Meur­treou­lé­gi­ti­me­dé­fense ?

Le Parisien (Paris) - - Faits divers - JÉ­RÔME SAGE

est un ver­dict avant le ver­dict que li­vre­ra au­jourd’hui la chambre de l’ins­truc­tion de la cour d’ap­pel de Tou­louse ( Haute- Ga­ronne) : Luc Four­nié, un bu­ra­liste de La­vaur ( Tarn), sau­ra s’il est fi­na­le­ment ren­voyé de­vant les as­sises pour avoir, une nuit de dé­cembre 2009, abattu Jo­na­than La­vi­gnasse, 17 ans, ve­nu dans son com­merce le cam­brio­ler. Le pa­tron du bar­ta­bac, lui, plaide pour la lé­gi­time dé­fense. Si cette thèse était re­te­nue, le com­mer­çant de 56 ans échap­pe­rait aux pour­suites.

Le 14 dé­cembre 2009, le j eune homme, avec un co­pain du même âge, s’in­tro­duit dans le ca­fé par ef­frac­tion, es­pé­rant mettre la main dis­crè­te­ment sur l e f ond de caisse. Mais q u e l q u e s jours au­pa­ra-

C’vant, le te­nan­cier avait re­mar­qué que les bar­reaux de l’une de ses fe­nêtres avaient été sciés. Il avait pré­ve­nu la gen­dar­me­rie et sur­tout ins­tal­lé un sys­tème d’alarme ar­ti­sa­nal : une fi­celle ten­due entre trois chaises. Vers 2 heures du ma­tin, cette nuit- là, Luc Four­nié en­tend les chaises ra­cler. Il se rend dans le ca­fé, de son lo­ge­ment au ta­bac mi­toyen, et fait feu sur les deux jeunes, tuant Jo­na­than La­vi­gnasse.

S’il y a une qua­li­fi­ca­tion à don­ner à ces faits,

c’est celle d’as­sas­si­nat !”

L’une des avo­cates de la fa­mille

du cam­brio­leur tué

Des dé­bats qui ont eu lieu le 23 jan­vier de­vant la chambre de l’ins­truc­tion de la cour d’ap­pel, il res­sort que le bu­ra­liste, comme le par­quet gé­né­ral, consi­dère la lé­gi­time dé­fense ac­quise. « C’est un cas d’école de lé­gi­time dé­fense, tonne Me Georges Ca­ta­la, avo­cat de Luc Four­nié. Si on ne la re­tient pas dans ce dos­sier, il faut abro­ger la loi. Ça se passe la nuit, dans une mai­son ha­bi­tée, en réu­nion… Que cette loi ne soit pas à la mode, c’est pos­sible, mais il y a un texte, c’est tout. »

Es­telle et El­sa La­vi­gnasse, res­pec­ti­ve­ment mère et soeur de Jo­na­than, dé­fen­dues par le ca­bi­net de l’avo­cat tou­lou­sain Si­mon Co­hen, voient les choses sous un tout autre angle. « A sup­po­ser qu’il y ait un dé­bat dans cette af­faire sur la lé­gi­time dé­fense, note Me Ma­rie- Hé­lène Pi­bou­leau, l’une des avo­cates de la fa­mille de Jo­na­than, il doit avoir lieu de­vant la cour d’as­sises. Un non- lieu re­vien­drait tout sim­ple­ment à ac­quit­ter cet homme sans qu’il y ait de pro­cès. Il s’agit là d’une ten­ta­tive de cam­brio­lage par deux gosses, con­vain­cus qu’il n’y a per­sonne dans la mai­son, non ar­més, sans vio­lence, qui ont pris soin de faire du bruit… Luc Four­nié ne fait pas de bruit, parce qu’il s’agit d’un guet- apens. S’il y a une qua­li­fi­ca­tion à don­ner à ces faits, c’est celle d’as­sas­si­nat ! » Pour Me Co­hen, don­ner rai­son au com­mer­çant en ne le pour­sui­vant pas, ce se­rait consa­crer un « droit à l’au­to­dé­fense » , dé­li­vrer un « per­mis de tuer » .

( PhotoPQR/ « la Dé­pêche du Mi­di » / Mi­chel La­bonne.)

Luc Four­nié a tué un jeune de 17 ans en­tré par ef­frac­tion dans son bar- ta­bac. Il plaide la lé­gi­time dé­fense.

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