Pou­tine, le par­rain du ré­gime de Kiev

Le Parisien (Paris) - - Le Fait Du Jour - AVA DJAMSHIDI

Il semble si sa­tis­fait. De­puis quinze jours, Vla­di­mir Pou­tine s’af­fiche avec un plai­sir non dis­si­mu­lé dans les en­ceintes spor­tives de Sot­chi, où se dé­roulent ses Jeux olym­piques pour les­quels le pré­sident russe s’est tel­le­ment im­pli­qué. Comme si rien de grave ne se pas­sait à quelque 1 300 km de là, au coeur de Kiev, là où une cen­taine de ma­ni­fes­tants sont en­core morts hier, sous les balles des forces de sé­cu­ri­té aux ordres du pré­sident Vik­tor Ia­nou­ko­vitch. Comme s’il re­fu­sait que sa grande fête spor­tive soit gâ­chée.

Le pré­sident russe suit pour­tant de très près les se­cousses qui ébranlent l’Ukraine. Le Krem­lin voit d’un très mau­vais oeil la ten­ta­tion de cette an­cienne Ré­pu­blique so­vié­tique de se rap­pro­cher de l’Union eu­ro­péenne.

Le re­tour de la Rus­sie sur la scène in­ter­na­tio­nale l’ob­sède

Quitte à dé­pen­ser sans comp­ter ses roubles pour gar­der dans son gi­ron son an­cien sa­tel­lite ( lire ci- des­sous). « Les Russes ont peur que l’Union eu­ro­péenne mette en place des ac­cords avec les pays si­tués entre eux et nous, sou­ligne un di­plo­mate fran­çais. Dans leur es­prit, l’Ukraine, c’est chez eux. »

« D’abord, parce que dans la car­to­gra­phie men­tale des Russes, Kiev est la mère de toutes les villes russes, le ber­ceau du pays » , re­lève Ta­tia­na Kas­toue­va- Jean, po­li­to­logue de l’Ins­ti­tut fran­çais des re­la­tions in­ter­na­tio­nales ( Ifri). Mais au- de­là, c’est le grand re­tour de son pays sur la scène in­ter­na­tio­nale qui ob­sède Pou­tine. « La chute de l’URSS a été la plus grande catastrophe géo­po­li­tique du siècle der­nier » , re­gret­tait ain­si le pré­sident russe, en avril 2005, lors d’un dis­cours à la na­tion.

De­puis sa ré­élec­tion, en mai 2012, l’homme n’a ces­sé de cher­cher à être un in­ter­lo­cu­teur de pre­mier plan. « Son but est de par­ler avec l’Oc­ci­dent d’égal à égal » , ana­lyse la spé­cia­liste. De­puis, les suc­cès en­gran­gés sur le champ di­plo­ma­tique sont nom­breux, à me­sure que l’Oc­ci­dent es­suie des re­vers. Comme lors­qu’il ac­cueille Ed­ward Snow­den — ex- consul­tant du ren­sei­gne­ment amé­ri­cain qui a di­vul­gué les pra­tiques peu or­tho­doxes en vi­gueur dans son pays — sur le ter­ri­toire russe. Seul allié du ré­gime sy­rien, ses ef­forts di­plo­ma­tiques ont évi­té à Ba­char al- As­sad, le raïs de Da­mas, d’es­suyer les tirs de mis­siles fran­çais ou amé­ri­cains. Sans le sou­tien de l’homme du Krem­lin, le pré­sident Ia­nou­ko­vitch au­rait sans doute tran­si­gé face aux re­ven­di­ca­tions de ces ma­ni­fes­tants de Kiev, et aux in­jonc­tions de l’Union eu­ro­péenne.

« C’est une sorte de re­tour de la guerre froide » , dé­crypte la po­li­to­logue. Avec l’Union eu­ro­péenne et l’Oc­ci­dent comme ad­ver­saires. Car le Russe rêve son im­mense pays en un mo­dèle al­ter­na­tif à l’hé­gé­mo­nie oc­ci­den­tale, à ses va­leurs dé­mo­cra­tiques et li­bé­rales, lui qui n’hé­site pas à faire adop­ter des lois ex­trê­me­ment conser­va­trices. Fa­çon de mon­trer aux pays émer­gents qu’à l’est du monde, une autre voie est pos­sible.

Krasnaïa Po­lia­na ( Rus­sie), di­manche. Vla­di­mir Pou­tine.

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