Quatre ré­sis­tants au Pan­théon

Fran­çois Hollande doit of­fi­cia­li­ser au­jourd’hui sonchoix d’y faire en­trer quatre fi­gures hé­roï­quesde la France com­bat­tante contre l’oc­cu­pant na­zi.

Le Parisien (Paris) - - Politique - RO­SA­LIE LU­CAS

Ils se­ront donc bien­tôt 75 au Pan­théon. Fran­çois Hollande pro­fi­te­ra de son dis­cours d’hom­mage à la Ré­sis­tance au­jourd’hui au Mont- Va­lé­rien, où il y a soixan­te­dix ans les 22 du groupe Ma­nou­chian furent fu­sillés, pour an­non­cer l’en­trée de quatre per­son­na­li­tés aux cô­tés de Jean Mou­lin. Deux hommes et deux femmes, tous ré­sis­tants : Pierre Bros­so­lette, Jean Zay, Ger­maine Til­lion et Ge­ne­viève de Gaulle- An­tho­nioz. Il y a un an, Hollande avait fait part de son sou­hait « d’ac­cueillir des femmes au Pan­théon » , Ma­rie Cu­rie étant pour l’ins­tant la seule ho­no­rée place des Grands Hommes ( So­phie Ber­the­lot, deuxième femme dans le monument n’y est en­trée que pour « suivre son ma­ri » ) .

Dé­cé­dée il y a quatre ans à l’âge de 100 ans, l’eth­no­logue Ger­maine

Til­lion s’est en­ga­gée dans la Ré­sis­tance dès juin 1940. Ar­rê­tée en 1942, elle est dé­por­tée au camp de Ra­vens­brück en 1943. C’est là qu’elle se lie d’ami­tié avec l’autre grande ré­sis­tan- te qui en­tre­ra avec elle au Pan­théon,

Ge­ne­viève de Gaulle- An­tho­nioz. La nièce du gé­né­ral, ar­rê­tée par la Ges­ta­po, est dé­por­tée en 1944. « Ces deux grandes ré­sis­tantes sont res­tées dans le com­bat même après la guerre » , sou­ligne l’his­to­rien De­nis Pes­chans­ki. Ger­maine a en ef­fet mi­li­té par la suite contre les tor­tures en Al­gé­rie, et Ge­ne­viève s’est en­ga­gée dans la lutte contre la pau­vre­té avec ATD Quart- Monde, dont elle se­ra la pré­si­dente.

Du cô­té des hommes, la po­lé­mique n’a pas em­pê­ché le choix de

Pierre Bros­so­lette. Ce der­nier s’est op­po­sé à Jean Mou­lin et cer­tains es­ti­maient que cette ri­va­li­té de­vait le pri­ver de l’en­trée au Pan­théon. « Bros­so­lette est un grand de la Ré­sis­tance, c’est un homme qui, aux mains de la Ges­ta­po, s’est sui­ci­dé pour ne pas par­ler, ra­conte De­nis Pes­chans­ki. Il n’y a au­cune rai­son de le mettre de cô­té, ses op­po­si­tions in­ternes à la Ré­sis­tance ne peuvent plus être de mise au­jourd’hui. » En- fin, Jean Zay, an­cien mi­nistre de l’Edu­ca­tion du Front po­pu­laire, est ar­rê­té au Maroc en 1940 après avoir ré­pon­du à l’ap­pel du gé­né­ral de Gaulle. Em­pri­son­né, il est as­sas­si­né par la mi­lice, deux se­maines après le Dé­bar­que­ment.

Quelques his­to­riens re­grettent dans cette « pan­théo­ni­sa­tion col­lec­tive » , l’ab­sence de fi­gure de la Pre­mière Guerre mon­diale, alors qu’on com­mé­more cette an­née le cen­te­naire de son dé­clen­che­ment. « Il y a tou­jours des dé­çus, es­time l’his­to­rien Jean- Yves Le Naour, mais l’idée était de fé­mi­ni­ser et c’est plus dur de trou­ver dans la Pre­mière Guerre des femmes pan­théo­ni­sables. »

Olympe de Gouges, choi­sie par les in­ter­nautes, pas par Hollande

« Ce sont des choix très consen­suels, juge De­nis Pes­chans­ki. La Se­conde Guerre mon­diale re­pré­sente la ma­trice de la mé­moire fran­çaise. » Car, à l’heure où il fait face à une France di­vi­sée, Hollande cherche à ras­sem- bler avec une pé­riode et des fi­gures hé­roïques pou­vant faire l’una­ni­mi­té. Ecar­tée donc, la femme de lettres Olympe de Gouges, fi­gure de la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, qui était pour­tant ar­ri­vée en tête de la consul­ta­tion In­ter­net lan­cée sur l’en­trée de femmes au Pan­théon. Ou­blié éga­le­ment le choix — dé­fen­du par le phi­lo­sophe Ré­gis De­bray — de Jo­sé­phine Ba­ker, l’ar­tiste noire en­trée en ré­sis­tance, qui au­rait été ju­gée « trop po­li­tique » .

Mais, mal­gré sa vo­lon­té de faire consen­sus, Hollande es­suie dé­jà des cri­tiques dans le fait de nom­mer quatre per­sonnes au lieu de n’en ho­no­rer qu’une. L’as­so­cia­tion Osez le fé­mi­nisme a re­gret­té une per­sis­tance des in­éga­li­tés hommes- femmes. Et même du cô­té des po­li­tiques, la dé­ci­sion n’est pas sa­luée una­ni­me­ment. Hier soir, Pierre Laurent, nu­mé­ro un du PC, a ju­gé que l’ab­sence « d’un ré­sis­tant com­mu­niste dans cette liste » était « cho­quante » .

DEUXFEMMES PARMILESPROCHAINS « GRANDSHOMMES »

Ge­ne­viève de Gaul­leAn­tho­nioz

( 1920- 2002) Ger­maine Til­lion

( 1907- 2008)

Pierre Bros­so­lette

( 1903- 1944) Jean Zay

( 1904- 1944)

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