Le grand re­tour de l’Etat ac­tion­naire

Le Parisien (Paris) - - Economie - OLI­VIER BACCUZAT

La der­nière créa­tion d’une en­tre­prise 100 % pu­blique re­monte à près de vingt ans avec le La­bo­ra­toire fran­çais du frac­tion­ne­ment et des bio­tech­no­lo­gies, né de la vo­lon­té du gou­ver­ne­ment Bal­la­dur de fon­der un cham­pion na­tio­nal de la bio­tech­no­lo­gie.

C’est ce mê­meé­lan de col­ber­tisme ( cette doctrine da­tant de Jean- Bap­tiste Col­bert, le contrô­leur gé­né­ral des Fi­nances de Louis XIV, consis­tant à dé­fendre les in­té­rêts éco­no­miques d’un pays grâce à une in­ter­ven­tion des fonds pu­blics) qui, après la confir­ma­tion cette se­maine de l’en­trée de l’Etat au ca­pi­tal de PSA, a gui­dé le gou­ver­ne­ment Ay­rault à lan­cer au­jourd’hui la Com­pa­gnie na­tio­nale des mines de France.

4,6 Mds€ de di­vi­dendes en 2012

L’Etat ac­tion­naire, au­jourd’hui, c’est une my­riade d’en­tre­prises dans des sec­teurs aus­si di­vers que la dé­fense, les tran­sports, la re­cherche, l’éner­gie, l’im­mo­bi­lier, l’aé­ro­nau­tique mais aus­si les mé­dias et les ser­vices. Tan­tôt l’Etat en est l’ac­tion­naire unique ( Nex­ter, spé­cia­liste de l’ar­me­ment, France Té­lé­vi­sions, SNCF, l’Im­pri­me­rie na­tio­nale), ma­jo­ri­taire ( EDF, la Poste, Aé­ro­ports de Pa­ris, DCNS, Fran­çaise des jeux) ou mi­no­ri­taire ( Air France, Orange, GDF Suez, Re­nault, Thales).

L’ad­mi­nis­tra­tion char­gée de gé­rer ce gi­gan­tesque patrimoine éco­no­mique ? La bien- nom­mée agence des par­ti­ci­pa­tions de l’Etat ( APE), la­quelle dé­pend du mi­nistre de l’Eco­no­mie et des Fi­nances, Pierre Mos­co­vi­ci. Celle- ci compte une cin­quan­taine de fonc­tion­naires à peine, ce qui peut pa­raître peu pour as­su­rer le sui­vi de 71 grandes en­tre­prises dont cer­taines sont des fleu­rons du CAC 40, qui re­groupe les 40 plus fortes co­ta­tions de la Bourse de Pa­ris. Au 30 août 2013, le por­te­feuille co­té de titres pe­sait 24,1 Mds€. Un por­te­feuille qui rap­porte de l’ar­gent aux caisses pu­bliques. En 2012, l’Etat a en ef­fet re­çu quelque 4,6 Mds€ de di­vi­dendes. Et qua­si au­tant de­vraient être ver­sés au titre de l’exer­cice 2013. Sans comp­ter les ces­sions d’ac­tions que l’Etat opère ré­gu­liè­re­ment. Der­nières ventes en date : celles, l’an der­nier, de 3,12 % du ca­pi­tal de Sa­fran, et de 3,9 % des ac­tions Aé­ro­ports de Pa­ris ( ADP) dé­te­nues par l’Etat.

A en croire Ar­naud Mon­te­bourg, ce sont d’ailleurs ces deux opé­ra­tions qui ont per­mis de me­ner à bien le lan­ce­ment de la Com­pa­gnie na­tio- nale des mines de France. « Nous ve­nons de vendre nos par­ti­ci­pa­tions de fa­çon ho­méo­pa­thiques dans Sa­fran ou ADP pour l’équi­valent de 1,9 Mds€. L’idée n’est pas de vendre les bi­joux de fa­mille, ex­plique le mi­nistre. Dès que nous ven­dons des par­ti­ci­pa­tions, c’est pour ré­in­ves­tir dans ce qui bé­né­fi­cie­ra à la sou­ve­rai­ne­té éco­no­mique. » Une in­ter­ven­tion de l’Etat dans la sphère éco­no­mique que d’au­cuns ju­ge­ront comme un ana­chro­nisme au mo­ment où le gou­ver­ne­ment opère un vi­rage so­cial- li­bé­ral avec son fa­meux pacte de res­pon­sa­bi­li­té.

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