« Cette mé­daille, je ne l’ai pas vo­lée »

Snow­board. Pierre Vaul­tier, vic­time d’une grave bles­sure au ge­nou avant les JO, a offert hier à la France un troi­sième sacre olym­pique.

Le Parisien (Paris) - - Jeuxolympiques D'hiver - RO­SA KHU­TOR ( RUS­SIE) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux Pro­pos re­cueillis par DA­VID CHAR­PEN­TIER

Mi­racle, ab­né­ga­tion, cou­rage. Pierre Vaul­tier, 26 ans, est tout ça. Le nou­veau cham­pion olym­pique de snow­board­cross, étu­diant en géo­gra­phie à Gre­noble et ori­gi­naire de Brian­çon ( Hautes- Alpes), a ré­pon­du à nos ques­tions avant d’al­ler re­ce­voir sa mé­daille d’or. Il y a quinze jours, le « mi­ra­cu­lé puis­sance dix » comme il se dé­fi­nit se trou­vait en­core en ré­édu­ca­tion après une grave bles­sure au ge­nou. Avec votre mé­daille d’or, vous avez réus­si à vo­ler la ve­dette à Mar­tin Four­cade ? PIERRE VAUL­TIER. C’est une bonne nou­velle. Jusque- là, il n’en lais­sait pas beau­coup aux autres ! Je ri­gole. Pour nous, les Jeux se concentrent sur une jour­née. Tu peux tout perdre sur une course. Comme à Van­cou­ver il y a quatre ans ? Exac­te­ment. J’étais le leader in­con­tes­té à l’époque. Et je tombe à cause d’un Ca­na­dien qui se met en vrac de­vant moi. Tout est fi­ni. Tous les es­poirs s’en­volent. Que re­pré­sente ce titre olym­pique ? L’ac­com­plis­se­ment d’une car­rière spor­tive et une re­con­nais­sance per­son­nelle. On a l’im­pres­sion qu’en boar­der­cross, c’est un peu la lo­te­rie ? Les chutes font par­tie in­té­grante de notre sport. Au­jourd’hui ( hier), j’ai bou­clé tous mes run en tête. J’ai fait le job. Et ceux qui disent qu’il suf­fit de res­ter de­bout se trompent. Si je m’étais conten­té de cette stra­té­gie, le Russe ( 2e) ne m’au­rait pas at­ten­du. Cette mé­daille, je ne l’ai pas vo­lée ! Vous pou­vez battre le re­cord de quatre mé­dailles à Salt Lake Ci­ty ( 2002) pour les dis­ci­plines free­style ? J’y crois dur comme fer. Ce se­rait bien pour la cré­di­bi­li­té de nos dis­ci­plines. Vous man­quez de cré­di­bi­li­té ? On est un peu mis à l’écart des dis­ci­plines tra­di­tion­nelles de l’al­pin. C’est nor­mal, je ne cherche pas à po­lé­mi­quer. Ces dis­ci­plines sont lé­gi­times par leur an­cien­ne­té. Pour­tant au ta­bleau des mé­dailles, les nôtres comptent au­tant. A quand re­monte votre en­vie de par­ti­ci­per aux Jeux ? J’en ai un sou­ve­nir très pré­cis. En classe de 3e, j’avais re­gar­dé le titre olym­pique d’Isa­belle Blanc en snow­board al­pin à Salt Lake. Ce jour- là, ça a fait tilt ! Je me sou­viens exac­te­ment de la dis­cus­sion qui a sui­vi avec mon père dans la voi­ture et du feu rouge de­vant le­quel on était ar­rê­té à Brian­çon. Je lui parle de la mé­daille. C’est fou, mais douze ans plus tard, je l’ai. Vous êtes, se­lon vos propres termes, un mi­ra­cu­lé… En mars 2012, je me suis cas­sé la che­ville. Je ne pou­vais plus la plier. Le chi­rur­gien a réus­si une opé­ra­tion d’an­tho­lo­gie. Même s’il m’a dit que je ne pour­rais plus skier. Et avant Sot­chi, vous vous bles­sez à nou­veau au ge­nou… Le 21 dé­cembre. Après avis mé­di­cal, j’ai dé­ci­dé de ten­ter le pa­ri. J’ai fait de la ré­édu­ca­tion jus­qu’au 4 fé­vrier. On était à deux se­maines des Jeux. Je vous as­sure que j’en ai ba­vé. J’étais sous dé­ri­vé de mor­phine pour sou­la­ger la dou­leur. Je mai­gris­sais, je m’ava­chis­sais. Et vous skiez sans li­ga­ments croi­sés mais avec une at­telle… De l’ex­té­rieur, ça peut pa­raître in­croyable. De mon cô­té, les choses sont plus simples et plus po­sées. Je suis tou­jours res­té à l’écoute de mes sen­sa­tions. A la moindre alerte, stop, j’ar­rê­tais. Ici sur la neige, à l’entraînement puis en course, je me suis sen­ti très bien. Votre der­nière bles­sure au ge­nou vous a li­bé­ré de cette pres­sion que vous vous im­po­siez ? Exac­te­ment, elle m’a li­bé­ré. J’ai eu cette chance en me bles­sant, si on peut dire ( rires). En fait, j’aime les choses bien faites. Et quand je n’y arrive pas, ça me prend la tête. Mon tem­pé­ra­ment est comme ça. Je suis trop exi­geant. Vu l’état de votre ge­nou, son­gez- vous à ar­rê­ter votre car­rière sur ce titre ? Mon seul ob­jec­tif, c’était les Jeux. Je n’avais pas pré­vu l’après. J’ai en­vie de ti­rer en­core quelques an­nées et pour­quoi pas vi­ser les Jeux en 2018

Le jour du titre d’Isa­belle Blanc en 2002, ça a fait tilt ”

( Reu­ters/ Dy­lan Mar­ti­nez.)

Ro­sa Khu­tor ( Rus­sie), hier. Pierre Vaul­tier, le nou­veau cham­pion olym­pique de snow­board­cross, est étu­diant en géo­gra­phie à Gre­noble et ori­gi­naire de Brian­çon.

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