Un cli­mat de ter­reur et de haine

Le Parisien (Paris) - - Le Fait Du Jour - VINCENT MONGAILLARD

En pé­né­trant hier après- mi­di dans le hall de l’hô­tel Ukraï­na à Kiev, à deux pas de la zone des af­fron­te­ments san­glants, Vo­lo­dy­myr a vu, al­lon­gé sur une simple table trans­for­mée en bloc opé­ra­toire, un ma­ni­fes­tant griè­ve­ment bles­sé. « Il était pris en charge par des chi­rur­giens qui lui ont re­ti­ré une balle du cou. L’un d’eux a dit : Ses chances de sur­vie sont très faibles » , té­moigne ce po­li­to­logue qui a choi­si le camp des in­sur­gés.

Mal­gré le nouvel as­saut meur­trier hier ma­tin des Ber­kout, les uni­tés a nti - é meutes contre les « ré­vo­lu­tion­naires » de la place Maï­dan, « le cam­pe­ment tient tou­jours de­bout » . « Les ma­ni­fes­tants ont re­con­quis le sec­teur, re­cons­truit des bar­ri­cades, ils en­tassent des pa­vés et des pneus. Toutes les tentes n’ont pas brû­lé. Les forces de l’ordre sont en re­trait, mais il y a en­core des sni­pers sur les toits des hô­tels » , nous confiait Vo­lo­dy­myr hier en dé­but de soirée.

Pour Da­riya, une pro- Maï­dan in­ter­prète de pro­fes­sion, « il y a de simples ci­toyens dé­ter­mi­nés à se battre jus­qu’à la mort avec un simple bâ­ton » . Hier, ré­pon­dant à un ap­pel à la so­li­da­ri­té sur la Toile, elle s’est ren­due dans une phar­ma­cie pour ache­ter des mé­di­ca­ments per­met­tant de ci­ca­tri­ser les plaies des bles­sés. Elle éprouve de la « haine » contre « les cri­mi­nels au pou­voir » qui « veulent se dé­bar- ras­ser de tous les in­sur­gés » . « Des traîtres payés par l’Etat se sont dé­gui­sés en ma­ni­fes­tants et ont ti­ré sur la foule pour dé­sta­bi­li­ser le mou­ve­ment » , dé­nonce- t- elle. Na­dya, avo­cate de 24 ans spé­cia­li­sée dans le droit eu­ro­péen, est res­tée hier cloî­trée chez elle par crainte de re­pré­sailles. « Des ci­vils à la solde du gou­ver­ne­ment ont dé­bar­qué dans la cli­nique vé­té­ri­naire de ma mère qui vient en aide aux in­sur­gés. Ils ont vou­lu tout cas­ser. Ils font ré­gner la ter­reur, ils sont mêmes ar­més de kalachnikovs » , s’in­quiète- t- elle.

« Aux abords de la place Maï­dan, les po­li­ciers ar­rêtent les voi­tures et contrôlent les coffres. Il y a des sta­tions- ser­vice qui ne sont plus ap­pro­vi­sion­nées en es­sence et dé­sor­mais fer­mées. Mon père a at­ten­du 3 h 30 pour pou­voir faire le plein » , pour­suit- elle. Elle re­con­naît qu’il existe, par­mi les émeu­tiers, « des na­tio­na­listes et des fas­cistes » . « Mais ils sont mi­no­ri­taires. En pre­mière ligne, ce sont mes amis, des ju­ristes, des avo­cats, des mé­de­cins… » ré­pè­tet- elle. Elle ne croit pas à une is­sue di­plo­ma­tique à la crise. « Je ne donne au­cune chance aux né­go­cia­tions quand on a un monstre, un dic­ta­teur à la tête de notre pays. » Elle pro­pose une « so­lu­tion ra­di­cale » : « En fi­nir avec le pré­sident Ia­nou­ko­vitch com­mel’a fait la Rou­ma­nie avec Ceau­ces­cu en 1989. »

Il y a en­core des sni­pers sur les toits des hô­tels”

Vo­lo­dy­myr, po­li­to­logue

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