« Une arme de ter­roir et de ti­roir »

Un ar­mu­rier spé­cia­liste du pis­to­let au­to­ma­tique Lu­ger

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - J.- M. D.

Si au­jourd’hui la piste lo­cale semble re­prendre le pas, c’est en rai­son de la na­ture mê­mede l’arme uti­li­sée par le tueur — ou les tueurs, rien n’est en­core ex­clu. Une arme qui sert de­puis le dé­but de fil conduc­teur à l’en­quête car elle reste le seul élé­ment concret de ces in­ves­ti­ga­tions. C’est grâce à la mi­nu­tieuse ex­ploi­ta­tion de la scène de crime, où plu­sieurs douilles ont été re­le­vées, que les gen­darmes sont par­ve­nus à iden­ti­fier l’arme avec cer­ti­tude. Des éclats des pla­quettes de la crosse ont par ailleurs été pré­le­vés sur le crâne de Zai­nab, 7 ans. Ce pis­to­let au­to­ma­tique Lu­ger P06, une arme de poing, est une ver­sion hel­vé- tique ca­li­brée en 7,65 mm­du cé­lèbre pis­to­let al­le­mand, che­mi­sé, lui, en 9 mm. Le Lu­ger, fa­bri­qué sous li­cence à l’ar­mu­re­rie de la Waf­fen­fa­brik à Berne ( Suisse) entre 1924 et 1949 à en­vi­ron 300 000 exem­plaires, toutes ver­sions confon­dues, a équi­pé les of­fi­ciers de l’in­fan­te­rie hel­vé­tique. Ana­chro­nique et ob­so­lète Il a vite cir­cu­lé sous le man­teau lors de la Se­conde Guerre mon­diale pour se re­trou­ver chez les ré­sis­tants sa­voyards. « Elle est res­tée une arme de ter­roir et de ti­roir. On la garde et on se la trans­met de main en main comme un hé­ri­tage dans la ré­gion » , dé­taille un ar­mu­rier, his­to­rien à ses heures per­dues de ce pis­to­let my­thi- que. Mais cette arme de col­lec­tion, re­la­ti­ve­ment rare et très pri­sée des ama­teurs, est au­jourd’hui ana­chro­nique et ob­so­lète. Bien loin des cri­tères d’un tueur pro­fes­sion­nel. Ce qui ac­cré­dite en­core la thèse d’un tueur lo­cal. « C’est une arme souple, avec peu de re­cul et pré­cise, mais son char­ge­ment en rai­son de l’in­cli­nai­son de la crosse est mal­ai­sé. Et il a fal­lu re­char­ger à trois re­prises » , note le co­lo­nel Be­noît Vin­ne­mann, le pa­tron de l’en­quête. Le pro­cu­reur d’An­ne­cy, Eric Maillaud, avait ré­su­mé le pro­fil du tueur, qui a ti­ré à 25 re­prises, comme « un homme aguer­ri » et « ex­pé­ri­men­té » , ca­pable d’ache­ver ses vic­times en les ap­pro­chant au plus près.

( DR.)

Le Lu­ger P06 a été fa­bri­qué entre 1924 et 1949 à 300 000 exem­plaires. Il équi­pait les of­fi­ciers de l’in­fan­te­rie hel­vé­tique.

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