L’in­tri­gant ex- po­li­cier mu­ni­ci­pal

Le Parisien (Paris) - - Lefaitdujour - ADRIEN CADOREL ET JEAN- MARC DUCOS

Ar­rê­té hier ma­tin peu après dix heures alors qu’il quit­tait son do­mi­cile de Tal­loires, un vil­lage tou­ris­tique cos­su sur les bords du lac d’An­ne­cy, Eric D. était dans le col­li­ma­teur des en­quê­teurs. Il était pla­cé sous sur­veillance de­puis plu­sieurs se­maines, à tel point que des voi­sins avaient re­mar­qué l’étrange ballet de four­gons ba­na­li­sés qui se re­layaient dans le lo­tis­se­ment. Si les gen­darmes avouaient of­fi­ciel­le­ment hier soir ne pas dis­po­ser « d’élé­ments pro­bants » per­met­tant d’in­cri­mi­ner ce « té­moin es­sen­tiel » tel qu’il est dé­crit par le par­quet d’An­ne­cy, plu­sieurs charges pèsent sur cet an­cien po­li­cier mu­ni­ci­pal ma­rié et père de trois en­fants, qui était tou­jours in­ter­ro­gé hier soir à la gen­dar­me­rie de Cham­bé­ry. Sa garde à vue pour­rait du­rer jus­qu’à quatre- vingt- seize heures. « Il a un pro­fil très in­té­res­sant qu’on ne peut né­gli­ger » , no­tait hier soir avec pru­dence une source ju­di­ciaire. Tan­dis que le pro­cu­reur d’An­ne­cy n’ex­cluait pas d’autres in­ter­pel­la­tions. nUne trou­blante res­sem­blance avec le portrait- ro­bot. Dif­fu­sé par la jus­tice le 4 no­vembre der­nier, le por­trai­tro­bot d’un mo­tard aper­çu à proxi­mi­té de la scène de crime de Che­va­line a ac­cé­lé­ré les in­ves­ti­ga­tions. De l’aveu même du pro­cu­reur d’An­ne­cy, Eric Maillaud, l’homme in­ter­pel­lé hier ma­tin pré­sente une « forte si­mi­li­tude » phy­sique avec le mo­tard coif­fé d’un casque de la marque GPA très ca­rac­té­ris­tique, aper­çu par des agents de l’Of­fice na­tio­nal des fo­rêts ( ONF) à proxi­mi­té des lieux de la scène de crime cet après- mi­di- là. « La cor­pu­lence, la forme ovale du visage et la taille de la barbe est trou­blante » , ad­met une source ju­di­ciaire, qui pré­cise tou­te­fois « qu’au­cun de ses voi­sins ne l’a dé­jà vu cir­cu­ler à mo­to » . Se­lon nos in­for­ma­tions, les gen­darmes ont sai­si hier soir un deux- roues à son do­mi­cile de Tal­loires, qui pour­rait ap­par­te­nir à l’un de ses proches. nSon por­table re­pé­ré dans les en­vi­rons de Che­va­line. L’exa­men du té­lé­phone por­table d’Eric D. at­teste que ce­lui- ci était bien pré­sent aux abords des lieux de la tue­rie le 5 sep­tembre 2012. Dif­fi­cile pour au­tant de dire avec pré­ci­sion à quelle dis­tance il se trou­vait de la scène de crime. Le nombre très res­treint d’antennes- re­lais dans le sec­teur et la proxi­mi­té de Men­thon- Saint- Ber­nard, son lieu d’ha­bi­ta­tion d’alors si­tué à en­vi­ron dix ki­lo­mètres, pourraient expliquer la pré­sence du sus­pect au mo­ment des faits, no­tam­ment sur des axes rou­tiers qu’il avait l’ha­bi­tude d’em­prun­ter. Par ailleurs, il n’a pu s’expliquer pré­ci­sé­ment sur son em­ploi du temps l’après- mi­di du drame. nUn Lu­ger sai­si. De­puis hier ma­tin, les en­quê­teurs ont pro­cé­dé à des per­qui­si­tions au do­mi­cile de ce col­lec­tion­neur d’armes à Tal­loires. D’autres ont son­dé son jar­din avec des dé­tec­teurs de mé­taux, et me­né d’autres fouilles dans des com­munes voi­sines où l’homme a ses ha­bi­tudes. Des re­cherches qui ont per­mis de ré­col­ter « plus d’une de­mi- dou­zaine d’armes de poings » et d’autres « armes longues de col­lec­tions » , se­lon un en­quê­teur qui pré­cise qu’elles étaient « en par­fait état » . Par­mi celles- ci, les en­quê­teurs ont mis la main sur un pis­to­let Lu­ger — si­mi­laire à ce­lui uti­li­sé pour tuer les trois membres de la fa­mille Al- Hilli et Syl­vain Mol­lier- mais d’un ca­libre su­pé­rieur ( 9 mm) à l’arme du crime ( 7,65 mm). Eric D. est abon­né comme bon nombre d’ama­teurs de tir à des re­vues spé­cia­li­sées sur les armes. nUne per­son­na­li­té qui in­trigue. Ré­vo­qué de son poste de po­li­cier mu­ni­ci­pal en juin der­nier, à la suite de mal­ver­sa­tions pré­su­mées, cet homme est dé­crit par les en­quê­teurs comme un « tai­seux » , qui n’a « pas lais­sé que des bons sou­ve­nirs » sur son an­cien lieu de travail. Cer­tains dé­noncent aus­si par­fois chez lui « un com­por­te­ment violent » , des pro­pos « ex­tré­mistes et xé­no­phobes » , fri­sant le dé­lit. Re­con­ver­ti dans la sé­cu­ri­té, il tra­vaille de­puis l’au­tomne en Suisse et a no­tam­ment par­ti­ci­pé au som­met de Da­vos. Mais sur­tout, il est un chas­seur aver­ti et fré­quente as­si­dû­ment le mas­sif des Bauges, le lieu de la tue­rie. Il n’en reste pas moins un homme culti­vé qui voue une grande pas­sion à l’his­toire de la Se­conde Guerre mon­diale. Reste cette ques­tion, pour l’heure sans ré­ponse : quel au­rait été le mo­bile de cet homme a prio­ri sans lien di­rect avec les vic­times ?

( AFP.)

L’homme in­ter­pel­lé hier pré­sen­te­rait une « forte si­mi­li­tude » phy­sique avec ce portrait- ro­bot d’un mo­tard dif­fu­sé le 4 no­vembre der­nier.

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