En­cam­pagne… à la mon­tagne

Dans la très chic sta­tion de Cour­che­vel, la cam­pagne mu­ni­ci­pale, qui voit s’af­fron­ter trois can­di­dats, se dé­roule en pleine saisonde ski. Au­tant dire qu’il yad’autres prio­ri­tés…

Le Parisien (Paris) - - Municipales - SAINT- BON- COUR­CHE­VEL ( SA­VOIE) De l’un de nos en­voyés spé­ciaux VINCENT MONGAILLARD

Pour sa réu­nion de quar­tier à Cour­che­vel 1850, la can­di­date Va­lé­rie De­pou­lain a ré­ser­vé ce mar­di soir le sa­lon Vi­val­di de l’hô­tel Mer­cure, l’un des moins oné­reux de la sta­tion chic en ces va­cances de fé­vrier, avec des chambres à… 390 € la nuit ! Sur les af­fi­chettes, la chi­rur­gien- den­tiste a beau avoir rap­pe­lé que l’ac­cès était « gratuit en té­lé­ca­bine du Jar­din al­pin » , pro­po­sé qu’une na­vette aille cher­cher « ceux qui ont des dif­fi­cul­tés à nous re­joindre » et pro­mis « un verre de l’ami­tié » , seuls neuf ci­toyens ont fait le dé­pla­ce­ment. Elle n’a pas pré­vu qu’au même mo­ment, un peu plus bas, une des­cente aux flam­beaux sui­vie d’un feu d’ar­ti­fice en­flam­me­rait la piste de la Croisette ( où les té­lé­ca­bines sont si­glées « Cha­nel » ) , re­te­nant mo­ni­teurs de ski et pas mal de ré­si­dants se­con­daires, vi­si­teurs po­ten­tiels de ses opé­ra­tions Ren­con­trons- nous. « Ce n’est pas grave, ça se­ra vous, notre feu d’ar­ti­fice » , l’en­cou­rage Jacques, un presque oc­to­gé­naire fi­dèle à Courche de­puis un de­mi- siècle.

Pas simple de me­ner cam­pagne dans une sta­tion de sports d’hi­ver en très haute sai­son. Les élec­teurs, pour beau­coup des pro­fes­sion­nels du tou­risme, n’ont pas une se­conde pour s’in­té­res­ser au scru­tin. « On a la tête ailleurs » , ré­sume un ré­cep­tion­niste de l’hô­tel Tour­nier. « La prio­ri­té, c’est le com­merce. Et là, c’est mo­rose dans le res­to, ça brasse pas, tous les Russes sont à Sot­chi ! » re­grette un chef de rang. « Ah bon, il y a des élec­tions ? » s’étonne très sé­rieu­se­ment un jeune res­pon­sable d’un ma­ga­sin de sport.

Dans ce contexte, le maire sor­tant, l’UMP Gil­bert Blanc- Tailleur, 69 ans, qui tient les rênes de la com­mune de Saint- Bon- Cour­che­vel de­puis 1997, n’en­tre­ra en piste que dé­but mars pour une cam­pagne tout schuss de seule­ment trois se­maines. Lui aus­si, pro­prié­taire de six ma­ga-

On a la tête ailleurs” Un ré­cep­tion­niste de l’hô­tel Tour­nier

sins d’ar­ticles de sport et de lo­ca­tion de skis, a un agenda de mi­nistre en ce mo­ment. « Je m’oc­cupe de la ges­tion » , pré­cise- t- il. L’édile ne trac­te­ra pas sur le mar­ché. « Au­cun in­té­rêt, il n’y a que des tou­ristes » , jus­ti­fie- t- il. En re­vanche, il a pro­gram­mé une ren­contre des­ti­née aux 800 mo­ni­teurs de ski, dont « un tiers » sont des élec­teurs. Il en hé­berge dé­jà trois sur sa liste, au­tant que Va­lé­rie De­pou­lain. Mais un de moins que son qua­trième ad­joint et dé­sor­mais ad­ver­saire, Phi­lippe Mu­gnier. A 54 ans, ce der­nier est lui- même « un rouge » , cou­leur de l’ano­rak des mo­ni­teurs de l’Ecole de ski fran­çais.

Lors du pe­tit dé­jeu­ner entre pro- fes­seurs du plan­ter de bâ­ton au bar le Trem­plin, on tchatche des JO, des people aper­çus dans le coin et, dé­sor­mais, des mu­ni­ci­pales ! « On se char­rie, mais ça reste convi­vial » , dé­cri­til. Mar­di soir, dans son cha­let, ce­lui qui, en été, est al­pa­giste pro­duc­teur de beau­fort, a ras­sem­blé au­tour d’un vin de Sa­voie toutes ses forces pour « une syn­thèse » du pro­gramme de­vant per­mettre à la com­mune de re­trou­ver « une âme mon­ta­gnarde » . Se­lon lui, « c’est le bouche- à- oreille qui fait la cam­pagne » . Il ne se voit guère faire du porte- à- porte. « Bon­jour, je m’appelle Phi­lippe Mu­gnier… Je suis d’ici, tout le monde connaît ma vie. »

La den­tiste Va­lé­rie De­pou­lain, fille du « pre­mier cha­mois d’or de la sta­tion » , est, elle, une adepte de la son­nette. De­puis no­vembre, elle a écou­té les do­léances de « 630 fa­milles » de la sta­tion. En seize ans d’ac­ti­vi­tés à Cour­che­vel, la qua­dra ori­gi­naire de Ve­soul ( Haute- Saône) en avait dé­jà vu pas mal pas­ser dans son ca­bi­net, non pas pour un pro­blème de trot­toir ou de lam­pa­daire mais de ca­nines. « Je soigne même mes op­po­sants. Et je ne les me­nace pas avec la fraise » , ri­gole- t- elle. La pré­ten­dante a amé­na­gé son agenda pour af­fron­ter au mieux les urnes, n’usant de la roulette que trois jours par se­maine, un remplaçant pre­nant soin de ses pa­tients le reste du temps.

Sur le ter­rain ( glis­sant) de la cam­pagne, l’ex- cham­pionne de ten­nis est no­tam­ment épau­lée par son co­lis­tier Laurent Cha­tain, un « chauf­feur de che­nillette » aux faux airs de Ber­nard La­villiers. « Je dame les pistes la nuit de 2 heures à 9 h 30. En­suite, je dors une heure ou deux pour me re­quin­quer, et, après, je m’in­ves­tis en dis­tri­buant, par exemple, dans les boîtes aux lettres des flyers an­non­çant les réunions pu­bliques » , s’en­thou­siasme- t- il.

A la bou­tique Louis Vuit­ton où la porte s’ouvre toute seule grâce au… por­tier en cos­tume, l’in­vi­ta­tion est par­ve­nue par cour­riel. « Mais on ne vote pas ici » , coupe une ven­deuse, blonde et d’une élé­gance qui at­teint des som­mets.

( LP/ Phi­lippe La­vieille.)

Saint- Bon- Cour­che­vel ( Sa­voie), mar­di. Alors que les va­cances de fé­vrier viennent de com­men­cer, Phi­lippe Mu­gnier ( à gauche), un des trois can­di­dats au fau­teuil de maire, doit jon­gler entre ses ac­ti­vi­tés de mo­ni­teur de ski et la cam­pagne élec­to­rale. Tout comme Laurent Cha­tain, membre de la liste de Va­lé­rie De­pou­lain, qui dis­tri­bue des tracts après une nuit à da­mer les pistes de la sta­tion.

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