Main­te­nant, on

An­ni­ver­saire. Le­bi­cen­te­nai­re­de­la mort­du­mar­quis­se­ra­com­mé­mo­ré tou­tel’an­née. Di­re­qu’ilya­cin­quante ans­se­soeu­vre­sé­taient­cen­su­rées.

Le Parisien (Paris) - - Loisirs Et Spectacles - PIERRE VAVASSEUR

« En­La Notre homme re­vient de loin. Re­lé­gué à la clan­des­ti­ni­té au XIXe siècle — Vic­tor Hu­go, Ho­no­ré de Bal­zac ou Gus­tave Flau­bert le li­saient en douce —, ce­lui qui pas­sa vingt- sept ans dans les geôles du XVIIIe siècle pour sé­vices sexuels sur femmes et fillettes était des­ti­né à dis­pa­raître sur le bû­cher des conve­nances… Jus­qu’à ce que l’édi­teur Jean- Jacques Pau­vert ne triomphe de la cen­sure en 1957. Sym­bole de la consé­cra­tion : la pres­ti­gieuse col­lec­tion de la Pléiade ntre ici, Do­na­tien ! » … Halte ! Rem­bo­bi­nez ! Il ne faut tout de même pas exa­gé­rer. Deux cents ans après sa mort, le 2 dé­cembre 1814, à 74 ans, à l’asile de Cha­ren­ton, Do­na­tien Al­phonse Fran­çois de Sade, sur­nom­mé le Di­vin Mar­quis, est en­core loin du Pan­théon. Mais le plus cé­lèbre dé­bau­ché de la lit­té­ra­ture fran­çaise, fournisseur d’une oeuvre in­flam­mable et mau­dite dont les ter­ribles « 120 Jour­nées de So­dome » sont la clé de voûte, aborde ce bi­cen­te­naire avec une image net­te­ment plus pré­sen­table qu’elle ne le fut long­temps. En té­moignent l’ex­po­si­tion pré­vue à la fin de l’an­née au musée d’Or­say, le fes­ti­val qui lui se­ra consa­cré au châ­teau de La­coste ( Vau­cluse) et les nom­breux ou­vrages qui pa­raissent sur sa per­son­na­li­té, son uni­vers et sa vie émaillée de scan­dales et… d’em­bas­tille­ment.

Pléiade le pu­blie en 1990

pu­blie l’oeuvre com­plète du mar­quis à par­tir de 1990. « L’en­fer sur pa­pier bible » , plai­san­tait- on alors.

Il reste que, dans un siècle des Lu­mières où tous les feux et les jeux sexuels étaient al­lu­més, Do­na­tien, qui ré­so­lut des pro­blèmes d’érec­tion en fai­sant du mal à ses par­te­naires, ne ces­sa de se la­men­ter, ju­geant qu’il fai­sait fi­gure de bouc émis­saire. De sa geôle de Cha­ren­ton, il en­voya même un SOS à Bo­na­parte, le­quel n’éprou­vait que du dé­goût pour ce per­son­nage, dont les livres firent pour­tant du bruit à l’époque. Sa « Jus­tine où les Mal­heurs de la ver­tu » s’est ven­due jus­qu’à 600 F or en 1806, rap­pelle l’écri­vain Jacques Ra­venne, tom­bé en dé­vo­tion le jour où il pous­sa la porte de la bou­lan­ge­rie de La­coste, dans le Lu­bé­ron, où se trouve le châ­teau du Mar­quis. « On y ven­dait à la fois des pe­tits pains et les 120 Jour­nées » , se sou­vient l’au­teur des « Sept Vies du mar­quis » .

Sade aborde donc son bi­cen­te­naire avec un sé­rieux par­fum de ré­ha­bi­li­ta­tion. Ob­jet de di­zaines de thèses, su­jet au bac, ce monstre de lé­gende est sur­tout de­ve­nu un homme avec sa part d’ombre et de gé­nie. C’est ce que rap­pelle Gon­zague Saint Bris, qui signe une pas­sion­nante bio­gra­phie sur cet aristo ré­vol­té, es­prit li­ber­taire et vi­sion­naire, « dé­fri­cheur de l’in­cons­cient sexuel » de Mon­sieur et Ma­dame Tout- le- Monde. Alors oui, main­te­nant on peut cé­lé­brer Sade.

( Ro­ber­to Di Cos­tan­zo.)

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