Squar­ci­ni droit dans ses bottes

Une peine d’amen­dede 5000€ a été re­quise hier àPa­ris contre l’ex- pa­tron du Ren­sei­gne­ment in­té­rieur, pour­sui­vi pour avoir es­pion­né un jour­na­liste du « Monde » .

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - ELI­SA­BETH FLEU­RY

Ils uti­lisent des « sources » , sont en quête de « ren­sei­gne­ments » , ne peuvent tra­vailler que dans la dis­cré­tion. Visage blême en lame de cou­teau, Gé­rard Da­vet est jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion au « Monde » . Ber­nard Squar­ci­ni, tout en ron­deurs, fut le pa­tron de la Di­rec­tion cen­trale du ren­sei­gne­ment in­té­rieur ( DCRI) avant d’être re­mer­cié par la nou­velle équipe gou­ver­ne­men­tale.

De­vant la 17e chambre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris, où ils se sont re­trou­vés hier, le jour­na­liste est sur le banc des parties ci­viles, l’an­cien po­li­cier sur ce­lui des pré­ve­nus. Les deux hommes se connaissent bien et se sont fré­quen­tés ja­dis. Ils se sont ser­ré la main en dé­but d’au­dience. Les dé­bats viennent de dé­mar­rer avec, en ligne de mire, la ques­tion es­sen­tielle du se­cret des sources. Ils n’échan­ge­ront plus un re­gard. Gé­rard Da­vet se dit vic­time de « mé­thodes bar­bou­zardes » . « J’ai ser­vi l’Etat » , es­time pour sa part Ber­nard Squar­ci­ni.

C’était une af­faire ex­trê­me­ment sen­sible de fuites au plus haut som­met de l’Etat”

Ber­nard Squar­ci­ni

Le 17 juillet 2009, dans un pe­tit vil­lage corse où il as­siste à un ma­riage, l’an­cien pa­tron du ren­sei­gne­ment re­çoit un coup de té­lé­phone de son su­pé­rieur hié­rar­chique Fré­dé­ric Pé­che­nard, alors di­rec­teur de gé­né­ral de la po­lice na­tio­nale. Alors que l’en­quête pré­li­mi­naire sur l’af­faire Bet­ten­court bat son plein, le jour­nal « le Monde » vient de rendre compte de pro­cès- ver­baux d’au­di­tion sen­sibles qui, se­lon Gé­rard Da­vet, ont dé­clen­ché « le cour­roux ély­séen » . Du par­quet de Nan­terre à la Chan­cel­le­rie, le « cir­cuit hié­rar­chique est très court » , rap­pelle Ber­nard Squar­ci­ni. Fré­dé­ric Pé­che­nard veut « dé­bus­quer le traître » . Squar­ci­ni, qui se pré­sente comme un exé­cu­tant, soup­çonne im­mé­dia­te­ment Da­vid Sé­nat, un des conseillers de Mi­chèle Al­liot- Ma­rie. « Il y avait ex­trême ur­gence, dra­ma­tise- t- il. C’était une af­faire ex­trê­me­ment sen­sible de fuites au plus haut som­met de l’Etat. »

« Par fa­ci­li­té, parce que c’était lui qui si­gnait l’ar­ticle » , il dé­cide de se pro­cu­rer les fac­tures té­lé­pho­niques dé­taillées ( « fa­dettes » ) de Gé­rard Da­vet sur une pé­riode de quatre jours. Il réclamera plus tard celles de Da­vid Sé­nat. Sa de­mande est « li­mi­tée, pro­por­tion­née et très ponc­tuelle » , plaide l’ex- po­li­cier. Bin­go : les fa­dettes montrent que Da­vet et Sé­nat ont échan­gé de nom­breux coups de té­lé­phone. Le conseiller d’Al­liot- Ma­rie est im­mé­dia­te­ment écar­té ( il a été ré­cem­ment blan­chi par la jus­tice). Les autres in­ter­lo­cu­teurs de Da­vet, éga­le­ment re­pé­rés sur ses fa­dettes, n’ont qu’à bien se te­nir. L’af­faire Bet­ten­court gê­nait l’Ely­sée, es­time le jour­na­liste. Ber­nard Squar­ci­ni, connu pour sa proxi­mi­té avec Ni­co­las Sar­ko­zy, at­ten­dra plu­sieurs se­maines avant d’avi­ser la jus­tice de sa dé­marche. « En rai­son de son ex­cellent par­cours pro­fes­sion­nel et des ser­vices qu’il a ren­dus à la Ré­pu­blique » , le par­quet s’est conten­té de ré­cla­mer une peine de l’ordre de 5000 € d’amende. Le ju­ge­ment a été mis en dé­li­bé­ré au 8 avril

( AFP/ F. Guillot.)

Pa­lais de jus­tice de Pa­ris ( Ier), hier. Pour­sui­vi pour l’es­pion­nage d’un jour­na­liste du « Monde » , Ber­nard Squar­ci­ni s’est pré­sen­té à l’au­dience comme un simple éxé­cu­tant des ordres de son su­pé­rieur Fré­dé­ric Pé­che­nard. « J’ai ser­vi l’Etat » , es­time- t- il.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.