Le SOS des pê­cheurs bre­tons

Après plus d’un mois de tem­pêtes, leur ac­ti­vi­té a beau­coup souf­fert. Et les prix du pois­son s’en­volent.

Le Parisien (Paris) - - La Une - LO­RIENT ( MOR­BI­HAN) De notre en­voyée spé­ciale BÉ­RAN­GÈRE LEPE­TIT

« La lan­gous­tine, elle est à com­bien ? » Il est 5 heures hier ma­tin à la criée de Lo­rient, l’ex­ci­ta­tion est à son comble dans la salle des ventes et la ques­tion est sur toutes les lèvres. « 10 € ! » lance triom­pha­le­ment Er­wan Mar­te­lot, l’un des res­pon­sables ad­mi­nis­tra­tifs du Ke­ro­man, le port de Lo­rient. Lé­ger sou­la­ge­ment chez les pois­son­niers in­dé­pen­dants et les ache­teurs ve­nus de toute la ré­gion. « Bon, tant mieux, ça re­de­vient un prix nor­mal » , concède en vieux loup de mer, Bru­no, ache­teur à la Pêche guil­vi­niste de Con­car­neau. Car à la criée de Lo­rient, pre­mier port lan­gous­ti­nier de France, le prix du crus­ta­cé fait of­fice de ba­ro­mètre.

Pen­dant les tem­pêtes qui se sont dé­chaî­nées sur l’ouest de la France de­puis mi- dé­cembre, la lan­gous­tine a ca­ra­co­lé ici à 13 € le ki­lo. A ce prix de base, il faut en­suite ajou­ter la taxe por­tuaire, la TVA, les frais des tran­sports… et la marge du dis­tri­bu­teur pour at­teindre le prix au consom­ma­teur fi­nal. Dou­lou­reux exemple par­mi tant d’autres de la crise vé­cue de­puis deux mois par les pê­cheurs dans ce port, pe­tite ville dans la ville avec ses codes et ses 55 ha de cou­loirs hu­mides et gla­cés qui ne dorment presque ja­mais. De­puis di­manche, la tem­pête est re­tom­bée, mais il est en­core trop tôt pour se ré­jouir. « Lorsque les fi­leyeurs ( NDLR : les na­vires pra­ti- quant la pêche avec des fi­lets dor­mant sur le fond) ren­tre­ront, dans quelques jours, les cours de­vraient re­trou­ver leur ni­veau ha­bi­tuel. Mais on an­nonce un nou­veau coup de vent pour jeu­di ( de­main)… » s’in­quiète un pa­tron de pe­tit cha­lu­tier, res­té à quai de­puis dé­cembre.

Ces der­niers jours, deux réunions de crise ont ras­sem­blé pê­cheurs et res­pon­sables de la fi­lière pêche à Lo­rient ( Mor­bi­han) et Ca­rhaix ( Fi­nis­tère) pour es­sayer de chif­frer les dé­gâts et de­man­der de l’aide au gou­ver­ne­ment. Ayant par­tiel­le­ment en­ten­du cet « SOS » , le mi­nistre dé­lé­gué aux Tran­sports, à la Mer et à la Pêche, Fré­dé­ric Cu­villier, envisage un re­port des charges so­ciales pour les plus tou­chés et une dé­lé­ga­tion se­ra bien­tôt re­çue à Pa­ris. « On fait les comptes pour don­ner un pre­mier jet au mi­nis­tère, mais l’im­pact éco­no­mique pré­cis n’est pas simple à me­su­rer » , dé­crypte Oli­vier Le Né­zet, pré­sident du co­mi­té ré­gio­nal des pêches. En Bre­tagne, la pêche re­pré­sente 1 700 na­vires pour 4 dé­par­te­ments, sans comp­ter les 450 pe­tites en­tre­prises de pêche à pied et aux co­quillages. Au­jourd’hui, les gars re­prennent leur ac­ti­vi­té, mais les mé­tiers de la pe­tite pêche vont souf­frir toute l’an­née » , pour­suit- il.

Ici, tout le monde en convient : la si­tua­tion est ex­cep­tion­nelle. D’abord par sa du­rée — deux mois — et par la ré­pé­ti­tion des tem­pêtes. « Les fa­meux BMS, les bulle-

Les gens sont à poil et à cran” Gaë­tan, un pois­son­nier

tins mé­téo­ro­lo­giques spé­ciaux, n’ont fait que se ré­pé­ter de­puis fin 2013. Du ja­mais- vu » , glisse Oli­vier Le Né­zet.

Ré­sul­tat, hier, il était dif­fi­cile de se ga­rer en pleine nuit sur le port de Lo­rient. « Il y a ra­re­ment au­tant de monde, ex­plique Gaë­tan, un pois­son­nier qui fait les mar­chés entre le Fi­nis­tère et le Mor­bi­han. Les gens sont à poil et à cran. Ils veulent du pois­son, à n’im­porte quel prix. » En ef­fet, de­puis huit se­maines, le pois­son est rare et cher. « Il y a en­core 40 à 50 % de pro­duits en moins, les prix sont ex­tra­va­gants, donc ce sont les hommes de Je­go Frères qui raflent tout. Tout ce pois­son part à Pa­ris dans les bons res­tau­rants et chez les pois­son­niers des quar­tiers chics. Eux re­cherchent la qua­li­té, ils sont prêts à y mettre le prix. A Lo­rient, au­cun res­tau­rant ne met du pois­son frais à la carte en ce mo­ment » , peste un autre pois­son­nier du cru, amer et ré­si­gné. L’heure avance. A 9 heures, un franc so­leil inonde les dé­dales du port, la vie re­tombe à la Criée. Jus­qu’au jour sui­vant, en­core plein d’in­cer­ti­tudes.

Lo­rient ( Mor­bi­han). De­puis la mi- dé­cembre, les cha­lu­tiers du deuxième port de pêche fran­çais, le pre­mier en termes de va­leur, étaient res­tés à quai. Au­jourd’hui en­core, seuls les plus gros osent sor­tir en mer,

( PhotoPQR/ « le Té­lé­gramme » / Fran­çois Destoc.)

( Sté­phane Cuis­set.)

Lo­rient, hier. Les ma­reyeurs de la criée, qui trans­forment les pois­sons en fi­lets, re­prennent peu à peu leur rythme de croi­sière.

Lo­rient, hier. Eric Guy­gniec, ar­ma­teur, a per­du deux tiers de son chiffre d’af­faires de­puis dé­cembre.

Lo­rient, hier. Gaë­tan, pois­son­nier sur les mar­chés de Bre­tagne, a souf­fert de la flam­bée des prix.

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