Tous­sez, vou­sê­tes­sur­veillés

Le Parisien (Paris) - - Société - SAINT- MAU­RICE ( VAL- DE- MARNE) CLÉ­MENT CHAILLOU

aché au bout d’une pe­tite al­lée de Saint- Mau­rice ( Val- de- Marne), l’Ins­ti­tut de veille sa­ni­taire ( InVS) se fait dis­cret. Pour­tant, il guette. Chaque jour, ses agents ré­coltent des mil­liers de don­nées sur l’état de san­té de leurs congé­nères. Grippe, gas­tro, si­da, mé­nin­gite, tous les si­gna­le­ments de pa­tho­lo­gies sont triés, com­pa­rés, ana­ly­sés. « En ce mo­ment, nous sommes at­ten­tifs à l’évo­lu­tion du chik’ » , sou­ligne Anne Bruant- Bisson, di­rec­trice gé­né­rale ad­jointe de l’éta­blis­se­ment. Le chik’, pour chi­kun­gu­nya, qui frappe les An­tilles de­puis plu­sieurs se­maines. « Mais il y a aus­si la SLA dans les Alpes ( NDLR : la ma­la­die de Char­cot, pro­vo­quant des pa­ra­ly­sies) et la grippe sai­son­nière » , qui doit at­teindre son pic épi­dé­mique.

CnCol­lecte

d’in­for­ma­tions sur les ma­la­dies

Les 400 agents de l’InVS, créé en 1998, ob­servent la san­té de la po­pu­la­tion fran­çaise. La plu­part sont mé­de­cins ou in­gé­nieurs, sta­tis­ti­ciens ou pharmaciens. Tous ont le goût de l’in­ves­ti­ga­tion. « J’étais gé­né­ra­liste, glisse Isa­belle Bon­ma­rin, mé­de­cin épi­dé­mio­lo­giste au dé­par­te­ment des ma­la­dies in­fec­tieuses. Quit­ter le ter­rain fut dif­fi­cile, mais je suis cu­rieuse, j’aime com­prendre le pour­quoi des choses. »

Grâce à des antennes dé­lo­ca­li­sées, les cel­lules in­ter­ré­gio­nales d’épi­dé­mio­lo­gie ( Cire), et un ré­seau de cor­res­pon­dants très dé­ve­lop­pé — les ur­gences, l’In­see ou SOS Mé­de­cins col- la­borent — l’Ins­ti­tut ef­fec­tue une col­lecte or­ga­ni­sée des in­for­ma­tions concer­nant les pa­tho­lo­gies connues, ob­serve leur évo­lu­tion et mène l’en­quête. « Nous sui­vons de près toutes les ma­la­dies, ex­plique Anne BruantBis­son. Il y a quelque temps, nous avons ob­ser­vé une ré­sur­gence de la rou­geole en Bre­tagne. Sur le ter­rain, nous avons cher­ché l’ori­gine du pro­blème et nous nous sommes ren­du compte que presque per­sonne n’était vac­ci­né. Tout par­tait de là. »

l’Ins­ti­tut doit dé­tec­ter tout risque émergent. « Les si­gna­le­ments peuvent pro­ve­nir de par­ti­cu­liers, et nous éplu­chons aus­si la presse, pré­cise le doc­teur Thier­ry Car­do­so, di­rec­teur de la co­or­di­na­tion des alertes et des ré­gions. Ça peut nous per­mettre de re­le­ver un élé­ment sus­pect. » Avec un oeil sur l’étran­ger. Dès qu’un voyant passe au rouge, l’Ins­ti­tut aver­tit le mi­nis­tère de la San­té, au­quel il est rat­ta­ché. « La grande dif­fi­cul­té est d’in­for­mer très vite les pou­voirs pu­blics à bon es­cient » , lance la di­rec­trice ad­jointe.

Tra­vailleur de l’ombre, l’InVS se fait connaître de temps en temps par ses rap­ports. Cer­tains ont été mé­dia­ti­sés, comme ce­lui sur le sui­cide des agri­cul­teurs, preuve de la di­ver­si­té du champ de sur­veillance de l’éta­blis­se­ment. Ce­lui sur la baisse de la qua­li­té du sperme des Fran­çais a aus­si fait par­ler. « Des té­lé­vi­sions sont ve­nues dans l’es­poir d’images crous­tillantes. Mais on n’a ni fla­cons, ni la­bo… » Seule­ment des bu­reaux, des or­di­na­teurs, et des têtes bien rem­plies.

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