L’in­croyable tri­plé d’une bande de potes

Le Parisien (Paris) - - Sports - RO­SA KHU­TOR ( RUS­SIE) De notre en­voyé spé­cial ÉRIC BRU­NA

OR : CHA­PUIS ( FRA) AR­GENT : BO­VO­LEN­TA ( FRA) BRONZE : MI­DOL ( FRA)

« Dans dix ou quinze ans, on en re­par­le­ra quand on fe­ra des bouffes en­semble… » Les yeux en­core écar­quillés deux heures après l’his­to­rique tri­plé du ski­cross tri­co­lore, Jean- Fré­dé­ric Cha­puis, pre­mier des « Cham­pion­nats de France » , sa­voure le triomphe des Bleus. Ar­naud Bo­vo­len­ta et Jo­na­than Mi­dol, eux, sont aux anges à ses cô­tés. Et se chambrent. « L’ar­gent olym­pique, c’est du bo­nus pour Bo­vo, lance Mi­dol, qui a ter­mi­né la course sur les fesses. La seule chose qui lui im­porte, c’est qu’il a tué un cerf cet hi­ver ! »

Pour le trio de mé­daillés, jack­pot rime vrai­ment avec potes. « On est très com­plices sur les skis, on se connaît par coeur de­puis dix ou douze ans pour la plu­part » , confie Jo­nas De­vouas­sous, seul ou­blié du po­dium, sor­ti dès les quarts de fi­nale par le duo Cha­puis- Mi­dol ( seuls les deux pre­miers d’une manche se qua­li­fient). « Dans la vie, on est tous proches. On va rou­ler en vé­lo en­semble, on sort en­semble… Nous sommes un groupe très sou­dé. La blague cou­rait pas mal entre nous qu’on se­rait quatre en fi­nale pour trois places. C’était presque ça. Mais je ne suis pas ai­gri. C’est une ré­com­pense col­lec­tive. »

Et l’abou­tis­se­ment d’une aven­ture hu­maine et spor­tive com­men­cée il y a quatre ans après les Jeux de Van­cou­ver, où la spé­cia­li­té fai­sait son ap­pa­ri­tion olym­pique. A l’époque, Mi-

Ce n’est pas un coup de bol. On est très forts” Jean- Fré­dé­ric Cha­puis, cham­pion olym­pique

chel Lu­ca­tel­li, res­pon­sable de la dis­ci­pline, a une idée : for­mer un groupe de fu­nam­bules du cirque blanc avec d’an­ciens skieurs al­pins ver­sant géant. « At­ten­tion, ce ne sont pas des skieurs ra­tés, pré­vient l’ex- ho­no­rable géan­tiste, qui a mis sa troupe au vert à An­ta­lya ( Tur­quie) après la cé­ré­mo­nie d’ou­ver­ture. Ils avaient tous un très bon ni­veau. Sim­ple­ment, à un mo­ment, ils n’avaient pas pu pas­ser un cap. Le prin­temps qui a sui­vi Van­cou­ver, ils ont tous in­té­gré le sys­tème. De­puis, on a lais­sé le mi­ni­mum de place au ha­sard. » Fabien Sa­guez est ad­mi­ra­tif. « On dit que ce sport est aléa­toire, mais eux ne le sont pas dans leurs choix de tous les jours » , ob­serve le DTN du ski fran­çais.

Der­rière Cha­puis, cham­pion du monde en 2013, Bo­vo­len­ta et Mi­dol n’avaient pour­tant ja­mais fait de po­dium en Coupe du monde ! « Quelque part, Mitch ( NDLR : Lu­ca­tel­li) nous a offert à tous une se­conde chance, souffle le vain­queur du jour. Et le groupe ( de six ath­lètes) a com­men­cé à se ti­rer vers le haut. Ce qui se passe n’est pas un coup de bol. On est très forts. On ai­me­rait bien qu’il y ait une course par équipes au pro­gramme des Jeux ! »

Mi­dol ac­quiesce. « Mitch est ve­nu nous cher­cher et nous a mis quatre ans au travail pour un ob­jec­tif pré­cis : Sot­chi. En fait, c’est son ob­jec­tif qui est de­ve­nu le nôtre. » Pour le skieur du Grand- Bor­nand, le bronze vaut double. Son frère, Bas­tien, vice- cham­pion du monde et pos­tu­lant à l’or russe, s’est en ef­fet griè­ve­ment bles­sé dans une chute fin dé­cembre.

« On a aus­si beau­coup pen­sé à lui » , lâche Xa­vier Kuhn, l’en­traî­neur tri­co­lore. Entre chaque run ( manche), je di­sais à Jo­na­than : t’es pas seul, t’es deux. Il a une part de cette mé­daille. » L’ac­ci­dent du ca­det des Mi­dol a joué un rôle clé. « Ce­la nous a tous beau­coup tou­chés, ex­plique Lu­ca­tel­li. On a tout fait sor­tir il y a trois se­maines. On s’est tous mis au­tour d’une table et on a par­lé. » Et dans quinze ans, ils en re­par

le­ront en­core…

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