« La re­nais­sance d’une com­pa­gnie na­tio­nale des mines »

Ar­naud Mon­te­bourg an­nonce que jus­qu’à 400M€ vont être in­ves­tis pour ga­ran­tir la maî­trise des ap­pro­vi­sion­ne­ments en mé­taux et terres rares.

Le Parisien (Paris) - - Economie - Pro­pos re­cueillis par ÉMI­LIE TORGEMEN

Recréer une com­pa­gnie mi­nière na­tio­nale peut pa­raître pa­ra­doxal alors qu’après le fer et le char­bon la France a fer­mé en no­vembre sa der­nière mine d’ar­doise. Et pour­tant, à en croire Ar­naud Mon­te­bourg, le mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, lan­cer une telle en­tre­prise pu­blique est plus que ja­mais vi­tal pour pro­té­ger « nos in­té­rêts na­tio­naux » . Alors que tous les grands pays in­dus­tria­li­sés se mènent une concur­rence sans mer­ci pour mettre la main sur des gi­se­ments de mé­taux ou de terres rares in­dis­pen­sables aux nou­velles tech­no­lo­gies, le mi­nistre as­sume cet in­ves­tis­se­ment, in­dis­pen­sable se­lon lui pour ne pas être dé­pen­dant de pays comme la Chine. Vous an­non­cez la créa­tion d’une en­tre­prise na­tio­nale mi­nière, c’est sur­pre­nant…

AR­NAUD MON­TE­BOURG. Avec l’ap­pui du pré­sident de la Ré­pu­blique, j’ai or­ga­ni­sé la re­nais­sance d’une com­pa­gnie na­tio­nale des mines pour pros­pec­ter et ex­ploi­ter d’abord notre sous- sol — tout en res­pec­tant les as­pi­ra­tions en­vi­ron­ne­men­tales de nos conci­toyens. Cette so­cié­té s’ap­pel­le­ra la Com­pa­gnie na­tio­nale des mines de France ( CMF). Elle ac­com­pa­gne­ra aus­si l’ex­ploi­ta­tion du sous- sol de nos ter­ri­toires d’outre- mer, comme en Guyane, où nous dis­po­sons de ré­serves d’or consi­dé­rables et où sé­vit un or­paillage sau­vage. Là- bas, c’est la loi de la jungle dans le sec­teur mi­nier. Les « ga­rim­pei­ros » bré­si­liens illé­gaux posent d’énormes pro­blèmes à la po­pu­la­tion lo­cale. Nous ex­plo­re­rons aus­si le sous- sol d’autres pays. Les pays d’Afrique fran­co- phone, no­tam­ment, ai­me­raient tra­vailler avec nous plu­tôt que d’avoir af­faire à des mul­ti­na­tio­nales étran­gères. Dans cer­tains cas, ils pré­fé­re­raient trai­ter de gou­ver­ne­ment à gou­ver­ne­ment. C’est ce que nous leur pro­po­se­rons de faire avec cette com­pa­gnie na­tio­nale. Celle- ci, en­fin, au­ra vo­ca­tion à tra­vailler en Asie cen­trale et en Amé­rique du Sud.

Le col­ber­tisme est de re­tour et c’est un bien”

Com­bien l’Etat in­ves­tit- il dans cette nou­velle com­pa­gnie mi­nière ? La France va fé­dé­rer l’agence des par­ti­ci­pa­tions de l’Etat ( APE, lire ci­des­sous) et le bu­reau des re­cherches géo­lo­giques mi­nières ( BRGM) qui en­semble vont in­ves­tir entre 200 et 400 M€ sur cinq à sept ans. Nous sommes en train de bou­cler le bud­get de l’en­tre­prise. L’in­dus­trie mi­nière n’ap­par­tient- elle pas au pas­sé ? Ab­so­lu­ment pas. Nous re­cher­chons du li­thium par exemple, un mé­tal fon­da­men­tal pour les bat­te­ries des vé­hi­cules élec­triques. Idem pour le ger­ma­nium, l’un des mé­taux clés dans la com­po­si­tion de la fibre op­tique, dé­ployée en ce mo­ment en France. Avec notre nou­velle com­pa­gnie mi­nière, nous pro­té­geons nos in­té­rêts na­tio­naux ! Sa­chez que tous les grands pays in­dus­triels font de même comme l’Al­le­magne, la Corée, les Etats- Unis, le Ja­pon ou la Chine. Mais la France a dé­ser­té les mines. Or, tous les Etats se poussent du coude pour dis­po­ser des mé­taux et no­tam­ment des terres rares. Un Etat qui ne maî­trise pas son ap­pro­vi­sion­ne­ment est sou­mis aux dé­ci­sions des autres : aux prix et aux quan­ti­tés fixées par les autres. Le Ja­pon l’a par­fai­te­ment com­pris quand la Chine s’est ren­due maî­tresse de son ap­pro­vi­sion­ne­ment. Eh bien, nous ne se­rons pas dé­pen­dants ! Pour­quoi ne pas faire confiance aux grands cham­pions mi­niers pri­vés fran­çais comme Era­met ou Are­va ? Nous sou­te­nons les ac­ti­vi­tés mi­nières de ces en­tre­prises. Ce sont deux in­dus­triels qui sont des ac­teurs spé­cia­li­sés dans quelques mé­taux. Are­va s’oc­cupe d’ura­nium et Era­met est au­jourd’hui concen­tré sur le ni­ckel et le man­ga­nèse. La France n’a pas d’acteur mi­nier di­ver­si­fié. Voi­là des dé­cen­nies que l’Etat n’avait pas créé d’en­tre­prise pu­blique… De­puis 1993, avec la créa­tion du La­bo­ra­toire fran­çais du frac­tion­ne­ment et des bio­tech­no­lo­gies qui tra­vaille sur les cel­lules humaines ( NDLR : celle- ci avait vé­ri­ta­ble­ment vu le jour en 1994). Cette se­maine, l’Etat est aus­si en­tré au ca­pi­tal du construc­teur PSA. C’est le grand re­tour de l’Etat ac­tion­naire ? La stra­té­gie du gou­ver­ne­ment est de consi­dé­rer l’Etat comme un acteur in­tel­li­gent de l’éco­no­mie ser­vant les in­té­rêts de notre na­tion. Nous avons éla­bo­ré une doctrine de l’Etat ac­tion­naire qui nous conduit à dis­po­ser de plus de 3 000 par­ti­ci­pa­tions dans des en­tre­prises. Dans la plu­part d’entre elles, nous sommes un ac­tion­naire mi­no­ri­taire. Mais l’Etat ac­tion­naire peut aus­si ain­si in­ter­ve­nir sur les choix stra­té­giques pour dé­fendre nos bre­vets, nos tech­no­lo­gies et la lo­ca­li­sa­tion de nos usines sur notre ter­ri­toire, et sur­tout nos em­plois. Pour être plus fort face à la mon­dia­li­sa­tion et dans la mon­dia­li­sa­tion. C’est ce que nous avons fait dans l’al­liance qui unit PSA à Dong­feng. En ac­qué­rant 14 % des parts ( NDLR : à éga­li­té avec la fa­mille Peu­geot et le Chi­nois Dong­feng), l’Etat est ga­rant du main­tien des in­té­rêts de PSA en France. Le col­ber­tisme est de re­tour et c’est un bien.

( LP/ Ar­naud Dumontier.)

« Un Etat qui ne maî­trise pas son ap­pro­vi­sion­ne­ment est

sou­mis aux dé­ci­sions des autres » , ex­plique le mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif pour jus­ti­fier la créa­tion de la Com­pa­gnie na­tio­nale des mines de France ( CMF).

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