« Il faut du cou­rage pour faire les ré­formes »

Su­sanne Wa­sum- Rai­ner, am­bas­sa­drice d’Al­le­magne

Le Parisien (Paris) - - Politique - Pro­pos re­cueillis par AVA DJAMSHIDI ET HEN­RI VER­NET

Pre­mière femme à di­ri­ger une grande am­bas­sade d’Al­le­magne, Su­sanne Wa­sum- Rai­ner est en poste à Pa­ris de­puis juillet 2012. Bien que le Quai d’Or­say ait fé­mi­ni­sé le terme, elle- même pré­fère dire « Ma­dame l’am­bas­sa­deur » qu’am­bas­sa­drice… Entre Hollande et Mer­kel, les dé­buts ont été un peu ten­dus. Où en est la re­la­tion fran­co- al­le­mande ? SU­SANNE WA­SUM- RAI­NER. Elle est très in­tense. Les deux chefs d’Etat se ren­contrent et se parlent très ré­gu­liè­re­ment avec la conscience d’une res­pon­sa­bi­li­té com­mune. Nous sommes les deux plus grands pays de l’UE, le mo­teur éco­no­mique. Si nous ne tra­vaillons pas bien en­semble, on ne peut pas avan­cer. Mais la si­tua­tion de la France, avec ses pro­blèmes éco­no­miques, n’in­quiète pas l’Al­le­magne ? La France reste la 5e puis­sance mon­diale ! Votre pays a peut- être plus de dif­fi­cul­tés à s’adap­ter à ce monde en plein chan­ge­ment. Fran­çois Hollande l’a dit : il faut créer des condi­tions éco­no­miques qui donnent aux en­tre­prises la pos­si­bi­li­té de se dé­ve­lop­per. L’Etat pro­vi­dence fran­çais est par­mi les pre­miers au monde, mais il faut se de­man­der si nous sommes en me­sure de payer ce sys­tème. Le taux d’en­det­te­ment fran­çais est de plus de 90 % du PIB ! L’Etat pro­vi­dence vit donc avec les moyens des gé­né­ra­tions fu­tures. Ce­la ne cor­res­pond pas à l’idée que les Al­le­mands se font de la so­li­da­ri­té. Que pen­sez- vous du pacte de res­pon­sa­bi­li­té pro­po­sé par Hollande ? Est- il ins­pi­ré du mo­dèle al­le­mand ? Après la réuni­fi­ca­tion, la si­tua­tion éco­no­mique en Al­le­magne était dif­fi­cile. On a dé­ci­dé d’ap­pli­quer des me­sures pé­nibles, on a ré­duit l’am­pleur de la pro­tec­tion so­ciale. Ce­la n’a pas été fa­cile. Mais il n’y a pas de mo­dèle al­le­mand pour la France. Les deux sys­tèmes sont dif­fé­rents et les re­mèdes al­le­mands ne fonc­tion­ne­ront pas né­ces­sai­re­ment en France. Nous avons tous be­soin de cou­rage pour faire les ré­formes. No­tam­ment en fixant des ob­jec­tifs chif­frés au pa­tro­nat ? Ce qui im­porte avant tout, c’est de créer des condi­tions éco­no­miques fa­vo­rables à la crois­sance. Toute grande ac­tion com­mence avec un pre­mier pas : la France est sur la bonne voie. Outre- Rhin, le dé­bat est re­lan­cé sur le rôle de l’Al­le­magne sur la scène in­ter­na­tio­nale. L’Al­le­magne envisage- t- elle d’ac­com­pa­gner plus si­gni­fi­ca­ti­ve­ment la France sur les opé­ra­tions mi­li­taires ? Bien sûr, mais la mise en oeuvre des moyens mi­li­taires reste le der­nier res­sort. On pri­vi­lé­gie tou­jours les so­lu­tions po­li­tiques. En Cen­tra­frique et au Ma­li, l’Al­le­magne, qui par­ti­cipe avec un sou­tien lo­gis­tique, ne pour­ra donc pas en­ga­ger de troupes ? Pour nous ce­la reste une ques­tion dif­fi­cile. Mais le sou­tien lo­gis­tique est dé­jà es­sen­tiel. Les élec­tions eu­ro­péennes ont lieu dans deux mois. On voit mon­ter des mou­ve­ments po­pu­listes eu­ros­cep­tiques… Ce­la m’in­quiète. Je suis fer­me­ment convain­cue que la so­lu­tion de nos pro­blèmes est l’Eu­rope et que nous avons be­soin de l’eu­ro. Nous avons une res­pon­sa­bi­li­té com­mune de lut­ter contre ces mou­ve­ments. Il faut aus­si convaincre nos so­cié­tés que l’Union eu­ro­péenne est le plus grand suc­cès qu’a connu le monde de­puis l’après- guerre.

La France est sur la bonne voie ”

Su­sanne Wa­sum- Rai­ner.

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