tions de travail s’ap­pa­rentent à de l’es­cla­vage ( plus de 450 im­mi­grés in­diens tra­vaillant sur place sont morts de­puis deux ans, se­lon des chiffres of­fi­ciels ré­vé­lés hier par l’am­bas­sade d’Inde au Qa­tar).

nRe­flet

dé­for­mant de notre so­cié­té

Le documentaire montre la face obs­cure de l’émi­rat, qua­li­fié de dic­ta­ture par ses dé­trac­teurs. Un pays de­ve­nu une terre d’asile pour les ex­tré­mistes, un spon­sor pour les Frères mu­sul­mans et un fi­nan­ceur des is­la­mistes en Egypte, en Li­bye et en Sy­rie tout en res­tant un allié des Oc­ci­den­taux. « Il a tou­jours plu­sieurs fers au feu […], ré­sume Alain Chouet, an­cien chef de la DGSE. Que ce soit un pré­sident fran­çais ou un ji­ha­diste pa­kis­ta­nais… du mo­ment qu’on a les moyens de se les payer. » Un double jeu dont chaque par­tie s’ac­com­mode. « Le Qa­tar est le re­flet dé­for­mant de notre so­cié­té do­mi­née par l’ar­gent roi, sou­ligne Ch­ris­tophe Bou­quet, co­réa­li­sa­teur. L’his­toire du Qa­tar en dit long sur le monde où nous vi­vons. »

( Ya­mi 2.)

Les jour­na­listes ont tra­vaillé méticuleusement du­rant un an pour re­tra­cer l’ex­cep­tion­nelle ascension du Qa­tar, cette an­cienne na­tion de ma­rins.

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