« Ici les gens votent les yeux fer­més »

Nor­dine, 58ans, ma­raî­cher de la rue Cler

Le Parisien (Paris) - - Paris - E. S.

Il y a des quar­tiers qui bougent et d’autres qui ne changent pas. De­puis 40 ans qu’il y vit, 35 qu’il y tra­vaille, Nor­dine le ma­raî­cher a plu­tôt l’im­pres­sion de ra­mer sur un long fleuve tran­quille. Il n’a pas vu se trans­for­mer, ou alors si peu, l’une des rues les plus vi­vantes et ha­bi­tées du VIIe : la rue Cler, aux abords de l’Ecole mi­li­taire.

Le prix des loyers cri­ti­qué

Cette clien­tèle qui a vieilli avec lui, Nor­dine la connaît par coeur. « Ici les gens votent les yeux fer­més de­puis tou­jours et ça ne chan­ge­ra pas. Il n’y a pas de dé­bat, ils votent à droite et point. Pour qu’il y ait du dé­bat, il fau­drait un re­nou­vel­le­ment de la po­pu­la­tion. Or il n’y a pas de jeunes ici. Comment vou­lez- vous qu’ils s’y installent ou que ceux qui ont gran­di ici res­tent quand la plus pe­tite chambre de bonne se loue 600 € ? »

Ce qu’il manque au VIIe ? « Le dy­na­misme ! Mais qu’est- ce qui peut un maire après tout ? Construire des lo­ge­ments moins chers pour que des jeunes re­viennent ? Mais y a pas de place ! C’est quand même le VIIe, le coeur de Pa­ris ! »

Entre les bottes d’as­perges — « Mais pre­nez en donc trois pour un po­tage! » — et la pe­tite mon­tagne de mangues — « Pro­fi­tez, la sai­son c’est main­te­nant ! » — , « les bour­geois » , comme les dé­signe Nor­dine, ne refont pas le monde : « Leurs pré­oc­cu­pa­tions, c’est la crise, la vie chère, les im­pôts, etc. »

( LP/ E. S.)

Rue Cler ( VIIe), jeu­di der­nier. Nor­dine connaît bien le quar­tier. Il y vit et tra­vaille de­puis plus de 35 ans.

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