Le plus vieux mé­de­cin de France à nou­veau cam­brio­lé

Pra­ti­cien de­puis plus de soixante ans, le doc­teur Che­nay, 92 ans, a été vic­time d’un nou­veau vol hier à son ca­bi­net de Che­vil­ly- La­rue. Las­sé, il en­vi­sa­gede rac­cro­cher.

Le Parisien (Paris) - - Faitsdivers - CHE­VIL­LY- LA­RUE ( VAL- DE- MARNE) ÉLÉONORE SOK- HALKOVICH

Comme tous les jours de­puis 1951, à 9 heures ta­pantes, Ch­ris­tian Che­nay a pous­sé la porte de son cha­let de Che­vil­ly- La­rue ( Val- de- Marne) où est ins­tal­lé son ca­bi­net. Le ba­rillet de la ser­rure avait été for­cé. A l’in­té­rieur, des do­cu­ments épar­pillés par­tout re­cou­vraient le sol. Même chose dans la pièce d’à cô­té où exerce son fils, lui aus­si mé­de­cin gé­né­ra­liste. Quelque 1 000 or­don­nances et 500 cer­ti­fi­cats d’ar­rêt de travail ont été dé­ro­bés dans leur ar­moire. « Re­gar­dez le sou­ve­nir que les cam­brio­leurs m’ont lais­sé » , montre le doc­teur Che­nay en dé­si­gnant la pho­to de son ar­riè­re­pe­tite- fille, grif­fon­née d’un des­sin de sexe. « Heu­reu­se­ment, cette fois- ci, ils n’ont rien cas­sé » , souffle l’homme au dos voû­té mais au re­gard et à la ré­par­tie tou­jours aus­si vifs.

A 92 ans, Ch­ris­tian Che­nay est le doyen des mé­de­cins de France. De­puis sa re­traite en 2010, il conti­nue de tra­vailler quatre ma­ti­nées par se­maine. La pro­fes­sion n’est pas te­nue par une li­mite d’âge. « De­puis quatre ans, nous sommes ré­gu­liè­re­ment cam­brio­lés, plu­sieurs fois par an » , as­sure- t- il. Son fils, qui se nomme aus­si Ch­ris­tian, dit ne plus comp­ter les plaintes dé­po­sées au com­mis­sa­riat, clas­sées sans suite. D’après lui, les voleurs sont pro­ba­ble­ment des toxi­co­manes. « Ils dé­robent des or­don­nances pour se faire pres­crire du Su­bu­tex, un mé­di­ca­ment uti­li­sé en sub­sti­tut de la drogue. Ils le consomment ou re­vendent, un vrai bu­si­ness. » Les or­don­nances vo­lées lors du der­nier as­saut il y a trois mois viennent d’être re­trou­vées par un phar­ma­cien du Nord qui les a aler­tés. « Ils sont bons voleurs, mais mau­vais faus­saires, ils ne connais- sent pas en­core bien la ter­mi­no­lo­gie ! » iro­nise le doyen. « Les voleurs re­cherchent des mé­de­cins fra­giles ou des coins iso­lés. Ils ont dû iden­ti­fier mon père âgé et es­sayent d’abu­ser de lui » , juge Ch­ris­tian fils.

C’est de­ve­nu un ter­rain vague ici”

Le père hausse les épaules, il semble las­sé mais pas abattu. « 90 % de mes pa­tients ont la cou­ver­ture ma­la­die uni­ver­selle ( CMU) ou l’aide mé­di­cale d’tat ( AME), pointe- t- il. Je ne sais ja­mais si je se­rai payé dans huit jours ou quatre mois. Des jeunes mé­de­cins sont ve­nus s’ins­tal­ler à Che­vil­ly, mais ils sont vite re­par­tis. Qui s’oc­cu­pe­rait de mes ma­lades si ce n’est pas moi ? » Alors le doc­teur Che­nay tient, coûte que coûte. Même après avoir été agres­sé par un de ses pa­tients, il y a cinq ans.

« C’est de­ve­nu un ter­rain vague ici, dé­clare le pra­ti­cien en fixant un point par- de­là la fe­nêtre. De­puis dix ans, la mai­rie ex­pro­prie à tours de bras pour construire des HLM. Tous nos voi­sins sont par­tis. » Père et fils se battent pour re­ce­voir une in­dem­ni­sa­tion leur per­met­tant de se dé­pla­cer. Le no­na­gé­naire pro­jette de se ré­ins­tal­ler seul, dans un pe­tit lo­cal, pas très loin. « Je suis at­ta­ché à mes pa­tients, confie- t- il. Et puis le travail m’oc­cupe. Je re­fuse de pas­ser mes jour­nées de­vant ma té­lé. J’ai en­core une bonne ten­sion et une bonne vue ! » Pour­tant, son in­dé­fec­tible vo­lon­té a pris un coup. « Je ra­cro­che­re­rai peut- être l’an­née pro­chaine » , as­sure- t- il. Son épouse Ma­rie- Su­zanne n’y croit pas : « Il dit ça, mais il aime trop son mé­tier. »

( LP/ E. S.- H.)

Che­vil­ly- La­rue ( Val- de- Marne), hier. Ch­ris­tian Che­nay conti­nue d’exer­cer quatre ma­ti­nées par se­maine et reste très at­ta­ché à ses pa­tients.

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