On­peu­ten­fin­me­su­rer­la­souf­france

Pla­cée­sur l’oeil et ca­pable d’éva­luer la dou­leur, la mi­ni­ca­mé­ra­pré­sen­tée­hier­de­vrait connaî­treun dé­ve­lop­pe­ment­ful­gu­rant­dansles hô­pi­taux. Elle est dé­jà uti­li­sée par le ser­vi­ce­qui suit Mi­chaelS­chu­ma­cher.

Le Parisien (Paris) - - Société - LYON ( RHÔNE) De notre cor­res­pon­dante CA­THE­RINE LA­GRANGE

On sait de­puis trois cents ans que la dou­leur peut se lire au fond des yeux. Mais ja­mais en­core on n’avait réus­si à ex­ploi­ter cet in­di­ca­teur. C’est dé­sor­mais pos­sible grâce à un pe­tit ins­tru­ment bap­ti­sé pu­pil­lo­mètre et pré­sen­té hier à Lyon ( Rhône). Il n’est en­core uti­li­sé qu’à quelques exem­plaires dans les hô­pi­taux fran­çais mais de­vrait très ra­pi­de­ment équi­per les ser­vices d’anes­thé­sie et de ré­ani­ma­tion. « Ce n’est pas parce que le pa­tient ne com­mu­nique pas qu’il ne souffre pas » , ex­plique le doc­teur Ch­ris­tian Bauer, anes­thé­siste- ré­ani­ma­teur à l’hô­pi­tal de la Croix- Rousse à Lyon, qui a été le pre­mier, il y a un an, à uti­li­ser le fa­meux pu­pil­lo­mètre.

Il per­met en ef­fet de me­su­rer la dou­leur du pa­tient pen­dant l’in­ter­ven­tion sous anes­thé­sie gé­né­rale, mais aus­si en ré­ani­ma­tion, ou chez les per­sonnes plon­gées dans le co­ma. Il se ré­vèle utile aus­si chez les nour­ris­sons ou les per­sonnes très âgées, bref chez tous ceux qui n’ont pas les moyens de s’ex­pri­mer. Le pu­pil­lo­mètre, qui prend la forme d’une pe­tite ca­mé­ra, se place sur l’oeil. Il me­sure en quelques se­condes la di­la­ta­tion de la pu­pille et ain­si le de­gré de souf­france en­du­ré par le pa­tient. « Au bloc opé­ra­toire, on est ca­pables de tout me­su­rer… sauf la dou­leur » , re­grette le doc­teur Bauer. Connaître le de­gré de souf­france du pa­tient lui per­met dé­sor­mais d’adap­ter les doses d’an­tal­giques de fa­çon très pré­cise à chaque pa­tient, alors qu’au­pa­ra­vant les mêmes doses étaient in­jec­tées.

« Ce­la évite les sur­do­sages, re­prend l’anes­thé­siste, et c’est par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant pour les per­sonnes âgées. » On s’est en ef­fet aper­çu grâce au pe­tit ap­pa­reil que les an­ciens res­sen­taient moins la dou­leur qu’on ne l’avait ima­gi­né, et qu’en al­lé­geant les an­tal­giques, gé­né­ra­le­ment des mor­phi­niques, ils pro­fi­taient d’un ré­ta­blis­se­ment beau­coup plus ra­pide. A l’in­verse, les sous- do­sages en an­tal­giques peuvent être res­pon­sables de dou­leurs post­opé­ra­toires du­rables, le corps conser­vant la mé­moire des souf­frances res­sen­ties pen­dant l’in­ter­ven­tion.

En­fin, on sait dé­sor­mais que les per­sonnes plon­gées dans le co­ma souffrent, et me­su­rer leur ni­veau de souf­france per­met de les sou­la­ger même s’ils sont inconscients. C’est ain­si que le pro­fes­seur Payen l’uti­lise ac­tuel­le­ment à Gre­noble ( Isère) sur Mi­chael Schu­ma­cher, hos­pi­ta­li­sé dans son ser­vice.

Ce­la évite les sur­do­sages”

Ch­ris­tian Bauer, anes­thé­siste- ré­ani­ma­teur à Lyon

Le pu­pil­lo­mètre pour­rait aus­si à l’ave­nir rendre de fiers ser­vices aux femmes pen­dant l’ac­cou­che­ment, à cer­tains pa­tients étran­gers, ou en­core aux ma­lades men­taux ou psy­chia­triques qui ne peuvent com­mu­ni­quer.

C’est la Fon­da­tion Api­cil contre la dou­leur qui en­cou­rage l’utilisation du pu­pil­lo­mètre et qui a fi­nan­cé par exemple ce­lui de l’hô­pi­tal de la Croix- Rousse d’un coût de 7 500 €. « C’est le dé­but, mais son dé­ve­lop­pe­ment va être ful­gu­rant dans les mois qui viennent » , pré­dit Na­tha­lie Aul­nette, la di­rec­trice de la Fon­da­tion.

L’ap­pa­reil me­sure en quelques se­condes la di­la­ta­tion de la pu­pille, un in­di­ca­teur per­met­tant de connaître le res­sen­ti du pa­tient.

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