La fausse piste du po­li­cier mu­ni­ci­pal

L’in­ter­pel­la­tion mar­di ma­tin d’un an­cien po­li­cier mu­ni­ci­pal, soup­çon­né de tra­fic d’armes, n’a pas per­mis d’élu­ci­der la tue­rie deC­he­va­line. Au­cun élé­ment ne le re­lie au qua­druple as­sas­si­nat.

Le Parisien (Paris) - - La Une - TAL­LOIRES ( HAUTE- SA­VOIE) De notre en­voyé spé­cial JEAN- MARC DUCOS AVEC ADRIEN CADOREL

Il avait un « pro­fil in­té­res­sant » . Ce­lui d’un tra­fi­quant et re­ven­deur d’armes vrai­sem­bla­ble­ment. Mais pas ce­lui du tueur pré­su­mé de trois membres de la fa­mille bri­tan­nique d’ori­gine ira­kienne, les Al- Hilli, abat­tue le 5 sep­tembre 2012 aux cô­tés d’un cy­cliste de pas­sage, Syl­vain Mol­lier, au- des­sus du vil­lage de Che­va­line.

Un temps, les gen­darmes ont cru que la piste du tueur iso­lé, ap­pe­lée H4 dans leur schéma d’en­quête aux sept hy­po­thèses, était la bonne. Mais, hier, le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique d’An­ne­cy, Eric Maillaud, est ve­nu confir­mer que l’an­cien po­li­cier mu­ni­ci­pal du vil­lage de Men­thon- Saint- Ber­nard, un père de fa­mille de 48 ans ar­rê­té mar­di ma­tin à son do­mi­cile de Tal­loires et qui res­tait en garde à vue hier soir, n’était pas l’au­teur pré­su­mé de la tue­rie de Che­va­line. Au­cun élé­ment ne per­met de le re­lier au mas­sacre. Ce­lui- ci reste donc, pour l’heure, non élu­ci­dé. Lors­qu’ils ont dé­cou­vert la qua­ran­taine d’armes de tous types, souvent ache­tées en Suisse — pis­to­lets, ca­ra­bines, fu­sils, gre­nades mais aus­si ex­plo­sifs de chan­tier — que re­ce­lait Eric D., les gen­darmes ont eu un coup de chaud.

Mis hors de cause par les ex­per­tises gé­né­tiques

Et plus en­core lors­qu’un pis­to­let de type Lu­ger a été re­trou­vé chez lui. Mais cette arme, au coeur de l’en­quête du qua­druple as­sas­si­nat, n’est pas celle qui a ser­vi à abattre les vic­times de Che­va­line. Il s’agit d’un mo­dèle che­mi­sé en 9 mm au lieu du ca­libre 7,65 qui a ti­ré à 25 re­prises sur la scène de crime. La mo­to dé­cou­verte dans une re­mise de l’ex- po­li­cier mu­ni­ci­pal ne cor­res­pon­dait pas non plus à la grosse cy­lin­drée aper­çue par les agents de l’Of­fice na­tio­nal des fo­rêts.

Ce sont eux qui avaient per­mis de dres­ser le portrait- ro­bot d’un mo­tard por­tant bouc et mous­tache sous un casque de marque GPA dont la par­ti­cu­la­ri­té était d’avoir une men­ton­nière dé­ta­chable. Si un mo­dèle a bien été dé­cou­vert chez l’an­cien fonc­tion­naire ter­ri­to­rial, gen­darme ré­ser­viste, là en­core il ne cor­res­pond pas à ce­lui por­té par le mys­té­rieux pi­lote du deux- roues. L’homme pla­cé en garde à vue avait été ci­blé par les gen­darmes en rai­son de sa res­sem­blance avec ce portrait- ro­bot. Une res­sem­blance de­ve­nue au fil des se­maines une moque- rie « quo­ti­dienne » pour ceux qui le cô­toyaient, et qui « l’aga­çait » .

Son goût pour les armes en avait fait un « sus­pect lé­gi­time » aux yeux des gen­darmes. Et ce d’au­tant qu’il se rend ré­gu­liè­re­ment chez ses beaux- pa­rents, qui ré­sident à Che­va­line. Son por­table avait d’ailleurs été lo­ca­li­sé dans le sec­teur l’après­mi­di du drame. Un sus­pect presque idéal puisque, se­lon le pro­cu­reur, « il avait aus­si menacé des tou­ristes » et te­nu des pro­pos vio­lents.

Les ex­per­tises bio­lo­giques et gé­né­tiques ont fi­ni, en l’état, de mettre hors de cause cet homme pré­sen­té comme « om­bra­geux » , au « fort ca­rac­tère tem­pé­tueux » par cer­tains vil­la­geois de Men­thon, qui le dé­crivent aus­si comme « un chas­seur pas­sion­né et confir­mé » , do­té d’ « une bonne gâ­chette » . Les deux pro­fils gé­né­tiques in­con­nus re­le­vés sur la scène de crime ne cor­res­pondent pas à l’ADN du gar­dé à vue.

En re­vanche, l’ex- po­li­cier, re­con­ver­ti comme agent de sé­cu­ri­té en Suisse de­puis sa ré­vo­ca­tion en juin 2013 de la mai­rie de Men­thon en rai­son de mal­ver­sa­tions pré­su­mées, n’échap­pe­ra pas à une mise en exa­men pour dé­ten­tion illé­gale et tra­fic d’armes. Un com­parse, im­pli­qué dans le tra­fic de mu­ni­tions, res­tait lui aus­si hier soir en garde à vue. L’en­quête sur Che­va­line, elle, se pour­suit et toutes les hy­po­thèses res­tent ou­vertes.

( LP/ Jean- Pierre Cla­tot.)

Tal­loires ( Haute- Sa­voie), mar­di. En per­qui­si­tionnant le do­mi­cile de l’an­cien po­li­cier mu­ni­ci­pal, les gen­darmes ont trou­vé une qua­ran­taine d’armes dont un Lu­ger, pis­to­let au coeur de l’en­quête sur le qua­druple as­sas­si­nat. Mais il s’agit d’un mo­dèle che­mi­sé en 9 mmau lieu du ca­libre 7,65 qui a ser­vi à Che­va­line.

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