« Les va­leurs pa­trio­tiques sont ins­crites en­nous »

Cha­que­mois, un in­ter­na­tio­nal évoque son at­ta­che­men­tà ses couleurs. Epi­sode 2 : Ale­jan­dro Be­doya, le mi­lieu amé­ri­cain de Nantes.

Le Parisien (Paris) - - Brésil 2014 - NANTES ( LOIRE- AT­LAN­TIQUE) De notre en­voyé spé­cial Pro­pos re­cueillis par RO­NAN FOLGOAS

Quand je re­çois le maillot, je me sens in­ves­ti d’une mis­sion” Nous vou­lons tou­jours être les nu­mé­ros 1”

Trans­fé­ré au FC Nantes l’été der­nier en pro­ve­nance du club sué­dois d’Hel­sing­borg, Ale­jan­dro Be­doya est aus­si un joueur des Etats- Unis. Agé de 26 ans, il a la ferme in­ten­tion de par­ti­ci­per à la Coupe du monde en juin pro­chain. En at­ten­dant ce ren­dez­vous ma­jeur, il nous a ex­pli­qué sa tra­jec­toire per­son­nelle et sa re­la­tion, presque fu­sion­nelle, avec le maillot amé­ri­cain. Ra­con­tez- nous votre his­toire en re­mon­tant aux ori­gines…

ALE­JAN­DRO BE­DOYA. Je suis né dans le New- Jer­sey, sur la cote Est des Etats- Unis, de pa­rents co­lom­biens. Quelques an­nées avant ma nais­sance, mon père était ar­ri­vé aux USA, car il avait ob­te­nu une bourse pour jouer au football dans une uni­ver­si­té amé­ri­caine. Il avait dé­jà ren­con­tré ma ma­man en Co­lom­bie. Mes pa­rents ont vé­cu leur rêve amé­ri­cain à fond. D’abord em­ployés comme hommes et femmes de mé­nage au ser­vice de fa­milles ai­sées, ils ont réus­si à grim­per dans la so­cié­té. Mon père est de­ve­nu di­rec­teur mar­ke­ting sur l’Amé­rique du Sud et cen­trale pour une marque d’ap­pa­reils pho­to. Où se si­tuent vos ra­cines ? En Co­lom­bie ou aux Etats- Unis ? J’ai la double na­tio­na­li­té, amé­ri­caine et co­lom­bienne. Mais je me sens pro­fon­dé­ment amé­ri­cain. Bien sûr, je suis im­pré­gné par la culture co­lom­bienne, la langue es­pa­gnole, etc. Les ori­gines de ma fa­mille sont là- bas. Mais moi, je suis né aux USA et j’ai gran­di à Mia­mi en Flo­ride à par­tir de mes 9 ans. Comment vos pa­rents ont- ils vé­cu vos pre­mières sé­lec­tions avec l’équipe des Etats- Unis ? Voir leur fils jouer au football sous les couleurs de l’équipe na­tio­nale, ce­la re­pré­sen­tait pour eux une forme d’ac­com­plis­se­ment. D’une cer­taine ma­nière, j’ai pro­lon­gé leur rêve amé­ri­cain. Mon père a pleu­ré lors de ma pre­mière sé­lec­tion ( NDLR : dé­faite 3- 1 face au Hon­du­ras le 23 jan­vier 2010). Il est très émo­tif mais quand même… Ça fait quelque chose. Avez- vous pleu­ré, comme votre père, au mo­ment de l’hymne na­tio­nal ? Non, je tiens plu­tôt de ma mère pour ça. Je suis tou­jours « sous contrôle » , même si l’émo­tion du « Star- Span­gled Ban­ner » ( la Ban­nière étoi­lée) est forte. En fait, le mo­ment le plus in­tense pour moi, c’est quand je re­çois le maillot. A par­tir de cet ins­tant, je me sens in­ves­ti d’une mis­sion. Je me dois de don­ner tout ce que je suis et tout ce que j’ai en moi pour mon pays. Ce­la res­semble au dis­cours d’un jeune ap­pe­lé qui va ser­vir sous les dra­peaux, non ? OK, je vois ce que vou­lez dire. On ne part pas à la guerre, ce n’est que du football, c’est ça ? A mon avis, quand tu joues en équipe na­tio­nale, c’est un peu plus que du football. Il faut don­ner une belle image de son pays. Ce n’est pas rien. Et puis sur­tout : des en­fants nous re­gardent. Notre com­por­te­ment doit être ir­ré­pro­chable. Il faut leur don­ner en­vie de nous res­sem­bler à l’ave­nir. Votre sé­lec­tion­neur, Jür­gen Klins­mann, est al­le­mand. Uti­lise- t- il les le­viers du pa­trio­tisme pour vous mo­ti­ver ? Il n’a pas vrai­ment be­soin de ça. Il sait que les va­leurs pa­trio­tiques sont ins­crites en nous. Nous sa­vons tous que ce n’est ni un droit ni un privilège de jouer pour les Etats- Unis. Chaque joueur doit être ex­trê­me­ment re­con­nais­sant et humble par rap­port à ça. Les Amé­ri­cains sont- ils des gens ex­cep­tion­nels ? ( Sou­rire.) L’idée gé­né­ra­le­ment ré­pan­due chez nous, ef­fec­ti­ve­ment, c’est que les Amé­ri­cains sont les meilleurs, quoi qu’ils fassent. Bon, moi, je ne suis pas trop dans cet état d’es­prit… Je suis pa­triote mais sans res­sen­tir le be­soin d’être dé­mons­tra­tif. Je n’ai pas, par exemple, de dra­peau des Etats- Unis dans mon appartement à Nantes. Seule­ment un oreiller aux couleurs amé­ri­caines… Ce­la ne m’em­pêche pas d’être très fier d’être Amé­ri­cain. Qu’est- ce qui vous unit ? Nous vou­lons tou­jours être les nu­mé­ros 1 dans tout ce qu’on en­tre­prend. Nous don­nons tou­jours à 100 %. On peut se mettre dans des états pas pos­sibles pour se mo­ti­ver. On se crie des­sus, mais c’est pour nous pous­ser le plus loin pos­sible sur le plan psy­cho­lo­gique. Le football est- il tou­jours per­çu aux Etats- Unis comme un sport es­sen­tiel­le­ment fé­mi­nin ? Non, ce­la a com­plè­te­ment chan­gé. L’équipe na­tio­nale fé­mi­nine est tou­jours très po­pu­laire, car elle est la meilleure du monde. Mais l’équipe mas­cu­line sus­cite beau­coup plus d’en­goue­ment qu’avant. Les af­fluences au stade sont bonnes. L’équipe na­tio­nale ras­semble plus de 40 000 spec­ta­teurs à chaque match. N’est- il pas dif­fi­cile d’exis­ter à l’ombre des grands sports pro­fes­sion­nels ? Il n’y a même pas de match entre le soc­cer et le foot amé­ri­cain, le bas­ket et le base- ball, les trois grands sports pros aux Etats- Unis. Ce­la dit, le soc­cer est un sport très po­pu­laire chez les jeunes. Sans doute le sport nu­mé­ro 1 chez les en­fants de moins de 12 ans. Les pa­rents voient le football comme une ac­ti­vi­té saine et non vio­lente. Quelle est, se­lon vous, la per­sonne qui in­carne le mieux l’idée que vous vous faites des Etats- Unis ? Le pre­mier nom qui me vient à l’es­prit est ce­lui de Ja­ckie Ro­bin­son. Il fut le pre­mier Noir à jouer au ba­se­ball dans la Ligue amé­ri­caine à la fin des an­nées 1940. Il a uti­li­sé en­suite sa no­to­rié­té au ser­vice de la lutte contre la sé­gré­ga­tion. C’est ce que le sport peut faire de mieux : pro­vo­quer des chan­ge­ments po­si­tifs sur le reste de la so­cié­té.

( AP/ Tho­mas Ei­sen­huth.)

Ernst- Hap­pel Sta­dium ( Vienne), le 19 no­vembre 2013. « Quand tu joues en équipe na­tio­nale, c’est un peu plus que du football » , af­firme Ale­jan­dro Be­doya.

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