« Sion­ne­pê­che­pas, onn’arien »

Flo­rentLeBo­lay, ca­pi­tai­ne­du « MenG­wen »

Le Parisien (Paris) - - Economie - LO­RIENT ( MOR­BI­HAN) De notre en­voyée spé­ciale B. L.

Dirk, Pe­tra, Qu­mai­ra, Ruth, Sté­pha­nie, Ul­la… « Je ne me rap­pelle plus les noms » , ba­laie d’un geste Florent Le Bo­lay, le jeune ca­pi­taine du « Men Gwen » . Des tem­pêtes qui se sont abat­tues sur la côte bre­tonne de­puis dé­cembre le ma­rin­pê­cheur pré­fère ne pas se rap­pe­ler. « La mé­téo, ça ne me fait pas peur » , lâche- t- il. En­fin si, un peu semble- til. Sa « grosse frayeur » , c’est quand « toutes les amarres du Men Gwen ont cas­sé d’un coup dans le port. Clac. Il y a deux se­maines » . « Là, j’ai eu la trouille » , mar­monne- t- il, l’oeil ri­vé sur sa montre.

Il est 7 h 30 hier ma­tin, par temps clair, le jour se lève ti­mi­de­ment sur le Ke­ro­man, le port de pêche de Lo­rient où les hommes du « Men Gwen » rentrent à peine après une nuit de pêche. Il faut al­ler vite, dé­bar­quer les do­rades et les chin­chards dans l’odeur de rouille et les cris des mouettes pour re­prendre le large au plus vite. Vers Belle- Ile, l’île de Groix, le « ter­rain de chasse » .

Voi­là plus de qua­rante- huit heures que l’équi­page est en mer, sans ré­pit. Le troi­sième al­ler- re­tour va dé­bu­ter. Il faut pro­fi­ter de cette « fe­nêtre » , ex­pliquent les ma­rins. « On a pris un pe­tit risque en par­tant dans la nuit de sa­me­di à di­manche, il ne fai­sait pas très beau. D’ha­bi­tude, je fais en sorte que les gars aient leur sa­me­di et leur di­manche, mais, là, on fait une ex­cep­tion pour re­prendre le travail » , confie Florent Le Bo­lay. Mais la mer reste « for­mée » et, avec le mau­vais temps et la houle, le pois­son est dis­per­sé. La pêche se com­plique. « Au­jourd’hui on mise sur le prix du pois­son, pas sur la qua­li­té » , lâche le ca­pi­taine du beau cha­lu­tier mauve. Men Gwen veut dire « pierre blanche » en bre­ton. « Comme un jour heu­reux à mar­quer d’une pierre blanche » , sou­rit- il sou­dain. Car c’est une li­bé­ra­tion de pou­voir en­fin re­prendre la mer. De­puis dé­cembre, ce bon­heur était de­ve­nu rare. « Tous ces jours où on est res­tés à quai ! » se la­mente- t- il en poin­tant du doigt le ca­len­drier de na­vi­ga­tion bar­ré de croix noires comme au­tant de jours sans pain.

« Nous, on est payés à ce qu’on pêche. Si on ne pêche pas, on n’a rien. Les pê­cheurs n’ont pas de mi­ni­mum­ga­ran­ti » , ex­plique le ca­pi­taine, qui, s’il a conti­nué à payer ses ma­rins en dé­cembre, ne s’est pas ver­sé de sa­laire. Alors, au­jourd’hui, Florent Le Bou­lay de­mande, comme tous les ma­rins- pê­cheurs de Lo­rient, « de l’aide » . « Il fau­drait l’équi­valent du smic pour tous les ma­te­lots. En­core, nous, on a de la chance avec nos

Il fau­drait l’équi­valent du smic

pour tous les ma­te­lots”

18 m, mais les pe­tits de 7 m, ils n’ont pas bou­gé » , ex­plique- t- il en mon­trant un pe­tit cha­lu­tier bleu à quai. Le port de Lo­rient a en­re­gis­tré un dé­fi­cit de 4 t de pois­son pour la pêche cô­tière ( sole, mer­lu, lotte, do­rade) par rap­port à la même pé­riode en 2013… et de 72 t pour la pêche hau­tu­rière ( vers l’Ecosse ou l’Ir­lande). « La pêche, on la perd, im­pos­sible de la ré­cu­pé­rer sur le reste de l’an­née. Mais, au prin­temps, ça ira mieux » , pré­dit, op­ti­miste, Eric Guy­gniec, ar­ma­teur à l’Apak ( l’Ar­me­ment de la pêche ar­ti­sa­nale du Ke­ro­man). Lui qui gère cinq ba­teaux à Lo­rient a per­du deux tiers de son chiffre d’af­faires de­puis les tem­pêtes. Sa po­si­tion est claire : « L’aide de l’Etat est la seule so­lu­tion pour sor­tir la tête de l’eau. »

( Sté­phane Cuis­set.)

Lo­rient ( Mor­bi­han), hier. Les hommes du « Men Gwen » , qui ont fait une croix sur leur week- end, dé­chargent la pêche du jour avant de re­par­tir vers Belle- Ile et l’île de Groix.

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