CHU re­crute fu­meurs de joints

Pour étu­dier les ef­fets du can­na­bis sur le cer­veau, l’hô­pi­tal de Nan­cy ( Meurthe- et- Mo­selle) s’est mis en quête de consom­ma­teurs ré­gu­liers. Les vo­lon­taires ont ré­pon­du en masse.

Le Parisien (Paris) - - Société - CH­RIS­TINE MA­TEUS L’hô­pi­tal cherche en­core des fu­meurs de ta­bac pour me­ner son étude. Contac­ter cau­sa­map@ chu- nan­cy. fr ou le 03.83.15.53.08.

Un hô­pi­tal en quête de fu­meurs de joints, par dé­fi­ni­tion ama­teurs de dis­cré­tion, voire de clan­des­ti­ni­té, voi­là qui est loin d’être ba­nal. C’est évi­dem­ment pour la bonne cause — la science ! — que le CHU de Nan­cy a lan­cé une étude na­tio­nale au nom de code bar­bare Cau­sa Map comme « CAn­na­bis USe And MA­gno­cel­lu­lar Pro­ces­sing » ou, en fran­çais, « Eva­lua­tion du trai­te­ment ma­gno­cel­lu­laire chez les fu­meurs chro­niques de can­na­bis » .

Sa mis­sion ? Etu­dier l’im­pact de la consom­ma­tion ré­gu­lière de can­na­bis sur le fonc­tion­ne­ment du cer­veau en s’ap­puyant sur la vi­sion. Or, pour ce­la, il faut des vo­lon­taires qui, de fait, sont hors la loi… « Plus de 300 per­sonnes se sont dé­jà ma­ni­fes­tées pour par­ti­ci­per à l’étude, le stan­dard a failli ex­plo­ser » , s’étonne en­core le doc­teur Vincent La­pré­vote, psy­chiatre à la mai­son des ad­dic­tions du CHU de Nan­cy et l’un des ins­ti­ga­teurs du pro­jet.

Com­pa­rai­son entre trois groupes âgés de 18 à 55 ans

« Nous sa­vons que la consom­ma­tion fré­quente de can­na­bis pro­voque des troubles cog­ni­tifs, une baisse du quo­tient in­tel­lec­tuel, une al­té­ra­tion de la mé­moire, de l’at­ten­tion… Mais ces études qui existent dé­jà ne nous disent pas comment ça marche. Elles ne nous ra­content pas ce qui se passe dans le cer­veau. Nous, nous vou­lons al­ler plus loin et avons choi­si la vi­sion comme porte d’en­trée pour étu­dier son fonc­tion­ne­ment. Si des ano­ma­lies sont dé­ce­lées par l’usage ré­gu­lier du can­na­bis, nous les re­trou­ve­ront sur la ré­tine… qui est un mor­ceau de cer­veau. L’ob­jet n’est pas de sa­voir si l’oeil fonc­tionne nor­ma­le­ment après avoir fu­mé » , pré­cise le mé­de­cin.

Les équipes de re­cherche ont ain­si po­sé l’hy­po­thèse que de fortes consom­ma­tions de ce pro­duit stu­pé­fiant pourraient mo­di­fier les sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion entre les neu­rones, les­quels sont par­ti­cu­liè­re­ment im­pli­qués dans la vi­sion. Cau­sa Map va donc s’at­te­ler à com­pa­rer, au sein d’un pa­nel de 180 per­sonnes, trois groupes âgés de 18 à 55 ans.

Par­mi les pro­fils re­cher­chés pour ce cas­ting scien­ti­fique : des per­sonnes qui fument du can­na­bis au moins sept fois par se­maine de­puis plus d’un an, des fu­meurs ré­gu­liers de ta­bac et en­fin des in­di­vi­dus ne fu­mant ni ta­bac ni can­na­bis. « Cu­rieu­se­ment, nous cher­chons en- core des fu­meurs de ta­bac mais, pour le can­na­bis, c’est com­plet, in­siste bien le doc­teur La­pré­vote. Chez ces der­niers, je per­çois, comme mo­ti­va­tion, de la cu­rio­si­té mais aus­si de l’in­quié­tude. Ils veulent sa­voir quelles sont les consé­quences de cette ha­bi­tude. Mais, at­ten­tion, nous ne fai­sons pas fu­mer du can­na­bis au CHUet on ne leur four­nit rien ! D’ailleurs, à l’is­sue de ce pro­jet qui doit du­rer un an, nous leur pro­po­se­rons une aide à l’ar­rêt de la consom­ma- tion. » Les pre­miers fu­meurs de joints se­ront ac­cueillis au CHU pour des tests dès la se­maine pro­chaine. Les mau­vaises langues di­ront qu’il n’est pas très dif­fi­cile d’en trou­ver sur le ter­ri­toire puisque les Fran­çais sont par­mi les plus grands consom­ma­teurs en Eu­rope. 30,6 % des 1564 ans dé­clarent en ef­fet avoir consom­mé du can­na­bis au moins une fois dans leur vie.

Ce pour­cen­tage est su­pé­rieur à la moyenne eu­ro­péenne, qui se si­tue au­tour de 22 %. Il faut tou­te­fois avoir le cou­rage d’en­tre­prendre cette dé­marche au­près des cher­cheurs et de s’ex­po­ser… Qu’ils se ras­surent, un car de po­li­ciers ne les at­ten­dra pas à la sor­tie de l’hô­pi­tal. « Confi­den­tia­li­té et dis­cré­tion » , pro­met le CHU.

( LP/ Ar­naud Dumontier.)

A l’is­sue de l’étude, qui doit du­rer un an, l’hô­pi­tal pro­po­se­ra aux par­ti­ci­pants une aide pour ar­rê­ter.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.