En­quête aprèsle dé­cès auxur­gences de Co­chin

La mort d’un ar­rêt car­diaque d’une femme de 61 ans, sa­me­dià Co­chin ( XIVe), relance le dé­bat sur la saturation des ur­gences pa­ri­siennes.

Le Parisien (Paris) - - Jeux - ELO­DIE SOULIÉ

C’est le mort de trop, ré­vé­la­teur des dys­fonc­tion­ne­ments ag­gra­vés de­puis la fer­me­ture des ur­gences de l’Hô­tel- Dieu”

Un mé­de­cin ur­gen­tiste

Ala Tous­saint, des mé­de­cins ur­gen­tistes et des in­fir­miers de l ’ Hô­tel- Dieu ( I Ve ) avaient sym­bo­li­que­ment por­té sur le par­vis du Pan­théon le cer­cueil de « la pre­mière pa­tiente morte suite à des ur­gences sa­tu­rées » . Le dé­cès d’une femme de 61 ans, sa­me­di, dans la salle d’at­tente bon­dée de Co­chin, a re­lan­cé le dé­bat.

L’As­sis­tance pu­blique- Hô­pi­taux de Pa­ris ( AP- HP) a an­non­cé hier l’ou­ver­ture d’une en­quête ad­mi­nis­tra­tive sur cet « évé­ne­ment in­dé­si­rable grave » . La vic­time avait été conduite en mi­lieu d’après- mi­di à Co­chin de­puis l’hô­pi­tal psy­chia­trique Sainte- Anne ( XIVe), où elle était sui­vie, pour une plaie sans gra­vi­té au pied. Elle a été dé­cou­verte morte dans un fau­teuil du sas d’at­tente près de six heures plus tard. Que s’est- il pas­sé entre- temps ?

« La pa­tiente a été prise en charge dans la de­mi- heure pour un pre­mier exa­men puis a été ins­tal­lée en zone de sur­veillance, à proxi­mi­té des soi­gnants » , pré­cise l’AP- HP, où l’on ad­met qu’il « existe des in­cer­ti­tudes sur ce qui s’est dé­rou­lé dans les heures qui ont sui­vi » . L’ins­ti­tu­tion as­sure que « les ef­fec­tifs médicaux et pa­ra­mé­di­caux étaient au com­plet » et que « l’ac­ti­vi­té du ser­vice était dans la moyenne de celle ob­ser­vée ces der­nières se­maines » .

« Il n’y a pas eu de faute de soins, ni de prise en charge. Les choses ont été faites cor­rec­te­ment » , in­siste le pro­fes­seur Loïc Ca­pron, pré­sident de la com­mis­sion mé­di­cale d’éta­blis­se­ment ( CME) et res­pon­sable de la qua­li­té- sé­cu­ri­té des soins à l’AP- HP. « C’est grave, mais des gens meurent tous les jours aux ur­gences » , rap­pelle- t- il.

« C’est le mort de trop, ré­vé­la­teur des dys­fonc­tion­ne­ments ag­gra­vés de­puis la fer­me­ture des ur­gences de l’Hô­tel- Dieu » , es­time au contraire un mé­de­cin ur­gen­tiste. De­puis le 4 no­vembre, Co­chin re­çoit les deux tiers des ma­lades au­tre­fois trans­por­tés sur l’île de la Cité, soit 20 à 30 pa­tients sup­plé­men­taires par jour. Mal­gré le ren­fort de 6 in­fir­miers et de 6 aides- soi­gnants et la réa­li­sa­tion de pre­miers tra­vaux, le pro­fes­seur Ca­pron lui- même l’ad­met­tait il y a quelques se­maines : « La sur­charge pose pro­blème. »

« Tout le monde sait qu’au- de­là de 40 000 pas­sages par an un ser­vice d’ur­gence risque la catastrophe. Or au­jourd’hui, tous, à Pa­ris, dé­passent les 50 000 pas­sages, mar­tèle le doc­teur Ch­ris­tophe Prud­homme, pré­sident de la fé­dé­ra­tion CGT- San­té. Que ce­la se passe à Co­chin n’est ef­fec­ti­ve­ment pas ano­din. Co­chin est dé­jà plein comme un oeuf. Ces dys­fonc­tion­ne­ments étaient pré­vi­sibles! »

Constats iden­tiques, in­ter­pré­ta­tions di­ver­gentes. Qui tran­che­ra ? Le nou­veau di­rec­teur gé­né­ral de l’AP- HP, Mar­tin Hirsch, a an­non­cé lun­di un « bi­lan trans­pa­rent » au terme de la pé­riode d’hi­ver sur les consé­quences de la fer­me­ture des ur­gences de l’Hô­tel- Dieu. « Le bi­lan, il est là, lâ­chait hier un mé­de­cin dé­pi­té. Quand cette femme at­ten­dait, les ur­gences de l’Hô­telDieu étaient vides. »

( LP/ Del­phine Gold­sz­te­jn.)

Hô­pi­tal Co­chin ( XIVe). De­puis le 4 no­vembre, les ur­gences de Co­chin re­çoivent les deux tiers des ma­lades au­tre­fois trans­por­tés à l’Hô­tel- Dieu, sur l’île de la Cité, soit 20 à 30 pa­tients sup­plé­men­taires par jour.

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