« Con­tre­les­lob­bys, ona­ga­gné­des­ba­tailles »

Jo­séBo­vé est à nou­veau­can­di­dat aux élec­tions eu­ro­péennes, fin mai. Dan­sun­livre qui sort au­jourd’hui, l’éco­lo­giste ex­plique com­men­til fer­raille au quo­ti­dien au­Par­le­ment.

Le Parisien (Paris) - - Politique - Pro­pos re­cueillis par VA­LÉ­RIE HACOT

Jo­sé Bo­vé, 60 ans, fi­gure du mou­ve­ment al­ter­mon­dia­liste, est dé­pu­té eu­ro­péen EELV de­puis 2009 et can­di­dat à nou­veau cette an­née. L’homme à la mous­tache, qui s’était ren­du cé­lèbre dans son com­bat contre les OGM, pu­blie au­jourd’hui « Hold- up à Bruxelles » , dans le­quel l’éco­lo­giste dé­crit les conflits d’in­té­rêts au coeur même des ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes. Vous sor­tez un livre sur votre ac­tion à Bruxelles. C’est votre fa­çon de ren­trer en cam­pagne ? JO­SÉ BO­VÉ. Je suis can­di­dat dans le Sud- Ouest et je vais même bri­guer pour les Verts la pré­si­dence de la Com­mis­sion eu­ro­péenne : pour la pre­mière fois, le Par­le­ment au­ra la pos­si­bi­li­té de pré­sen­ter un can­di­dat à la suc­ces­sion de Jo­sé Ma­nuel Bar­ro­so. Mais ce livre a sur­tout pour ob­jec­tif d’expliquer mes cinq an­nées pas­sées au Par­le­ment eu­ro­péen. Je vou­lais mon­trer qu’un dé­pu­té peut avoir un rôle ac­tif. Par­ler de l’Eu­rope. Cette an­née, le scru­tin a lieu juste après les mu­ni­ci­pales, la cam­pagne va donc être très courte. Votre ou­vrage s’in­ti­tule « Hold- up à Bruxelles » , il y a donc, se­lon vous, un dé­fi­cit de dé­mo­cra­tie en Eu­rope ? Oui, des in­té­rêts pri­vés ou tech­no­cra­tiques peuvent, si on n’y prend garde, se sub­sti­tuer aux choix des ci­toyens. On l’a vu no­tam­ment avec l’ac­cord en cours d’éla­bo­ra­tion sur le libre- échange avec les Etats- Unis : des dé­ci­sions ont été prises sans l’ac­cord préa­lable du Par­le­ment. Quant aux mul­ti­na­tio­nales, elles ont su mettre sur pied un sys­tème de lob­bying re­dou­ta­ble­ment ef­fi­cace pour dé­fendre et pous­ser leurs in­té­rêts par­ti­cu­liers. Il faut donc res­ter ex­trê­me­ment vi­gi­lant et sa­voir mettre au jour ces conflits d’in­té­rêts. Ne crai­gnez- vous pas de sus­ci­ter en­core plus de dé­fiance à l’égard des ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes ? Il faut connaître la réa­li­té pour pou­voir agir. Nous avons por­té le fer contre les lob­bys et ga­gné des ba­tailles. Il n’y a pas de si­tua­tion per­due. D’au­tant qu’il existe en Eu­rope de nom­breux ou­tils à la dis­po­si­tion des ci­toyens pour contrô­ler l’ac­tion des dé­ci­deurs. Par exemple, tous les mails échan­gés par les dé­pu­tés ou les res­pon­sables eu­ro­péens peuvent être consul­tés. Le pro­blème, c’est que per­sonne n’est au cou­rant. Le FN pour­rait réa­li­ser un très gros score aux eu­ro­péennes. Ce­la vous in­quiète- t- il ? Le vote FN ne sert à rien. Le Front n’au­ra ja­mais d’in­fluence en Eu­rope. D’ailleurs, Jean- Ma­rie Le Pen et sa fille Ma­rine ( NDLR : tous deux dé­pu­tés eu­ro­péens) brillent par leur ab­sence à Bruxelles. Les ci­toyens doivent com­prendre que ce qui se dé­cide au ni­veau eu­ro­péen a un im­pact di­rect sur leur vie. Il faut prendre ce scru­tin au sé­rieux. Ce n’est pas le cas ? Pas suf­fi­sam­ment, et no­tam­ment par les par­tis po­li­tiques. Cer­tains can­di­dats ne sont pas dé­si­gnés pour leur com­pé­tence eu­ro­péenne, mais uni­que­ment pour des rai­sons de stra­té­gie in­terne aux par­tis. Un peu comme un lot de con­so­la­tion pour cer­tains té­nors po­li­tiques. Nous sommes un des rares pays eu­ro­péens à pro­cé­der de la sorte. Ce n’est pas très glo­rieux.

( LP/ Oli­vier Cor­san.)

Jo­sé Bo­vé est élu au Par­le­ment eu­ro­péen de­puis 2009.

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